De feutre et de liberté

Un fil conducteur lie l'ensemble de l'oeuvre de... (Photo Alain Dion)

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Un fil conducteur lie l'ensemble de l'oeuvre de Rosie Godbout : une soif de liberté qui inspire l'artisane et qui transpire de ses créations.

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) Quand nous l'avons rencontrée à son atelier de Bedford la semaine dernière, Rosie Godbout était à quelques heures de s'envoler pour sa France natale. Elle sera cependant de retour à temps pour le Salon des métiers d'art contemporain Roche Papier Ciseaux de Bromont, qui lui rendra hommage pour souligner plus de 30 ans de carrière. 

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La découverte du feutre, à travers une formation, a été une révélation pour l'artiste.

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Dans cet atelier, on trouve des bobines de laine, des tissus et des feutres épars, tous plus colorés les uns que les autres, à l'image de celle qui les façonne de ses mains. À travers tout cela, un fil conducteur : une soif de liberté qui inspire l'artisane et qui transpire de ses oeuvres. 

C'est ce désir viscéral d'être libre qui a poussé la mère de famille à quitter son emploi d'enseignante en éducation physique pour s'établir à la campagne avec ses deux enfants. « C'était à l'époque de l'émancipation des femmes, et mon chemin s'est dessiné au fil du hasard et des rencontres », raconte

Mme Godbout. 

Et justement, elle croise un jour une ancienne élève devenue tisserande, avec qui elle partage la passion du textile. « On a décidé de faire un salon des métiers d'art ensemble et c'est là que tout a commencé. »

Nous sommes alors à la fin des années 1970.

Révélation

« Ma mère était dans le textile. Enfant, je n'aimais pas vraiment la couture, mais j'aimais la couleur et la texture. J'avais un petit métier à tisser avec lequel je faisais des petites murales », raconte

Mme Godbout.

Au fil du temps, la tisserande autodidacte passe de la laine à la chenille de velours. « Je tissais, je faisais des teintures, mais j'avais l'impression que j'avais fait le tour », explique celle qui s'est formée elle-même grâce à des stages.

La découverte du feutre, à travers l'une de ces formations, a été une révélation. « C'était comme Obélix dans la marmite, se souvient l'artisane. Pour moi, le feutre est un vent de liberté. Le métier à tisser, c'est lourd. Le feutre m'a permis d'acquérir une plus grande liberté d'expression. »

Et comme l'histoire se répète, l'artisane originaire de la région de Toulon a quitté la métropole il y a deux ans pour s'établir dans la campagne pittoresque de Saint-Armand.

Art à porter

La consécration prévue lors de Roche, Papier, Ciseaux est loin d'être le premier honneur pour l'artiste, à qui on a rendu hommage dans d'autres salons, dont celui de Montréal. En cours de carrière, celle qui s'apprête à passer son 50e hiver en sol québécois a exposé au Québec, en Ontario, dans l'Ouest canadien, aux États-Unis et en Europe. 

Elle a également été récipiendaire du Grand prix des métiers d'art du Québec en 1986 et en 1992, récompenses qui lui ont permis d'obtenir des bourses pour perfectionner son art. « Ça m'a permis d'évoluer et de faire de la recherche », note-t-elle, consciente du privilège qu'elle a eu de pouvoir vivre, « modestement, mais bien », de ses créations.

« J'ai bien voulu demeurer une artisane dans son atelier. J'aurais pu faire plus gros, mais je ne pense pas que j'aurais été compétente ! » lance-t-elle à la blague.

Elle appelle le fruit de son travail de l'« art à porter ». « Pour moi, le vêtement est une création à part entière. Il peut être sculpture ou tableau », explique celle qui retire un grand plaisir à travailler ses feutres en visualisant le vêtement qu'ils formeront.

« Comme un peintre, on peut jouer avec la couleur, on peut dessiner, poursuit-elle. Même si on a tout préparé notre travail, quand on met l'eau et le savon et qu'on frotte, il y a toujours un élément de surprise. Le hasard intervient ! »

Nouveau chapitre

Les vêtements que termine actuellement Mme Godbout constituent à ses yeux sa dernière collection. « C'est fini après, dit-elle. Je suis à une autre phase dans ma vie. »

Cela ne signifie toutefois pas la fin, puisque l'artisane souhaite explorer d'autres facettes de son art. « Je vais m'amuser à faire autre chose », confie celle qui profite, justement, de sa liberté et qui fait ce dont elle a envie. 

« Je n'ai plus rien à prouver, tranche-t-elle. Je n'ai qu'à avoir du plaisir et à créer. J'ai toujours dit que j'arrêterais le jour où je ne me séduirais plus. »

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