Des projets pour la Perle des Antilles

Sandra Rénélique est cofondatrice de la Fondation l'école... (ALAIN DION)

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Sandra Rénélique est cofondatrice de la Fondation l'école verte d'Haïti, située en banlieue de la capitale Port-au-Prince.

ALAIN DION

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Jérôme Savary
La Voix de l'Est

(Granby) Le 4 octobre dernier, l'ouragan Matthew s'est acharné sur Haïti. Les villes côtières du sud-ouest (Les Cayes, Jérémie) ont été dévastées. L'eau potable manque, le choléra tue. Des centaines de milliers de personnes se trouvent dans une situation sanitaire critique. Un peu d'espoir, cependant : des projets solidaires portés par l'Haïtienne et Sheffordoise Sandra Rénélique soutiennent de petites communautés, comme à Grand-Goâve.

Ricardo Germain est originaire de Jacmel, au sud... (JANICK MAROIS) - image 1.0

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Ricardo Germain est originaire de Jacmel, au sud du pays.

JANICK MAROIS

Originaire de Jacmel (sud du pays) et résidant de Granby depuis cet été, Ricardo Germain est inquiet. Après le passage de l'ouragan, il a parlé à plus d'une dizaine d'amis et anciens collègues, que ce soit aux Cayes, à Jérémie ou à Jacmel. « Je voulais savoir s'ils étaient encore en vie », explique-t-il à l'autre bout du fil. Heureusement, tous sont vivants.

M. Germain confirme que les dégâts sont considérables, lui qui se tient quotidiennement informé grâce à la radio haïtienne qu'il écoute via Internet. Les départements Province du Sud, Grand'Anse et Nippes sont, selon lui, les plus touchés. « Aux Cayes, une ville plus grande que Granby, le système d'eau potable a été endommagé, dit-il. L'hôpital général des Cayes a dû évacuer les malades à cause des inondations. Il manque beaucoup de médicaments. »

Même chose à Jérémie, où « plus de 90 % des maisons ont été endommagées », selon celui qui a déjà travaillé auprès d'organisations non gouvernementales en Haïti.

Des projets pour Grand Goâve

À Petit-Goâve (70 km à l'ouest de Port-au-Prince), le pont enjambant la rivière La Digue a également cédé.

L'Haïtienne Sandra Rénélique connaît bien cette région. Tout près de là, à Grand Goâve, elle a participé à construire une école temporaire avec des matériaux recyclés (dont des bouteilles de plastique et des canettes en aluminium) avec la communauté, après que l'école se soit écroulée en janvier 2010, lors du tremblement de terre. 

Cofondatrice de la Fondation l'école verte d'Haïti - située dans le quartier Fontamara à l'ouest de Port-au-Prince -, Mme Rénélique retournera cet hiver à Grand Goâve. Subvention en poche, elle aidera à reconstruire le toit des maisons de quatre familles de cette municipalité balayée par l'ouragan. Cette travailleuse sociale - spécialisée en permaculture et dans l'accompagnement des communautés - prévoit de travailler avec eux sur d'autres projets, tels un potager pensé en vue que les gens soient autosuffisants, la gestion de leurs déchets, de l'eau et de l'électricité.

« Pour les Haïtiens, l'ouragan est plus dur que le tremblement de terre, car là, ils ont perdu leurs récoltes, explique la résidante de Shefford. C'est catastrophique. Ils doivent planter rapidement pour pouvoir récolter au printemps, sinon ce sera la famine. »

À Grand Goâve, le réseau d'aqueduc ne fonctionne plus. Le maire sera d'ailleurs à Montréal ce samedi, en quête d'aide pour sa ville. Sandra Rénélique y sera.

Organiser la distribution de l'aide

Selon Mme Rénélique, la mauvaise organisation des collectivités haïtiennes empêche l'utilisation optimale de l'aide internationale. Si les organisations non gouvernementales remettent désormais l'argent directement aux villes, l'aide ne se rend pas plus là où elle devrait se rendre. « Les villes n'ont pas les outils pour gérer l'aide », explique celle qui a quitté Port-au-Prince à la fin des années 1960. 

Elle propose d'accompagner les municipalités et les organisations haïtiennes afin que l'aide soit acheminée là où elle est le plus nécessaire.

« Ces gens-là connaissent les besoins, car ils sont en contact direct avec la population, alors il faut travailler avec eux. À Grand Goâve, par exemple, on veut les aider à planifier sur du long terme. »

« L'après ouragan est très difficile à gérer, car l'aide est mal distribuée et l'épidémie de choléra rend tout ça très difficile », analyse quant à lui Ricardo Germain. 

Haïti envers et contre tout

À 56 ans, Sandra Rénélique est pleine de rêves et d'espoir. En plus de Grand Goâve, la Fondation l'école verte d'Haïti a d'ailleurs un projet permaculturel avec les producteurs de café de Baptiste (région montagneuse du plateau central), et un autre d'éducation à distance avec des jeunes de Fontamara.

Et les allers-retours annuels dans son pays natal ne lui suffisent plus. Elle brûle d'envie de retourner y vivre pour de bon, elle qui a fui, enfant, le régime dictatorial de Duvallier avec ses parents. 

« Je suis là pour nous autres Haïtiens, insiste cette mère de trois enfants. Je me suis formée toute ma vie afin de travailler pour Haïti. »

Population traumatisée

L'ouragan Matthew n'a pas seulement entraîné des dommages matériels et physiques. Les chiffres officiels évoquent 500 morts. Les séquelles psychologiques sont aussi très importantes, insiste Sandra Rénélique dont la soeur Sara a vécu le tremblement de terre de janvier 2010 à Port-au-Prince. 

« Les Haïtiens ont besoin d'aide psychologique », dit la travailleuse sociale.

Mme Rénélique sait de quoi elle parle, car elle a déjà travaillé avec des populations profondément traumatisées en Haïti, et aussi aux Pays-Bas avec des réfugiés de pays en guerre. Et au Nicaragua dans les années 1990, après la révolution sandiniste.

Quand l'ouragan a traversé la Perle des Antilles, Mme Rénélique s'est inquiétée pour la population. « J'ai pensé à ces gens-là : t'as rien pour te protéger et tu vois l'eau qui monte... tu as peur. Leur traumatisme doit être terrible. Quand on travaille pour Haïti, il faut savoir qu'on va travailler avec des gens traumatisés. Il faut être formé pour ça... parce que c'est dur. » Jérôme Savary

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