La mort blanche sur les ailes sombres de la nuit

Des huit espèces de chauves-souris présentes au Québec, le vespertilion brun a... (photo fournie)

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La Voix de l'Est
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Des huit espèces de chauves-souris présentes au Québec, le vespertilion brun a longtemps été le plus nombreux, comptant à lui seul autant d'individus que chez les sept autres espèces réunies. Il appartient à l'ordre des chiroptères, mot qui signifie «mains ailées». Ce groupe de mammifères rassemble plus de 950 espèces, constituant le second groupe en importance après celui des rongeurs. Ce sont les seuls mammifères capables de voler véritablement, par battement d'ailes. Nocturnes et insectivores, ils utilisent l'écholocation pour se diriger et repérer leurs proies.

La reproduction se fait à l'automne, à l'occasion des rassemblements pour l'hibernation. La femelle conserve le sperme pendant plusieurs mois, retardant la fécondation jusqu'au printemps, période où elles se regroupent en maternités pour la mise-bas. Le vespertilion brun n'a habituellement qu'un bébé par année car, à sa naissance, celui-ci pèse déjà le tiers du poids de sa maman. Lors des premiers jours, il reste accroché à la mamelle de sa mère grâce à ses dents de lait. Une fois devenu trop lourd, il est laissé à la «garderie» où il est parfois nourri par d'autres femelles, pendant que sa mère part s'alimenter.

Le faible taux de natalité est compensé par une longévité exceptionnelle de près d'une vingtaine d'années, soit 12 fois plus que les mammifères de poids équivalent. Les chercheurs croient que cette longévité est attribuable au fort ralentissement de son métabolisme, puisqu'il hiberne durant six mois et dort une vingtaine d'heures par jour en saison active.

Cette longévité est toutefois compromise depuis dix ans par le syndrome du museau blanc qui fauche radicalement les espèces cavernicoles. Un champignon d'Europe, possiblement introduit par des visiteurs spéléologues, se propage dans les conditions d'humidité et température des sites d'hibernation recherchés. Il s'attache notamment au museau de l'animal et provoque une importante déshydratation. Obligé de se réveiller fréquemment pour s'abreuver, le vespertilion consomme trop d'énergie à restaurer fréquemment son métabolisme normal. Il finit par épuiser ses réserves et mourir de faim. La population a déjà été exterminée à près de 94% et, d'ici une dizaine d'années, elle pourrait être réduite à moins de 1% des effectifs initiaux.

 

Michel Aubé

professeur associé, Universitéde SherbrookE

et vice-président du conseild'administration du CINLB

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