Croix et diadème sur le fil de l'amour et de la mort

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La Voix de l'Est

Des 45 000 espèces d'araignées décrites au monde, environ 700 sont observées au Québec. Elles sont particulièrement visibles à l'automne, car c'est une période active pour la reproduction de plusieurs espèces. L'épeire diadème (araneus diadematus) est une araignée abondante au CINLB. Son nom provient d'un motif en croix sur son abdomen couleur chocolat, qui rappelle les bijoux des couronnes royales.

On l'appelle aussi l'araignée porte-croix.

L'accouplement des araignées est périlleux, car les femelles de plusieurs espèces, beaucoup plus grosses que les mâles, pratiquent le cannibalisme sexuel. Le mâle doit donc se distinguer des autres proies et amadouer sa partenaire. Les pédipalpes, ressemblant à de petites pattes disposées de chaque côté des mâchoires, sont des organes sensoriels qui détectent les signaux chimiques et tactiles. Chez le mâle, ils constituent des organes sexuels qui ont une allure de petits gants de boxe. Lorsqu'il se prépare à l'accouplement, le mâle dépose son sperme dans un petit cocon, qu'il amène à ses pédipalpes, pour en pomper le liquide et charger ses organes. C'est le bout du pédipalpe mâle, l'embolus, qui fera l'intromission dans l'épigyne, l'orifice génital de la femelle.

Pour éviter le territoire périlleux où la femelle piège ses proies, le mâle jette un fil d'accouplement entre la toile et un support voisin. Puis il le titille tel un guitariste afin de signaler sa présence. Sa progression prudente vers la femelle est accompagnée des frémissements rythmés imposés au fil, et il se retire précipitamment si elle approche brusquement. Lorsqu'elle semble disposée, la femelle se suspend par les pattes de derrière et replie celles de devant, donnant accès à l'épigyne. Le mâle poursuit son incantation vibratoire, tout en essayant de caresser la femelle de ses pattes avant. L'intromission doit se faire très rapidement, car le danger est toujours présent.

Après l'accouplement, la femelle se retire quelques jours, puis tisse un cocon où elle pondra entre 300 et 900 oeufs qu'elle cachera ensuite avant de mourir. Les petits feront leur sortie au printemps. Ils tisseront alors chacun un fil très léger qui, prenant les courants d'air ascendants, les dispersera au loin en un voilier de minuscules montgolfières.

Michel Aubé,

vice-président du CINLB et professeur associé àl'Université de Sherbrooke

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