Violence sexuelle faite aux femmes: on te croit, Sonia

Sophie Labrie, agente de prévention et responsable des... (JANICK MAROIS)

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Sophie Labrie, agente de prévention et responsable des communications au Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Granby, et Julie Quinton, intervenante au Centre femmes des Cantons de Cowansville

JANICK MAROIS

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Jérôme Savary
La Voix de l'Est

(Granby) «Ma première agression sexuelle a eu lieu alors que j'avais quatre ans, au printemps.» Ce jour-là, Sonia Bessette, 38 ans, a vu sa vie bouleversée à tout jamais.

«Mon père a arrêté quand j'ai commencé le secondaire. Vers mes 14 ans, dans son bureau, j'ai vu son regard changer. Il avait ce même regard quand il entrait dans ma chambre. J'ai tout de suite su ce qu'il voulait tenter. Je l'ai regardé dans les yeux: "Si tu recommences, je te tue".»

Lorsqu'est venu le temps pour Sonia de révéler au reste de sa famille toute cette violence subie, sa mère et ses frères et soeurs l'ont enfoncée encore plus.

«Lorsque mon lourd secret est sorti, je n'ai eu aucun soutien, aucun réconfort. On s'éloignait de moi comme si tout ce qui arrivait était de ma faute. Je suis donc partie de chez moi avec ce sentiment d'abandon, de culpabilité, de honte...»

Sonia Bessette sera présente à la marche organisée dans le cadre de la Journée d'action contre la violence sexuelle faite aux femmes. L'activité aura lieu le vendredi 16 septembre au parc Davignon, à Cowansville, sous le thème «On vous croit». L'événement est l'initiative de la Coalition des groupes de femmes de la Haute-Yamaska et Brome-Missisquoi.

L'importance de croire les victimes

«Quand tu as été agressée sexuellement et que tu brises le silence pour la première fois, être crue c'est vraiment la chose la plus importante», insiste Sophie Labrie, agente de prévention et responsable des communications au Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Granby.

Selon Mme Labrie, cette première réaction influe énormément sur le fait que la personne agressée décide ou non de dénoncer les violences subies. Malheureusement, au CALACS, elle reçoit beaucoup de femmes qui n'ont pas été crues.

Au Québec, à peine 10% de ces agressions sont déclarées à la police, selon le ministère de la Sécurité publique.

«Hey, il faut les croire les victimes, dit l'intervenante. Il n'y a personne qui a envie d'inventer ça pour attirer l'attention ou pour se venger de quelqu'un. On entend ça! Le taux de fausses déclarations est le même que pour les autres crimes, il n'y en a pas plus.»

Tout le monde est ainsi invité à participer à la marche du16 septembre, hommes et femmes.

Dans l'entourage

Selon le CALACS, l'agresseur fait partie de l'entourage de la personne agressée dans 85% des cas. «C'est souvent dans les familles, précise Mme Labrie. Quand la petite fille dit à sa mère: "papa me fait ça, ça et ça", bien souvent la mère, en état de choc, ne va pas croire son enfant. T'as pas envie de croire ça; ta famille éclate... On a beaucoup de ça ici.»

Briser le silence est si difficile que les femmes attendent en moyenne 13 ans avant de révéler les faits, ajoute Julie Quinton, intervenante au Centre femmes des Cantons de Cowansville.

«Parce qu'elles ont honte, qu'elles se sentent coupables, qu'elles ont peur des représailles», explique Sophie Labrie.

Le traitement que sa mère a réservé à Sonia Bessette lorsque celle-ci a brisé le silence témoigne de ces moments particulièrement difficiles.

«Quelques jours plus tard, ma mère m'a traité de salope. Elle me considérait comme la maîtresse de mon père, de son conjoint, rappelleMme Bessette. On m'a tuée, détruite à nouveau. Des sentiments d'abandon, de culpabilité, de honte m'ont envahi. Pour ma survie, j'ai coupé les ponts avec toute la famille.»

Guérir ses blessures

Panser ces blessures vives est un long processus. «Je sais que je vais devoir consacrer du temps et de l'énergie pour avancer vers cette lumière qui est ma guérison», dit Sonia, consciente de l'ampleur de la tâche qui l'attend.

Sa détermination à dénoncer au grand jour les agressions subies laisse toutefois présager d'un avenir plus heureux. «Je suis décidée à mordre dans la vie, dit-elle. La naissance de mes deux filles a réveillé beaucoup de douleurs, de peurs. J'ai surtout choisi de guérir pour moi, mais pour elles aussi. Pour leur montrer la bonne route à suivre.»

Une femmesur trois

Selon le ministère de la Sécurité publique, une femme sur trois a été victime d'au moins une agression sexuelle depuis l'âge de 16 ans. Un homme sur six sera victime d'une agression sexuelle au cours de sa vie. Le Plus

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