Apprendre à lire et à écrire à 43 ans

La Journée internationale de l'alphabétisation fête le 8... (photo Christophe Boisseau-Dion)

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La Journée internationale de l'alphabétisation fête le 8 septembre ses 50 ans. Elle se tient cette année sous le thème Lire le passé, écrire le futur. Mario Robitaille consacre une matinée par semaine à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture au Centre Alpha Haute-Yamaska.

photo Christophe Boisseau-Dion

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) «On a tous des rêves, et moi, mon rêve, c'est de lire et d'écrire. Après ça, le reste va suivre.»

Dans le cadre de la Journée internationale de l'alphabétisation, le 8 septembre, Mario Robitaille a accepté de parler des difficultés rencontrées dans sa vie et de ses démarches pour rattraper son retard en lecture et en écriture.

L'an dernier, après plusieurs hésitations, il est entré au Centre Alpha Haute-Yamaska. «J'étais tanné, dit-il. Je voulais m'améliorer.» Au moment où il a pris son courage à deux mains pour aller s'informer, il a découvert qu'il n'était pas le seul dans sa situation. Une révélation.

Ses problèmes ont commencé durant sa jeunesse. En raison d'un TDAH non diagnostiqué, l'homme de 43 ans a connu beaucoup de difficultés à l'école. Mis à l'écart dans une classe populeuse, il n'a pas pu apprendre à son rythme et son retard lui a valu moqueries et mauvais coups de la part des autres enfants.

«J'ai vu des intervenants, des spécialistes pour m'aider à débloquer, mais ça n'a pas aidé, se souvient-il. J'ai su ici, au Centre, que c'était le TDAH.Je n'ai pas lâché. J'ai continué en espérant que ça aille mieux. Plus jeune, j'ai été transféré à l'école Ste-Famille à Granby pour les élèves avec plus de difficultés d'apprentissage.Mon secondaire ne compte pas comme un vrai. Jai fait le professionnel court, comme on l'appelle.»

S'il avait de la difficulté à écrire, M. Robitaille arrivait à se débrouiller pour lire. Il a toujours réussi à cacher son handicap, même à ses amis et à sa famille, à l'exception de son père et de son frère.

«J'avais peur de faire rire de moi, raconte-t-il. On essaie de se trouver des trucs pour se débrouiller. J'avais un petit calepin dans lequel ma blonde m'écrivait, par exemple, machine ça s'écrit comme ça, mère, père, tout ça. Quand je travaillais dans un endroit où il fallait écrire, je sortais mon petit calepin. Je le cachais sous la table et je copiais. Je me débrouillais pour cacher mon défaut.»

Élève au Centre Alpha depuis un an, il commencera sa deuxième année du primaire dès qu'il aura complété la première. Il a en effet commencé à la base avec des exercices tirés de livres semblables à ceux utilisés par les jeunes enfants à l'école. Il avoue avoir encore besoin d'assistance pour réussir.

«Ça va bien, souligne-t-il. J'ai appris des mots, mais je ne suis pas capable de faire des phrases. Si je vais à ma vitesse, ça peut être long. Dans la vie, il y en a toujours des pires que toi. J'ai toujours su ça, mais là je l'ai vu. Il y en a en plus grande difficulté.»

S'il avait un message à transmettre, ce serait de ne pas hésiter à aller chercher de l'aide pour apprendre à lire et à écrire. Même s'il peut paraître difficile de retourner à l'école à l'âge adulte. Cette démarche lui permet aujourd'hui d'avancer et d'acquérir une confiance en soi qui lui manquait.

«J'aurais aimé être camionneur. Voyager. Ce qui m'en empêche, c'est lire et écrire. Le blocage est là. Dans le futur, je veux aller chercher ma classe 1», insisteM. Robitaille.

Selon les dernières statistiques, au Québec, 800 000 personnes de 16 à 65 ans ont de très faibles compétences en lecture, indique Carole Turcotte, directrice du Centre Alpha.

Cela représente une personne sur six. Quand on parle de difficulté à lire, c'est aussi à comprendre un petit texte, puisqu'une fois à la fin d'une phrase, le sens de celle-ci a été oublié.

«Dans notre clientèle, on a beaucoup de gens dans la quarantaine, fait remarquerMme Turcotte. À un moment donné, on a reçu aussi des gens du secondaire qui voulaient suivre leur cours de conduite et qui avaient besoin d'aide.» Un phénomène un peu plus rare maintenant.

Si pour le moment elle n'en remarque pas de conséquence, elle avoue craindre que les réseaux sociaux aient un impact sur l'alphabétisme. «Je pense qu'un jour, à cause des textos et courriels, les jeunes ne sauront plus écrire, regrette-t-elle. Il faut la pratiquer. Les spécialistes disent que, quand tu ne pratiques pas la lecture, tu la perds. Quand quelqu'un sort de l'école et qu'il ne lit plus, il perd les sons.»

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