Simone Garo raconte son histoire

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«Maintenant, je me regarde dans le miroir avec mon pansement et je suis capable de me dire que je suis belle», confie Simone Garo, 30 ans. Sa greffe de cornée prévue à l'automne sera sa 27e opération en 12 ans.

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Marie-Élise Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Il y a 12 ans, Simone Garo s'est endormie au volant après une soirée entre amis. Elle a fait un violent face à face qui, à ce jour, lui a valu 26 chirurgies de reconstruction du visage. La résidante de Saint-Théodore-d'Acton traverse la vie et ses épreuves avec positivisme, privilégiant le don de soi pour se guérir, petit à petit. La jeune mère de famille espère sensibiliser les gens à la fatigue au volant dans un livre racontant son histoire.

«Maintenant, je me regarde dans le miroir avec mon pansement et je suis capable de me dire que je suis belle. Mais sans pansement, c'est difficile», confie Simone Garo, 30 ans.

Elle en avait 18 lorsque l'accident qui allait changer sa vie s'est produit. C'était le 9 mai 2004. La jeune femme est sortie avec des amis, puis a pris la route pour rentrer à la maison familiale, à Saint-Wenceslas, à mi-chemin entre Victoriaville et Trois-Rivières. Une amie l'accompagnait dans sa petite Mazda Protégé 5. «Je m'aperçois que je suis fatiguée, alors je baisse ma fenêtre», se rémémore la survivante.

Elle s'est même assurée de boucler la ceinture de sécurité de son amie déjà endormie sur le siège passager.

«Je me rappelle que j'ai passé aux lumières à Saint-Grégoire, puis après... black out». Il était 2h15 du matin quand les paupières de Simone Garo se sont fermées. Elle se trouvait alors à dix minutes de sa destination. Sa voiture a dévié de sa voie, poussant le conducteur du pick-up qui arrivait en sens inverse à changer de voie lui aussi pour éviter la collision.

«Mais par réflexe, je me suis réveillée et je suis revenue dans ma voie», relate la jeune femme. Sous la force de l'impact, l'avant de la Mazda a été complètement embouti et le siège de Simone a été propulsé vers la banquette arrière.

Sur son blogue (simonegaro.com), la femme originaire de la Suisse dit se rappeler de la scène comme dans un cauchemar. «Je suis (...) coincée dans un amas de ferraille, inconsciente. Je n'ai plus de visage, uniquement des brûlures noires, des plaies et du sang. Mon amie, assise à côté de moi, crie sans cesse mon nom; ''Simone, Simone, ça va? '' Je ne donne pas de réponse. J'aimerais lui en donner, mais j'en suis incapable. Je ne suis plus là», écrit-elle.

Sur la table d'opération

La jeune femme ne s'est réveillée que 48 heures plus tard, à l'hôpital de Trois-Rivières.

Il aura fallu près de 12 heures de chirurgie pour reconstruire son visage, brûlé aux deuxième et au troisième degrés par l'acide à batterie de sa voiture. Les os de son crâne ont aussi été broyés au contact du sac gonflable.

«C'est comme si on prenait un sac de chips et qu'on l'égrenait», avait alors imagé le chirurgien pour lui expliquer la gravité de ses blessures. Au total, 60 vis et 15 plaques de titane ont été nécessaires pour reconstruire son visage lors de cette première opération.

En 12 ans, la jeune femme a subi 25 autres interventions. Elle a perdu les sens du goût et de l'odorat. Elle ne voit que d'un oeil - une greffe de cornée prévue cet automne pourrait lui permettre de recouvrer la vue de l'oeil gauche -, mais ce qu'elle a gagné, c'est une force qui lui permet d'entamer chaque journée avec positivisme.

Thérapie par l'écriture

Dans un cartable, Simone compile toutes les épreuves qu'elle a dû surmonter depuis son accident: les neuf mois à se nourrir à la seringue, l'année complète à recevoir la visite d'infirmières trois fois par jour pour changer ses pansements, la première fois où elle a dû conduire à la noirceur à nouveau, les moqueries des gens lorsqu'elle s'est enfin sentie prête à faire face au public...

«T'as les cheveux dans le bas du dos et tu te retrouves rasée le lendemain. Ça a été dur. Tu perds un peu de ta féminité», se rappelle la trentenaire, ajoutant s'être même déjà fait traiter de monstre.

«Mes cicatrices, je les prends un petit peu comme un trophée», mentionne la battante, qui participera d'ailleurs prochainement au Trophée Roses des Sables, un rallye dans le désert marocain réservé aux femmes. Cette aventure aussi aura droit à son récit, promet-elle. «J'aimerais vraiment que ça ne m'affecte plus, cette petite boule-là qui reste en-dedans de moi encore», dit-elle.

Simone est sur la bonne voie, alors qu'elle vient de coucher sur papier une première histoire, celle de sa vie après l'accident. «Ça a été ma thérapie. Quand j'ai écrit, c'est comme si je l'avais vécu (l'accident) une deuxième fois, puis ça m'a libérée», témoigne-t-elle, espérant publier ce livre dans la prochaine année.

En quelque 300 pages, elle désire sensibiliser les gens aux dangers de la fatigue au volant, mais aussi inciter tous ceux et celles qui vivent des moments difficiles à les extérioriser.

Dans un avenir rapproché, elle aimerait donner des conférences et faire de la prévention dans les écoles secondaires, à l'âge où les jeunes obtiennent leur permis de conduire.

Sauvée par ses enfants

Les quatrième et cinquième années après l'accident ont été les plus difficiles confirme Simone Garo.

La mère de famille ne s'en cache pas, elle a pensé au suicide. «J'ai regardé mes enfants. C'est vraiment l'amour de mes enfants qui m'a tenue, c'était tellement fort. Je ne pouvais pas partir», évoque-t-elle avec émotion.

La jeune femme est tombée enceinte de son premier enfant un an après son accident.«Ça a changé dans ma tête. Je ne voyais plus la vie de la même manière. Je me disais, on va avoir des enfants vite, on ne sait pas ce qui peut arriver», explique-t-elle.

Maman de deux garçons de8 et 10 ans et d'une fille de 3 ans, Simone est fière de ce qu'elle est devenue aujourd'hui.

Comme sa propre mère l'a fait le soir de l'accident, elle compte bien décourager ses enfants de conduire s'ils se sentent le moindrement fatigués. «Ils m'appellent et je vais les chercher ou, si c'est trop loin, je leur donne ma carte de crédit pour qu'ils dorment à l'hôtel», affirme-t-elle.

Marie-Élise Faucher

Paniers du coeur

Après avoir surmonté de nombreuses épreuves au cours des dernières années, Simone Garo ressentait le besoin d'aider son prochain. «J'aimais déjà beaucoup donner, mais pas autant qu'aujourd'hui», remarque-t-elle.

En raison de son état de santé, elle n'a pas pu faire le voyage humanitaire en Afrique qu'elle avait planifié avec une amie. «Je me suis dit que je ne  resterais pas les bras croisés. J'aillais faire quelque chose sur dix jours, mais au Québec», a-t-elle alors décidé. C'est de là qu'est venue l'idée des Paniers du coeur.

«J'ai ciblé les gens qui ont toujours été bons pour moi et je leur ai fait un panier de douceurs pour les remercier», explique la femme au grand coeur. Des sachets de thé, du chocolat et des produits esthétiques, entre autres, composaient les premiers paniers qu'elle a personnalisés pour chaque destinataire.

Simone a commencé par offrir un panier à sa mère, puis à ses amies proches. «Après, j'ai ciblé les personnes qu'on oublie et qu'on devrait remercier», poursuit-elle, citant la réceptionniste de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont en exemple.

«Elle a toujours accueilli les patients avec le sourire, mais combien de fois elle s'est fait bûcher dessus!» a observé la jeune femme, qui l'a surprise un jour avec un bouquet de fleurs.

Le mouvement s'est par la suite étendu à toutes les personnes dans le besoin, autant les sinistrés d'un incendie que la jeune maman endettée qui se retrouve seule pour s'occuper de sa progéniture. Le bouche à oreille a opéré et Simone a commencé à recueillir des petits dons via sa page Facebook (www.facebook.com/CoeurSisi).

«Quand j'entends que quelqu'un a besoin d'aide, je lance un appel. Je demande qui a des choses à donner. Je les ramasse et je fais un gros panier», résume-t-elle. Elle accompagne le cadeau d'un petit mot de réconfort écrit sur du papier parchemin.

«J'ai tellement rushé... Je sais que moi, quand je recevais des petits mots comme ça, ça me faisait du bien», confie la jeune femme, qui a trouvé sa façon de donner au suivant.

Marie-Élise Faucher

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