L'insecte qui met la température en musique

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La Voix de l'Est

Par les douces soirées d'août, l'air est envahi d'un concert de stridulations qui modulent les bruissements de la nuit. Ce sont les insectes chanteurs. Plus d'une cinquantaine d'espèces dans le sud du Québec échangent dans l'air chaud leurs sérénades nuptiales de la mi-juillet à la mi-septembre.

Certaines d'entre elles, comme les grillons, les sauterelles ou les cigales, sont très familières. D'autres, comme les oecanthes, sont plus difficiles à apercevoir, car leur petite taille et leur livrée vert tendre les dissimulent dans les fourrés des jardins et des haies. Le métabolisme de ces musicales bestioles est affecté par la température de l'air, à tel point que leurs joyeux trilles sont rigoureusement calibrés sur celle-ci.

L'oecanthe thermomètre, que l'on peut entendre par centaines le long de la digue du lac Boivin, présente une telle régularité dans son chant que celui-ci peut servir à calculer la température ambiante. Il suffit de compter le nombre de pulsations émises en sept secondes, et d'y ajouter cinq pour obtenir, à un degré près, la valeur en Celsius.

Seuls les mâles chantent. Ils se synchronisent les uns aux autres, ce qui accentue la régularité et le volume de leur chant. Celui-ci est produit par la friction des ailes antérieures, dressées verticalement et glissées l'une contre l'autre à la manière d'un archet. La texture fine et vibrante des ailes sert de caisse de résonnance.

Conviées à ce concert, les femelles peuvent se choisir un mâle en grimpant sur le dos de leur préféré. Une agréable friandise les y attend. Les ailes ainsi soulevées des mâles révèlent au milieu du thorax la glande métanotale dont les sécrétions semblent irrésistibles. Dès que la femelle semble réceptive, le mâle transfère sa semence dans une espèce de sac, le spermatophore, dont l'extrémité tubulaire est insérée dans l'abdomen de la femelle.

La friandise offerte à celle-ci permet d'occuper son attention suffisamment longtemps pour que la majorité du sperme passe dans son corps, une distraction essentielle, car l'enveloppe du spermatophore sera dévorée par la femelle aussitôt la copulation terminée. Cette substance très nutritive offrira à la femelle de précieuses ressources pour soutenir ses efforts reproductifs.

Jusqu'au 7 septembre, vous pourrez observer et entendre un oecanthe thermomètre au CINLB.

MICHEL AUBÉ,

VICE-PRÉSIDENT DU CINLB ET PROFESSEUR ASSOCIÉ

A L'UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE

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