Une orchidée discrète... mais grisante!

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La Voix de l'Est

Les orchidées sont parmi les plantes les plus fascinantes, tant par leurs coloris que par leurs formes curieuses et variées. Pour le botaniste, elles se distinguent aussi par la diversité des stratagèmes utilisés pour attirer les insectes et assurer leur pollinisation.

Parmi les 51 espèces d'orchidées présentes dans la flore québécoise, l'épipactis helleborine est la seule qui a été importée, vraisemblablement pour des raisons médicinales. Originaire d'Europe, elle a été observée pour la première fois au Québec en 1892 et elle est désormais abondante de l'Abitibi à la Gaspésie. Bien naturalisée, c'est la seule de nos orchidées sauvages dont la transplantation est aisée.

Présente au CINLB, c'est une petite plante de 30 à 50 cm de hauteur, dont les fleurs discrètes, à peine de la taille d'un petit pois, se regroupent par dizaines en épi autour de la tige. Leurs teintes pastel allient le vert au jaune, au rose et au mauve. Déjà en 1877, Darwin, grand spécialiste des orchidées, se demandait comment cette petite fleur, moins éblouissante que la plupart de ses cousines, s'y prenait pour capter l'attention des pollinisateurs.

L'étude récente de son nectar a permis d'élucider cette énigme. Celui-ci contient pas moins d'une centaine de composants, dont la vanilline, le furfural et l'eugénol, qui produisent des odeurs très prisées par les insectes, comme celles de la vanille, de l'amande et du clou de girofle. L'épipactis émet aussi des composants volatiles habituellement produits lorsqu'une plante est attaquée par certaines chenilles. Ces odeurs alertent et attirent des insectes prédateurs de ces chenilles, dont certaines guêpes. C'est évidemment un leurre, mais il contribue à augmenter le nombre et la diversité de pollinisateurs visitant cette petite plante.

Une fois attirés, les insectes doivent être gardés sur la plante suffisamment longtemps pour se couvrir largement de pollen. Pour cela, la plante va carrément droguer ses visiteurs par son nectar qui contient aussi de l'oxycodone, un analgésique de la famille des opioides utilisé surtout en cas de douleurs cancéreuses intenses. Celui-ci s'avère deux fois plus puissant que la morphine. Les insectes ainsi gavés de nectar s'attardent donc, plus ou moins ivres, parmi les pétales.

MICHEL AUBÉ, VICE-PRÉSIDENT DU CINLB

ET PROFESSEUR ASSOCIÉ

À L'UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE

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