­Skateboard: une passion de père en fils

Yan Desautels et son fils Andrew sont tous... (Photo Alain Dion)

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Yan Desautels et son fils Andrew sont tous deux passionnés de skate.

Photo Alain Dion

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Marie-Élise Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Ce n'est pas sans nostalgie que Yan Désautels  tire sa révérence de l'École de skateboard qui porte son nom à Granby. Le vétéran du sport urbain est à l'origine du premier système d'enseignement du skateboard dorénavant reconnu dans les Programmes d'enseignement sportif du Québec (P.E.S.Q.). Seize ans plus tard, le professionnel annonce sa retraite. Heureusement, une relève est prête à reprendre le flambeau.

À Granby, il n'y a pas de skateboard sans Désautels . «Tout a commencé en 1987», écrit l'enseignant en éducation physique dans une lettre dont La Voix de l'Est a obtenu copie.

C'est à l'âge de 12 ans qu'il s'est procuré sa première planche, une Powell Peralta Per Welinder. Le souvenir est clair dans l'esprit de Yan Désautels . «On se construisait des jumps qu'on utilisait dans la rue en face de la maison (...), au grand désespoir de ma mère, qui avait donc peur que je me fasse mal», évoque-t-il.

DE LA CHAMBRE AU SKATE SHOP

Les projets liés à la planche se sont par la suite succédés. À commencer par une première boutique... dans sa chambre à coucher! «On était obligés d'aller à Montréal pour se procurer notre matériel. À un moment donné, j'ai dit à mon père que ce serait cool d'avoir unskateshop pis de le faire à Granby. Y'a dit oui, sans penser que je le ferais», raconte Yan, toujours reconnaissant des 500$ que son père lui avait alors remis en guise d'encouragement.

Comme il n'était pas majeur à l'époque, le jeune entrepreneur a emprunté l'identité de son frère de 18 ans pour se procurer un permis de «vente par catalogue» à la Ville.

Avec les profits, il achetait toujours plus de matériel, jusqu'à ce qu'il décide, aidé cette fois de sa mère, d'ouvrir la première boutique spécialisée dans la région: Sk8 Zone. «On a eu ça pendant 13 ans. Moi, ça a payé mes études et ça a payé une bonne partie de ma maison», mentionne-t-il. «Le 500$ initial est devenu 125 000$ d'inventaire plusieurs années plus tard. Ça a roulé!»

L'arrivée d'autres skateshops dans la Ville a poussé Yan Désautels  à fermer boutique. «Moi, c'était vraiment par passion que je faisais ça pis là y'avait beaucoup de compétition, c'était rendu difficile», explique-t-il. Il a alors choisi de se consacrer à temps plein à l'enseignement de son sport.

ENSEIGNEMENT PROGRESSIF

«Y'avait rien pour le skate. C'était considéré plus comme une mode qu'un sport», se souvient Yan Désautels , qui a pris les choses en main dès sa sortie de l'université. Avec Claude Robitaille du P.E.S.Q., il a aidé à démythifier le skateboard en créant son école. «Souvent, les gens sont intimidés. Ils arrivent au skatepark, ils voient des modules et des gens qui sont forts. Le matin, y'a personne. C'est une approche vraiment progressive et sécuritaire avec des systèmes d'assistance manuelle, donc les jeunes ne se font pas mal. Je pense que j'ai utilisé deux plasters en 16 ans!» raconte le passionné, fier du programme mis de l'avant.

«À la fin d'un bloc de huit cours, on fait une évaluation. Au karaté, ce sont des ceintures. Eux autres (ses élèves), ils reçoivent un écusson d'une certaine couleur, dépendamment du niveau qu'ils ont atteint» explique-t-il. La mécanique a fait ses preuves, puisque l'École accueille aujourd'hui entre 40 et 75 apprentis planchistes chaque année à Granby. La majorité étant âgée entre 6 et 10 ans.

Une relève assurée

Depuis qu'il a glissé sur une plaque de glace l'hiver dernier, Yan Désautels  souffre d'une hernie discale. «Ça m'écoeure un peu, mais il faut que je vois le skate différemment», avoue-t-il.

Heureusement, il peut compter sur toute une relève, son fils aîné Andrew. Pour lui, pas question de changer quoi que ce soit à la formule gagnante établie par son père. Il enseignera le skate comme il l'a appris. «Ça marche vraiment. Y'a des jeunes qui sont plus kinesthésiques, y'en a que tu leur donnes juste un exemple et ils comprennent mieux», justifie le jeune homme de 16 ans, qui deviendra cet été le nouveau propriétaire de l'École de skateboard Andrew Désautels .

Le jeune homme, qui fait du skate depuis qu'il sait marcher, a été coach à l'école de son père pendant trois ans avant de se voir confier les rênes de l'entreprise. «Mon processus c'était ça», explique Yan, fier de sa relève. «Au début, il était assistant. Après, il donnait des cours avec moi. Je lui disais: ok, tu vas t'organiser avec tout ce qui est horaire et mettre ça sur Facebook. Les annulations, les réinscriptions, tu vas appeler les gens. Tout le côté business en fait, pour qu'il parte après et qu'il ait les outils en main pour être autonome.»

Malgré le défi de taille, Andrew se sent prêt. «Je me mets beaucoup de poids sur les épaules pour donner le plus que je peux aux jeunes pour qu'ils puissent se développer et se comparer à eux-mêmes, à leur évolution à eux autres», expose le nouveau propriétaire, qui a lui-même passé par ces étapes. «Quand tu réussis à faire un truc que tu as pratiqué 200 fois, t'es vraiment fier», dit le planchiste expérimenté.

Puisqu'il désire poursuivre des études en mécanique de l'avionique, Andrew organisera son horaire en fonction de son nouvel emploi du temps à l'école de skateboard. «Pis y'a lui aussi, qui va embarquer!» lance-t-il, en pointant son petit frère de 11 ans.

Dans quelques années, le jeune athlète donnera un coup de main à son grand frère en tant qu'assistant. Qui sait, il en fera peut-être un métier lui aussi...

Yan Désautels  ne s'en cache pas, il est heureux que son bébé reste dans la famille. «Je me disais, si je lâche ça, ça va mourir. Je voulais que ce soit quelqu'un qui a le goût de le faire et que ce soit bien fait. Que ça garde la même lignée», confie-t-il. Plusieurs défis attendent Andrew: le Centre de vélo de Bromont a démontré son intérêt pour instaurer un volet skateboard à son programme et le skatepark de Granby célébrera en août ses 18 ans d'existence. Il n'est pas impossible que le parc, créé par Yan Désautels , accueille un événement en lien avec sa «majorité». L'idée a été proposée au maire Pascal Bonin.

Marie-Élise Faucher

Vers un skatepark extérieur?

En 1998, le maire Michel Duchesneau a supporté le projet d'un skatepark à Granby.

« Moi, j'ai une grosse tête de cochon, reconnait Yan Désautels . Quand je veux faire quelque chose, je m'arrange pour que ça fonctionne! ». À l'époque, le rêveur a dû abandonner sa première idée d'un skatepark intérieur quand une dame a fait circuler une pétition pour ne pas avoir affaire aux planchistes dans son quartier.

Le maire avait alors fourni au jeune homme une surface asphaltée, une clôture et25 000 $ pour qu'il mette en place un skatepark extérieur. «On a acheté du bois, des vis et de la tôle, pis on a fait un skatepark! », indique l'ambassadeur de ce sport à Granby, qui a travaillé bénévolement pendant deux mois pour que son projet voit le jour. Toujours au même endroit, rue Maisonneuve, le skatepark s'est doté de nouveaux modules en béton au fil des années.

Même s'il l'heure de la retraite a sonné pour Yan Désautels , il n'entend pas se la couler douce pour autant. Sportif dans l'âme, il a plusieurs projets en tête, dont l'idée - toujours - d'un skatepark intérieur, qu'il n'a jamais abandonnée.

« Je voudrais que ça devienne la mecque du skate », déclare le skateboarder aguerri, qui avait déjà approché la commission scolaire du Val-des-Cerfs et proposé à la Ville le sous-sol de l'église St-Benoît pour réaliser son projet. Transformer le lieu pour qu'il soit sécuritaire coûterait toutefois une fortune lui aurait alors indiqué le maire Bonin.

« Y'en a plus de place pour les jeunes, y'a plus d'arcades, y'ont plus rien! » s'indigne Yan Désautels , qui croit dur comme fer en son projet. « Moi, c'est sûr que si quelqu'un m'ouvre une porte, je rentre dedans, c'est certain! » lance celui qui a multiplié les appels auprès du directeur du Service de coordination du loisir, des arts, de la culture et de la vie communautaire à la Ville de Granby, Patrice Faucher.

L'enseignant de skateboard souhaiterait impliquer les jeunes dans la création de graffitis qui décoreraient les murs de l'endroit, en plus d'y organiser des spectacles musicaux. « Si t'as un beau skatepark, les gens vont se déplacer. Pis si tu le rends vivant avec des événements, ça va rouler! » assure-t-il. L'appel est lancé.

Marie-Élise Faucher

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