Un tremplin pour apprivoiser l'autisme

Le jeune Joakim Brodeur fait partie du groupe... (Photo Janick Marois)

Agrandir

Le jeune Joakim Brodeur fait partie du groupe Tremplin. On le voit ici avec Pascale Gaudreau, une des trois éducatrices qui chapeautent le programme spécialisé.

Photo Janick Marois

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Avec le taux de prévalence de l'autisme qui ne cesse de monter en crescendo chez les enfants d'âge préscolaire, leur trouver une place dans une ressource spécialisée n'est pas une sinécure. Le CPE Le Grand Chapiteau de Granby est l'un des seuls établissements au Québec à offrir ce type de service méconnu de la population, par le biais du groupe Tremplin.

Depuis le tout début, le Centre de la petite enfance (CPE) Le Grand Chapiteau a pour mission d'intégrer les jeunes handicapés au sein des groupes de ses deux établissements de la rue Robinson. L'accroissement fulgurant du nombre d'enfants ayant un trouble du spectre de l'autisme (TSA) a rapidement changé la donne. «Au départ, on a vu l'opportunité d'ouvrir un groupe de cinq enfants avec tous les types de problématiques d'inclusion sociale. De fil en aiguille, les enfants ayant un TSA ont pris de plus en plus de place. Maintenant, ils sont au coeur du programme», a indiqué la directrice générale du CPE, Chantal Pontbriand.

Pour que les jeunes sortent de leur bulle, l'équipe du CPE mise sur l'approche SACCADE, élaborée par Brigitte Harrison, une autiste de haut niveau devenue une sommité dans cette sphère. Le programme, qui respecte un ratio de deux éducatrices pour cinq enfants, vise principalement à atténuer les carences sensorielles de ces jeunes. «Dans tous les groupes, on a des enfants avec des déficits particuliers. Ils ont souvent été exclus dans d'autres ressources parce que l'équipe en place n'avait pas l'expertise nécessaire. Notre objectif, c'est de leur faire vivre des réussites grâce à des outils qui touchent tous les sens. On fait appel à leurs facultés motrices, cognitives et langagières, a expliquéMme Pontbriand. Les résultats sont spectaculaires. Ça donne beaucoup d'espoir aux parents qui ne voyaient pas la lumière au bout du tunnel.»

Révélation

Annie Marchesseault, une jeune mère de famille de Granby, a récemment appris que son fils Francis, trois ans, est autiste. Après des essais d'intégration infructueux dans d'autres CPE, elle a découvert en septembre le groupe Tremplin du Grand Chapiteau. Une véritable révélation. «L'image qui va me rester en tête pour le restant de ma vie, c'est le premier contact de Francis avec une de ses éducatrices. Quand je suis partie, elle lui a fait un dessin pour lui expliquer la situation. Ses yeux brillaient. C'était la première fois qu'on parlait le même langage que lui.»

Le bambin s'apprête à intégrer un groupe régulier. «Comme parent, c'est une victoire de voir ton enfant s'épanouir. Ça te donne des ailes autant qu'à lui. C'est une valeur inestimable d'avoir accès au groupe Tremplin. Vraiment, c'est le genre de programme qui devrait être offert dans tous les CPE à travers le Québec!», a lancé Annie Marchesseault.

Pascale Gaudreau, une des éducatrices qui chapeautent la cellule de transition, met toutefois un bémol au sujet du passage des autistes vers des groupes dits «réguliers». «L'idée avec les jeunes ayant un TSA, c'est de respecter leur rythme. Il ne faut pas les déstabiliser en les sortant à tout prix d'un milieu qui leur convient, a-t-elle fait valoir. On leur donne tous les outils pour qu'ils intègrent des groupes typiques, mais certains ne pourront jamais y accéder.»

Incertitude

Bien que le groupe Tremplin connaisse un franc succès, Le Grand Chapiteau doit boucler son budget annuel avec les mêmes subventions que les autres CPE. Chantal Pontbriand ne cache pas son inquiétude concernant les coupures annoncées par Québec. En effet, l'ensemble des CPE québécois subira des compressions de120 millions$. Une allocation de transition de 40 millions$ est prévue en2016-2017 pour aider les établissements à encaisser le coup. «Je ne sais pas à quoi m'attendre comme budget le 1er avril, a concédé la directrice générale. Ça fait des années qu'on met les bouchées doubles pour maintenir nos acquis avec notre groupe [Tremplin]. Je ne veux pas laisser aller un service comme celui-là.»

Malgré le contexte austère,Mme Pontbriand et son équipe veulent continuer à développer l'expertise du Grand Chapiteau dans le créneau de la clientèle autiste. «Les gains sont si grands pour les enfants. Pas question de baisser les bras. On ne laissera pas tomber les familles.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer