Poules urbaines: que des avantages, dit une Bromontoise

Jessica Millien et sa poule Picotine. Sur son... (Photo Janick Marois)

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Jessica Millien et sa poule Picotine. Sur son terrain de Bromont, la mère de famille garde quatre poules urbaines.

Photo Janick Marois

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

(Granby) Comme bien d'autres villes québécoises (Chambly, Carignan, Sorel-Tracy), Drummondville annonçait dernièrement qu'elle modifiait son règlement pour autoriser ses citoyens à posséder des poules en milieu urbain. La discussion a été lancée à Granby ce week-end lors du Samedi matin du maire Bonin. Qu'en est-il ailleurs dans la région? Le Plus a fait une petite tournée des municipalités du coin pour voir si le projet a la cote.

À l'origine, Jessica Millien voulait des poules dans sa cour pour profiter d'oeufs frais à portée de main et faire vivre une expérience à ses enfants. Au fil des pontes, la Bromontoise s'est toutefois découvert une véritable passion. Maintenant, elle rêve de posséder un plus grand terrain où sa poule rayée Picotine et les autres pourraient becqueter à leur guise, non loin de grands jardins biologiques et de ruches où des abeilles s'affaireraient à produire leur miel doré... 

«Je voudrais avoir une grande place où c'est zoné agricole, rêve tout haut Jessica. J'aurais aussi un coq. J'aimerais les voir (le coq et les poules) évoluer tous ensemble. C'est un univers fascinant! Plus j'en apprends et plus je me dis 'Wow! C'est vraiment hot.»

Quand elle a commencé à penser au projet d'adopter des poules il y a trois ans, Jessica s'est présentée dans les bureaux de sa municipalité pour connaître le règlement sur le sujet. Celle qui travaille au Château Bromont habite un quadruplex avec son conjoint et leurs trois enfants rue Laviolette. Derrière chez eux passe la piste cyclable. Comme le règlement qui n'autorise pas la garde de poules en ville datait de 2003 et que la citoyenne habitait un coin de Bromont offrant de grands terrains, la personne-ressource lui a alors suggéré de voir avec ses voisins si la présence de quatre poules allait les gêner. Au contraire, tous ont trouvé l'idée très bonne, se souvient Jessica qui, à veiller sur son poulailler urbain, tend tranquillement à devenir une spécialiste dans le domaine. Races, temps de couvée, périodes de ponte, espérance de vie, attitudes, trucs santé pour éviter les antibiotiques et les vermifuges, type de nourriture, façons de gérer l'odeur des fientes, elle s'est renseignée sur tout.

«J'aime vraiment ça! , lance-t-elle. Ça ne coûte presque rien et s'occuper des poules, c'est moins long que de nettoyer la litière du chat!»

Positif

Jessica ne voit que de bons côtés au fait d'avoir des poules à la maison. Des avantages qui vont bien au-delà du simple fait de pouvoir cuisiner avec des oeufs d'une grande fraîcheur. Chaque jour, autant sa Chanteclerc, sa Plymouth rock barrée que ses deux petites Ameraucanas agissent comme «composteuses» en mangeant, par exemple, les restes de pâtes et de riz cuits, de laitue, de légumes, voire de pop-corn. Comme elle utilise des feuilles mortes plutôt que des copeaux de bois pour couvrir le sol de son petit poulailler, Jessica se sert ensuite celles-ci, alors mélangées aux fientes, pour en faire de l'engrais pour ses plates-bandes.

«C'est économique, insiste-t-elle. Je me suis rendu compte que dans le fond, on n'a pas besoin d'avoir toujours une douzaine d'oeufs dans notre frigo.»

Son intérêt pour les poules urbaines l'a menée à se renseigner également sur l'élevage de pondeuses à grande échelle. Une poule peut pondre dès l'âge de six mois, explique Jessica. Chacune pond un oeuf aux 24 heures, ce qui fait une moyenne 28 oeufs par mois. «Mais dès la deuxième année, la ponte diminue de 40%, poursuit-elle. Que font les gros producteurs d'oeufs avec les poules de plus de deux ans? Moi, ma Chanteclerc vient manger dans notre main. Les poules ont leur propre personnalité, comme les chiens. Vais-je lui tordre le cou parce qu'elle ne pond plus? Je ne me rendais pas compte de tout ça avant en achetant ma douzaine d'oeufs à l'épicerie.»

De nombreuses prises de conscience jumelées à un désir de s'éloigner des façons de faire de l'industrie agroalimentaire convainquent Jessica de garder ses poules, été comme hiver. «Je respecte leur cycle. Mes poules ont une belle vie, se réjouit-elle. Ici, elles ne vivent pas dans une cage grande comme une feuille format lettre! Élever des poules, on peut le faire à petite échelle et de belle façon.»

Si on vous disait que Jessica Millien se prépare à pondre un blogue sur les poules, seriez-vous surpris?

Roland Paquette espère voir Granby permettre à ses... (Photo Alain Dion) - image 2.0

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Roland Paquette espère voir Granby permettre à ses citoyens la garde de poules en milieu urbain. 

Photo Alain Dion

Granby ouverte au dialogue

Pour sa conjointe nouvellement retraitée et leurs six petits-fils qui viennent souvent les visiter, Roland Paquette songeait à agrémenter sa cour d'un petit poulailler hébergeant deux poules pondeuses. Le hic: les règlements de Granby n'autorisent pas ce type d'élevage en ville. Alors que Drummondville a emboîté le pas à d'autres municipalités au sujet de l'autorisation de poules en milieu urbain, le grand-papa a bon espoir que sa ville en fera autant.

«On ne les autorise pas, mais nous sommes présentement en processus de refonte de nos règlements, a expliqué Yanie Authier, urbaniste à la Ville de Granby. Nous allons donc analyser la question et voir si nous les autoriserons ou non.»

M. Authier a adressé la même réponse à Roland Paquette par courriel.

«Une poule, ça ne peut pas être pire qu'un chien!», estime le résidant de la rue Léger, qui attendra de voir ce que dira la refonte des règlements municipaux.

Pour en savoir plus, M. Paquette a écrit à la Ville de Drummondville. Ainsi, il a appris qu'avant de vouloir garder des poules et de se lancer dans la fabrication d'un poulailler, les Drummondvillois devront d'abord demander un permis au Service de l'urbanisme. Ensuite, ils devront respecter diverses conditions selon leur type de résidence, la superficie de leur terrain et la distance par rapport aux lignes de terrain. Les dirigeants de Drummondville disent avoir ouvert la porte aux poules urbaines, car celles-ci ne font que très peu de bruit, qu'elles demandent peu de soins et d'espace et qu'elles permettent de consommer des oeufs d'une grande qualité.

Sur le territoire couvert par l'hebdo Le Plus, les villes jointes n'autorisent pas, dans leurs règlements, l'élevage de poules en ville. C'est le cas du moins de Bromont, Saint-Césaire,Waterloo et Cowansville. La garde d'animaux dits «agricoles», comme les poules, est permise seulement là où le zonage est prévu à cette fin.

Lors de sa rencontre mensuelle avec les citoyens samedi dernier, le maire de Granby, Pascal Bonin, a tâté le pouls de façon informelle auprès des gens présents. Pour ou contre les poules en ville, a-t-il demandé à l'audience à la suite de l'intervention de citoyens en faveur des poules urbaines. Finalement, le maire a tranché contre le projet si un règlement permettait la garde des poules en ville sur un terrain de 10 000 pieds carrés. Mais après discussion, en parlant de terrains de 30 000 pieds carrés par exemple, l'assemblée se montrait plus ouverte au projet. Le maire a d'ailleurs invité les citoyens à lui présenter un projet en bonne et due forme, se disant ouvert à étudier la question.

La petite tournée des municipalités a aussi permis à l'hebdo Le Plus de constater que certains citadins amoureux d'oeufs frais vivent leur passion... en silence.

La campagne en ville

Soucieuse de s'alimenter de façon saine, une mère de famille de Granby a un jour pensé qu'il serait intéressant et enrichissant de voir picorer des poules à côté de ses jardins biologiques, chez elle, en pleine ville. Mise en contact avec une dame de Saint-Joachim qui élève des pondeuses, elle a décidé d'en héberger le temps d'un été. Dès ce printemps, et ce pour la quatrième année, Estelle, Rita, Suzanne et Lucie viendront passer la belle saison rue Dufferin, à Granby.

«C'est notre petit train, train de ferme en ville!», lance la maman de deux garçons de 6 et 9 ans.

Avant d'accueillir ses quatre pensionnaires à plumes, celle-ci a toutefois tenu à s'assurer que ses voisins étaient à l'aise avec l'idée. «Ils le savent tous, insiste-t-elle. Ils ont eux-mêmes leurs jardins. Nous échangeons des légumes et moi, je fournis les oeufs. Une poule ce n'est pas comme un chien. Ce n'est pas dérangeant. Ça ne fait pas de bruit, c'est propre, et quel bonheur pour les enfants de se lever le matin et de courir voir si les poules ont pondu.»

C'est d'ailleurs aux petits que reviennent les tâches de donner eau et nourriture aux animaux. Chez eux, les poules sont gardées dans une cage spacieuse, qui se trouve dans un grand enclos clôturé installé dans le fond de la cour. «Quand nous partons, nous les laissons dans leur cage, mais quand nous sommes présents, nous les sortons dans l'enclos, dit la maman. Chaque poule donne un oeuf par jour. C'est tellement une belle expérience pour les enfants.»

Bonne nouvelle

Bien sûr, l'hôte du quatuor ailé sait que la Ville de Granby n'autorise pas les poules en milieu urbain. Mais comme ses locataires ne dérangent personne, elle ne craint pas les représailles. Elle applaudit toutefois le geste de l'administration de Drummondville qui vient de modifier ses règlements pour permettre aux citoyens de garder des poules pondeuses à la maison. «Je suis pour le fait que les villes s'ouvrent à ça, insiste-t-elle. C'est comme accepter que les citoyens fassent des jardins devant ou derrière leur maison. Il faut retourner aux bonnes valeurs de la vie, comme celle de bien s'alimenter. Moi, j'aime voir mes enfants courir s'occuper des poules dehors, plutôt que d'être assis devant un écran.»

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