Écarter le suicide à coups de buts

François Lambert voulait depuis longtemps dire aux gens... (photo Janick Marois)

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François Lambert voulait depuis longtemps dire aux gens que le suicide n'est pas une option. Et ce, peu importe le problème auquel ils font face. Le père d'une fille unique en est la preuve.

photo Janick Marois

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

(Granby) Pour une 26e année, la Semaine nationale de prévention du suicide avait lieu récemment, plus précisément du dimanche31 janvier au samedi 6 février 2016. Mais la prévention doit se faire à longueur d'année. Pour ce faire, François Lambert, un homme de 54 ans de Roxton Pond victime d'un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2011, voulait raconter son histoire. Des solutions existent à tous les problèmes et le suicide n'est pas une option. Rencontre avec un battant.

Malgré leur passion, rares sont les mordus de golf qui accrochent leurs fers aux murs du salon. François Lambert, lui, l'a fait. À côté de ses bâtons trônent aussi son gant de baseball, des casquettes et des chandails d'équipes dans lesquelles il a joué et une canne à pêche. Ses skis, il les a suspendus au-dessus de sa fenêtre de cuisine. Amateur de sports? Oui, mais tous ces objets servent d'abord à lui rappeler qu'il n'a pas toujours été cloué à un fauteuil roulant. Une condition qu'il accepte jour après jour, mais qui, à une certaine période, lui a donné le goût de déclarer forfait.

«C'est moi! , lance M. Lambert en jetant un coup d'oeil à son environnement. Ce sont mes reminders. Ça me rappelle que j'ai été sportif. Une femme rentrerait ici, et peut-être qu'elle me suggérerait de refaire la décoration...»

François Lambert a étélivreur/vendeur pendant des années. Se qualifiant «d'approximativement pas pire en forme», le père d'une fille unique était toutefois suivi pour des problèmes de diabète et de haute pression. Le sport occupait une grande partie de sa vie, surtout le hockey et le baseball. Le matin du 21 juin 2011, il s'est réveillé avec le bras et la jambe, côté gauche, paralysés. «J'ai d'abord pensé à des courbatures, raconte M. Lambert. Rien de grave.»

L'homme à la stature imposante pensait même pouvoir reprendre le boulot le surlendemain. «Finalement, le hamster a failli faire une crise de coeur tellement il roulait! , lance-t-il avec humour. Au début, c'était le néant puis, le diagnostic est tombé.»

Un accident vasculaire cérébral (AVC) massif de type Sylvien est venu chambouler ses plans. Sa condition était irréversible. «Je me suis dit "Je suis perdu". Je n'avais plus aucune notion de ce que l'avenir pouvait être. Ma job? Ma balle? C'était la fin du monde. Un canyon profond.»

C'est donc le vague à l'âme qu'il a entreprit ses exercices de physiothérapie et d'ergothérapie. Sa période la plus creuse, il l'a vécue lors des trois mois passés en réadaptation. «Avant, j'étais un vrai spring. Tout devait être fait là, tout de suite, dit-il. En physio ou en ergo, ça n'allait jamais assez vite pour moi. Je voulais avancer, que ça bouge, mais c'était long et je me suis écoeuré.»

«J'ai dit à la psychologue en chef que je n'avais aucune qualité de vie, poursuit-il. Que j'allais être mieux mort.»

Le suicide devenait une alternative. Son plan, il l'avait en tête. Suffisait juste qu'on le laisse sortir une fois du centre où il habitait alors...

«Mais un jour je me suis dit que ma Sophie n'allait jamais chanter les paroles de la chanson Cache Cache de Maxime Landry, illustre-t-il avec émotion. Je voyais la lumière au bout du tunnel. Au lieu de m'accrocher à une corde, je me suis accroché à ma fille.»

Des buts

Peu importe la situation dramatique dans laquelle une personne est plongée, une solution existe, croit M. Lambert. D'ailleurs, il aime citer la phrase du psychiatre Mark S. Gold qui a dit un jour: «le suicide est une solution permanente à un problème temporaire».

«Il faut se donner la chance, insiste l'homme de 54 ans. Il faut enlever nos oeillères et ainsi, on va passer à travers. Il y a une bonne solution à tout.»

«Aussi, il faut se fixer des buts et oser aller chercher de l'aide.»

Lui, son but ultime, était de revenir vivre dans sa maison sur le bord de l'eau. L'image à laquelle il s'est accroché pendant presque son année entière de réadaptation est celle de la fenêtre de sa cuisine. Celle par laquelle il voit le lac et les bateaux, les oies et les canards. «Je tenais vraiment à mon coin à moi, soutient-il. C'est, en très grosse partie, ce qui m'a tenu en vie. Avec ma fille, évidemment. Je voulais pouvoir encore siroter mon café, le matin, en fumant ma cigarette, un oeil sur le lac. C'est ça que je voulais. J'ai travaillé fort et je l'ai eu. Je suis vraiment fier de moi. De ça, et d'être un exemple de résilience pour ma fille.»

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