Quand frère et soeur se partagent les ondes

Jean-Charles Lajoie et sa soeur Marie-Noëlle sont tous... (photo Janick Marois)

Agrandir

Jean-Charles Lajoie et sa soeur Marie-Noëlle sont tous deux animateurs de radio. En ondes au même moment, et ce toute la semaine, leur lien fraternel n'en souffre pas pour autant.

photo Janick Marois

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

(Granby) Diane Laliberté, de Granby, possède une radio à seulement trois postes: le 104,1, le 106,5 et le 91,9 Sport. Aux deux premiers, elle peut écouter sa fille et au deuxième, son fils. En fin d'après-midi, elle est toutefois tiraillée, car elle fait face à un phénomène inusité. De 15h à 18h, tous les jours de la semaine, ses enfants sont en ondes au même moment!

«Je suis certaine que c'est moi qu'elle écoute!», lance Marie-Noëlle Lajoie en riant, en attendant l'arrivée de son frère Jean-Charles.

Marie-Noëlle Lajoie anime Pop Musique avec Marie-Noëlle de 13h à 18h, du lundi au vendredi, sur les ondes de Boom Montérégie. Juste avant, de midi à 13h, son grand frère occupe le micro de 91,9 Sport pour l'émission Jean-Charles le midi, avant de le reprendre de nouveau de 15h à 19h pour Jean-Charles en liberté.

«Nous avons déjà été en ondes en même temps, mais c'est la première fois aussi longtemps», relate Marie-Noëlle.

Malgré tous ces moments où chacun occupait un micro sur la même case horaire, jamais la compétition n'a brisé le lien fraternel qui les unit. En fait, la concurrence n'a jamais existé entre les deux. Au contraire, chacun est fier du succès de l'autre.

«On n'occupe pas le même marché, assure Marie-Noëlle. Pour Numéris (anciennement les sondages BBM), JC occupe actuellement le marché de Montréal et moi, celui de la Montérégie.»

À une époque, Marie-Noëlle animait à Rythme FM et ensuite à CKOI. De son côté, la feuille de route de Jean-Charles l'a mené d'Énergie, entre autres à Rouyn-Noranda, Drummondville, Sherbrooke et Trois-Rivières, aux nouvelles du sport à TVA Sherbrooke. Aujourd'hui, le frère et la soeur suggèrent chacun un genre d'animation fort différent. Aussi, ils ne s'adressent pas au même auditoire. Marie-Noëlle propose une programmation tout en musique. «Je tripe sur la musique! , dit la mère de quatre enfants. Le format 'musical' me rappelle mes meilleures années à Rock Détente. J'adore ça. Présentement, on travaille à rajeunir l'auditoire à Boom. C'est un beau défi.»

Le succès

De son côté, Jean-Charles, reconnu pour son franc-parler, sa passion pour le sport et sa connaissance dans le domaine, présente des émissions de «radio parlée».

«On fait de la radio tous les deux, mais moi j'accompagne, je divertis. JC, c'est plus un show!», lance Marie-Noëlle en riant et en attendant la riposte de son frère qu'elle s'amuse à appeler «la vedette!».

«C'est ça, on est des amuseurs publics!», ajoute Jean-Charles, qui reconnaît jouir d'une belle liberté au 91,9 Sport.

Après avoir pris des années à se définir, à faire sa place, Jean-Charles Lajoie a enfin l'impression d'être là où il a toujours rêvé d'être. «Je suis sur mon X au moment où je te parle, dit-il. Mes émissions, je les produis en entier. J'ai toujours été un passionné de hockey et un passionné des mots. Je n'ai jamais rêvé d'être un joueur de hockey, mais j'ai rêvé d'être dans le milieu du hockey. C'est comme ça que le journalisme s'est imposé.»

Les rudiments de l'animation et de la radio, il les a appris grâce à Gilles Dion, qui opérait dans les années 1980 la Discomobile CHEF, et àYves Bombardier, aujourd'huivice-président programmation et information et directeur général du 91,9 Sport, une radio indépendante.

«Avec Gilles, ça a été une école extraordinaire, formidable, raconte le père de trois jeunes adultes. Yves, c'est mon mentor.» Paul Labrecque et Dominique Dion, qui oeuvraient dans le temps à CHEF 1450, ont aussi été des hommes marquants dans le parcours du grand parleur, qui a su se bâtir une belle crédibilité dans l'univers sportif québécois au fil des années.

Malgré tout, il refuse de se voir coller l'étiquette de «vedette».

«Si je suis une vedette? Calvaire, pas du tout! , insiste-t-il. Ma soeur, elle, est une star. Une super star. Elle possède un talent extraordinaire et partout les gens la couvent d'éloges. Certains jugent son parcours, mais elle est la capitaine de son navire. C'est une mère de famille. Elle a fait des choix pour le bien de sa famille et pour ça, je l'admire.»

Ému, Jean-Charles a poursuivi son hommage à Marie-Noëlle en soulignant à quel point sa soeur avait été inspirante pour lui à une période où il en avait le plus besoin. «Elle m'a donné un élan important à un moment clé de ma vie, a-t-il dévoilé. On ne définit pas la grandeur des gens à leur popularité.»

«C'est vrai, j'ai fait des choix par rapport à ma famille, confirme l'animatrice de 38 ans formée à Jonquière et qui oeuvre dans le domaine de la radio depuis déjà 20 ans. L'offre de Boom, je l'ai évaluée longtemps. C'était une belle opportunité. Là, je peux vivre de ma passion en région. Je suis très privilégiée.»

Jean-Charles Lajoie gère une équipe de hockey et... (photo Catherine Trudeau, archives La Voix de l'Est) - image 2.0

Agrandir

Jean-Charles Lajoie gère une équipe de hockey et au fil des ans, il a suivi ses trois fils dans tous les arénas du Québec et d'ailleurs. Cet été, il entend écrire Dans un aréna près de chez vous. Un roman inspiré de tout ce qu'il a pu y vivre et y voir se produire: sur la glace, devant et dans les estrades... 

photo Catherine Trudeau, archives La Voix de l'Est

Toujours un pied en dehors de la glace

À peine arrivé à l'entrevue fixée en compagnie de sa soeur Marie-Noëlle, que déjà Jean-Charles Lajoie s'excuse. En plus d'être un brin en retard, il devait prendre encore quelques minutes pour livrer son commentaire sur les ondes du 91,9 Sport au sujet du match du Canadien disputé la veille. Pendant près d'un quart d'heure, il parlera alors de l'avenir de l'entraîneur Michel Therrien et du magasinage que devra faire Marc Bergevin pour se trouver un bon joueur de centre. Entre autres. Le tout avec une bonne touche d'humour, une concentration déconcertante, un langage imagé exempt de sacres et une parfaite maîtrise de son sujet. La parlotte, il l'a facile. C'est à se demander ce qu'il mange pour déjeuner pour être si concentré.

«Le matin c'est un café-au-lait-spécial-Manon et deux toasts au miel!», dévoile Jean-Charles en riant, conscient que la question n'est pas si bête.

«Le midi, c'est encore un lunch de Manon (Marie-Manon est sa femme). Depuis quelques années, je mange moins et mieux. Je mange assez bien. Pas le choix, sinon je serais déjà mort!»

Animer pendant des heures, souvent selon des horaires atypiques, demande une bonne hygiène de vie. Avec l'animation de deux émissions de radio par jour, ses interventions ici et là à la télé comme à la radio, la gestion de son équipe de hockey junior AA, les Braves de Farnham, et sa vie familiale, Jean-Charles ne cache pas avoir une vie bien remplie. «Ça m'amène toutefois énormément de réflexions», laisse-t-il tomber, songeur.

C'est que la radio n'est plus ce qu'elle était, regrette l'animateur, qui répète être privilégié par la totale indépendance dont il profite à 91,9 Sport. «Mais la radio est une salope! , tranche-t-il, crûment. Il faut que tu sois capable de t'en moquer. Quand elle sera belle à marier, je le dirai. C'est une dope. Elle est tellement excitante, mais elle est devenue une junkie aux profits. Elle n'est plus la même.»

D'où l'importance de faire autre chose en parallèle, disent lui et sa soeur.

Marie-Noëlle Lajoie, par exemple, prête sa voix à divers projets commerciaux pour protéger ses arrières. Jean-Charles, lui, possède une plateforme web sur le sport, LaTaverne.com, qu'il dit présentement «latente» et il entend se lancer dans l'écriture. Deux projets sont sur les rails. D'abord la rédaction de la biographie d'une personnalité publique du monde du sport. Impossible toutefois d'en savoir plus pour l'instant. Cet été, Jean-Charles se lancera aussi dans l'écriture d'un roman d'où émanera une douce odeur de frites au vinaigre caractéristique des arénas. Avec trois fils qui ont joué tous les niveaux possibles au hockey avant la Ligue nationale, Jean-Charles a eu amplement le temps de s'inspirer au fil des années.

«Mes gars ont connu tous les niveaux et, chaque fois, j'étais dans les estrades avec un mauvais café», dit-il. Un portrait du hockey mineur au Québec.

Il tient déjà son titre: Dans un aréna près de chez vous.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer