Tu cours-tu?

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Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

On me demande souvent: tu cours-tu? Ça ressemble à une sérénade de Richard Desjardins, mais ce n'est pas l'intention, je crois.

Je réponds oui, après l'autobus quand je suis en retard, après les aubaines et après les jupons quand je suis célibataire. Sinon, c'est assez relax, merci.

Mais non, les gens veulent savoir si je fais de la course à pied. Ah! Non merci, je fais du spinning. C'est moins forçant. En fait, je ne suis pas si sûr, mais bon, au moins je n'ai pas à combattre les intempéries.

En passant, avez-vous remarqué qu'il y en a en &(?%* des intempéries ces jours-ci? Une grêle, une pluie, une bourrasque, un tremblement de terre... Quand je pense qu'à la même date l'an dernier, j'étais étendu sur l'herbe d'un parc bouchervillois à tenter de séduire Désirée avec ma voix de stentor et mes muscles saillants, vêtu uniquement de culottes courtes et d'un gaminet. (Je sais, «t-shirt» c'est plus glamour, comme allaiter en robe de soirée, mais ça faisait longtemps que je n'avais pas écrit «gaminet» et ça me manquait.)

Bref, il faisait chaud.

***

Donc la course. Cours-je? Non. Erre-je? Peut-être. Mais suis-je éveillé ou dors-je? Suis-je immobile ou me meus-je? Car il semble que ce soit la grosse mode ces temps-ci. Même à La Voix de l'Est, milieu de vie dynamique s'il en est, il ne se passe pas une semaine sans que j'entende «pis, tu cours-tu?» lancé candidement par un collègue zélé à un autre collègue un peu moins zélé.

Puis, avec du coeur au ventre, ils sont une dizaine à aller s'éreinter, bras dessus et espadrille dessous, dans les environs du parc Victoria, le midi, le temps de quelques kilomètres bien sentis. Encore plus étonnant, il y a là des gens de la salle de nouvelles, mais aussi des conseillers publicitaires, des infographistes, des cadres et même, oserais-je le dire, des gens de la comptabilité, êtres par nature froids et calculateurs. Comme quoi devant ce grand ennemi qu'est l'embonpoint, le journal est enfin uni. Une fois n'est pas coutume.

C'est une activité que je respecte au plus haut point. Vous aurez deviné que je n'y participe pas. Non, ce n'est pas par snobisme. Ni par paresse (je fais du spinning, l'avez-vous déjà oublié?). OK, un peu par paresse. Mais ce n'est pas la raison principale. C'est que je suis un homme occupé, moi, môssieu.

En fait, c'est surtout que je trouve que courir le midi cadre plus ou moins bien avec mon horaire. Entre le dîner, les rendez-vous téléphoniques, les audiences en cour, la traque de chiens errants, les épanchements à la commission scolaire et toute autre tâche connexe, ça se place mal.

J'ai renoncé à pédaler systématiquement le midi ou le soir pour la même raison, parce que je ne sais jamais vraiment si mon horaire me permettra d'y aller. C'est pourquoi je me rends au gym - autant que faire se peut - à 7h du matin. Comme ça, je suis sûr que l'actualité granbyenne ne fera pas obstacle à mon cours donné par Danièle Francis, elle-même un heureux mélange d'athlète et de photoreporter.

Quand même, je sens la déception dans la voix de mes collègues lorsqu'ils essuient un énième refus de ma part. Courir à côté de moi, ça les galvaniserait à coup sûr. Du moins pendant les premiers 100 mètres, soit jusqu'à ma première pause où, haletant, j'irai rendre l'âme sur un banc de parc.

Faut pas charrier non plus. J'ai jamais dit que j'étais en forme.

***

Quand je lis que des gens sont convaincus qu'ils deviendront malades si Hydro-Québec installe des compteurs électroniques sur leur maison, je me demande toujours s'ils sont conscients qu'il y a déjà des téléphones cellulaires, des ondes de télévision numérique, des micro-ondes...

Je ne suis pas certain que tout ça soit sans danger à long terme, mais une chose est sûre, on n'est pas morts et qui plus est, on en redemande.

Cela dit, je conçois que des gens deviendront effectivement malades si la société d'État installe ses compteurs du diable chez eux, tout simplement parce qu'ils sont convaincus qu'ils le deviendront. C'est l'effet placebo à l'envers.

L'histoire médicale est truffée de cas où des gens ont réussi à se guérir - ou à se tuer - par le seul pouvoir de leur cerveau. À ne pas négliger. On n'a pas fini d'apprendre tout ce qu'il peut faire, celui-là.

***

Au risque d'être limogé par mon rédacteur en chef rondellophile, je risque un commentaire: non, mais, on est-tu ben sans hockey?

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