Retour vers le passé

Partager

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Qui a dit que les journaux n'évoluent pas? Je suis tombé cette semaine sur ma copie - plastifiée s'il vous plaît - de la première Voix de l'Est (20 juin 1935). Les temps ont changé...

En plus d'être grand format, on remarque tout de suite que la genèse du «journal d'intérêt régional» présente autant de photos qu'un dictionnaire Robert. Hormis trois photos individuelles, notamment celle du maire Joseph-Hermas Leclerc, dont on apprend la démission de la présidence de la «commission des écoles».

Le «distingué maire» invoque la nécessité de se concentrer davantage sur sa charge de premier magistrat, car «la chose municipale demande beaucoup d'attention par les temps actuels». (Mine de rien, la lecture du premier numéro de l'hebdomadaire - qui allait devenir quotidien 10 ans plus tard - permet d'apprendre à qui font référence les noms des rues et des écoles granbyennes: J.-H. Leclerc était maire, donc, David Bouchard ministre du gouvernement Taschereau (tiens, un autre boulevard!), Horace Boivin, président de la Chambre de commerce (et aussi maire par la suite) et M. Gill était curé.)

Ce n'est pas tout: sur cinq colonnes bien tassées, le «semeur d'idées» - c'était le slogan à l'époque, avec logo de fermier à la clé - traite de sujets aussi variés que la politique, les faits divers (et il n'est pas avare de détails scabreux), la justice, mais aussi des potins, de l'opinion, une section «vie intellectuelle» et une autre de «vie féminine». De loin ma préférée.

Son titre principal: «Les taches de rousseur: comment les supprimer» (si vous voulez mon avis: jamais). On apprend aussi dans la chronique «Pour rester belle» que «toute femme bien éduquée prend un soin minutieux de sa dentition». Autrement dit: pas besoin de vous brosser les dents, les mecs.

Ce qui frappe aussi: le journal utilisait des «correspondants» d'aussi loin que Cowansville, Saint-Césaire et Valcourt. Mais les «nouvelles» n'en sont pas toutes; la plupart du temps, il s'agit de descriptions de «déplacements». Par exemple, de St-Dominique-de-Bagot: «Dimanche, M. et Mme Victor Caron de Lewiston étaient chez M. Albert Dubreuil, père de Mme Caron.» Qu'on se le tienne pour dit.

Sans oublier la liste des baptêmes, mariages et funérailles, le menu suggéré de la semaine (!), le carnet mondain et toute une page de félicitations venant d'autres hebdos. Et l'abonnement coûtait 1,50 $... pour un an.

Une dernière trouvaille, cette citation tirée d'une chronique intitulée «L'industrie (touristique) au Québec»: «On vient au Québec et on s'en retourne séduit, bouleversé. On y reviendra sûrement avec le désir de se pénétrer de nouveau de l'atmosphère et de la vie particulières à notre province. Tout cela est vrai, mais combien de temps encore cela durera-t-il si la population se préoccupe de moins en moins à conserver au Québec sa physionomie française et se refuse à renoncer à cette manie de l'anglicisation, même dans les centres les plus français, manie qui enlève à nos hôtels, pensions, garages, restaurants, maisons de commerce, surtout, ce cachet français qui les rendrait véritablement plus intéressants aux yeux de plusieurs?»

Finalement, on n'a pas évolué tant que ça.

* * *

Adieu Mme Matton

Il y a des vieux qui radotent, qui sont fermés d'esprit, malcommodes et détestent toute nouveauté. Et il y a ceux à qui parler est une joie parce qu'on a l'impression qu'ils sont autant ouverts d'esprit que des adolescents (sinon plus), mais avec une touche de sagesse.

Hélène Matton faisait partie de ces gens-là. Je ne me souviens plus le nombre de fois qu'on a dîné ensemble à la cafétéria de La Voix de l'Est (à 13h, l'heure des riches). Elle y a travaillé si longtemps que je crois que c'est elle qui embauché Valère Audy. Attendez... Non, c'est pas vrai. Mais ça aurait pu.

Ça me frappait chaque fois combien ce petit bout de femme était vive d'esprit, drôle, et n'avait pas son pareil pour remettre les problèmes en perspective. Je me souviens aussi qu'on pouvait faire à peu près n'importe quelle blague en sa présence, même les plus salaces. Ça ne la choquait pas le moins du monde, même qu'elle en rajoutait.

Vous aurez compris que «Mme Matton» n'est plus. Après Ginette Laurin en 2006, c'est la deuxième fois que je vis la mort d'une employée du journal que je connaissais bien. Et dans les deux cas, c'était des femmes qui ont fait presque toute leur carrière au quotidien de la rue Dufferin, et qui se sont éteintes quelques années seulement après leur retraite.

Des années de dévouement qui se terminent, comme c'est souvent le cas, abruptement.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer