Vous n'avez qu'à penser à vous-savez-qui. Oui, oui, elle. Je n'ai même pas besoin de la nommer.
Elle est dans le paysage politique québécois depuis que je suis né. Elle a chapeauté tous les grands ministères. Traversé une pléthore de déserts. Comme ses deux principaux rivaux masculins, elle est sur toutes les tribunes présentement, et peut-être même après le 4 septembre, qui sait.
Elle est sur toutes les tribunes et en même temps, sur toutes les lèvres. Les commentaires que j'entends sur elle abondent. Ils sont, pour la plupart, négatifs. Voyez plutôt.
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D'abord, presque tous ses détracteurs, dans mon entourage, sont en fait des détractrices. Elles disent: «Je ne peux pas la sentir, elle». Moi, je fais l'innocent, même si je connais très bien la réponse. «Pourquoi?» La première réponse est toujours la même: «Je ne peux pas dire pourquoi. C'est viscéral.»
Bon. Passons sur la solidarité féminine, un concept si abstrait qu'il ne s'illustre presque jamais dans la réalité.
Depuis des années, je me demande d'où vient ce vent anti-Marois. «C'est à cause de ses foulards.» OK, sauf qu'elle n'en porte plus... «C'est à cause de ses manières.» Vraiment? «Oui, je la trouve hautaine.» Ah, enfin. Du concret.
Mais l'est-elle vraiment? Combien de fois l'ai-je vue serrer des mains, même en dehors d'une campagne électorale, donner des entrevues, faire des blagues à l'emporte-pièce à Tout le monde en parle?
Elle peut faire semblant. D'accord. Mais quelqu'un qui fait des efforts pour ne pas paraître hautain l'est déjà un peu moins, non? Je ne veux pas m'acharner sur un politicien déchu, mais son prédécesseur à la tête du PQ, André Boisclair, faisait beaucoup moins d'efforts pour ne pas paraître hautain. En fait, il n'en faisait aucun.
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Pauline, hautaine? Je trouve que c'est chercher des bibittes là où il n'y en a pas. Alors quoi? Une autre: «Elle a déjà comploté pour prendre la place de Bernard Landry en 2005 et je ne le prends pas.»
Ah. C'est vrai qu'en politique, personne ne complote jamais contre personne. Et personne n'a le droit d'avoir d'ambition. Pas les femmes, en tous cas.
Autoritaire? Oui, il y a eu le gâchis de l'appui à l'amphithéâtre de Québec, où elle a elle-même reconnu son erreur. Dans les faits toutefois, l'histoire a montré que c'est une femme qui sait consulter et concerter. Et un peu de torque ne nuit pas.
Bref, que reste-t-il de notre haine? «En tout cas, euh... elle est riche. Son mari est riche aussi. Ils avaient un château en forme de Moulinsart sur l'Île-Bizard, pis ça m'énerve.»
Tiens donc. J'oubliais que Jean Charest et François Legault étaient pauvres comme Job, eux. Deux beaux B.S. à côté d'une ex-travailleuse sociale millionnaire, ça paraît mal.
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Le problème, en fait, et comme l'explique très bien un article paru récemment dans L'actualité, c'est qu'une femme en politique «marche sur un fil de fer». Trop sévère, on la traite de bitch. Trop conciliante, de potiche. Trop laide, de marâtre. Trop belle, de pute. Et ainsi de suite. On n'en sort pas. Et avec les télé HD, c'est pire.
Si elle est trop bien mise, on dira qu'elle veut se faire draguer. Trop négligée, qu'elle n'a aucune fierté. Si on voit un député ébouriffé, le matin, on soupçonnera qu'il a travaillé fort toute la nuit. Une députée... Je vous laisse imaginer les commentaires.
Chaque tenue vestimentaire, chaque maquillage, chaque changement de coiffure seront analysés, critiqués. En politique, ce qui est acceptable chez un homme ne l'est pas chez une femme. Combien de fois ai-je entendu parler des *?%&! de foulards de Pauline Marois? De ses cheveux? De ses habits? On s'en fout-tu?
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Mettez tout ça ensemble, et vous comprenez pourquoi, hé oui, il n'y a pas beaucoup de femmes en politique, comme le dénonce hypocritement une société qui fait tout pour leur rendre la vie difficile. Même dans une province «progressiste» comme le Québec.
Une femme première ministre? Hérésie! Sauf en Alberta, en Colombie-Britannique, à Terre-Neuve-et-Labrador et au Nunavut, semble-t-il.
Chez celles qui osent quand même chez nous, faudrait peut-être leur donner un peu de lousse, vous ne pensez pas? Ne serait-ce que pour avoir l'air un tout petit peu plus progressiste que l'Alberta.