Xavier K.

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Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Si vous lisez présentement ces lignes, c'est de sa faute.

Xavier K., d'origine belge, était mon professeur d'enseignement religieux au secondaire. Quoi, t'es devenu journaliste à cause de ton professeur de catéchèse? Hé oui! Je suis bizarre de même.

Revenons un peu en arrière. En 1991, tout était beau. Ou presque. J'étais un élève de secondaire normal, c'est-à-dire boutonneux, mal dans ma peau et à la recherche d'un sens à ma vie. On peut presque dire qu'il m'en a donné un.

C'est Xavier K. qui, avec son accent roucoulant, m'a convaincu de participer au journal étudiant, suscitant un intérêt qui ne s'est pas démenti. Journal qui consistait à agencer des bouts d'articles découpés sur des feuilles, à coller le tout avec de la colle et à photocopier. La belle époque!

Je me souviens vaguement des premiers articles que j'ai écrits: une critique de film, une chronique policière (!) et surtout, une entrevue avec... ce cher Xavier. Sa vie n'avait pas été banale. Grandi pendant la guerre (oui oui, la deuxième), réfugié en Allemagne chez une tante, il est devenu curé puis missionnaire en Afrique.

C'est là, en Ouganda, que sa vie a basculé. Il a rencontré une jolie Africaine et s'est dit: et puis merde, je laisse tomber l'Église, je la marie, on émigre à Laval et je lui fais trois enfants mulâtres. Y'a des jours de même.

* * *

Pétri de connaissances liturgiques, il n'a eu aucun mal à se faire embaucher comme enseignant dans une école secondaire de l'île Jésus. C'est là qu'on s'est connus.

J'ai l'air d'avoir eu une relation «privilégiée» avec un ex-curé, mais ce n'est pas ce que vous pensez. En fait, presque tous les élèves de l'école (on était environ 2000) avaient une relation privilégiée avec Xavier. Je n'ai jamais vu un prof aussi affable avec tous, jeunes et vieux, et impliqué dans autant de comités et d'activités parascolaires. Les sorties, le journal, même les réunions scoutes, auxquelles il assiste encore malgré ses 77 ans.

Pour vous donner une idée, il est tombé malade à un moment donné et nous avons été une cinquantaine d'ados à aller le voir à l'hôpital. Pas en même temps, bien sûr.

Bref, Xavier était inspirant. Il fait partie des profs qui te donnent le goût de te lever le matin pour aller à l'école, ce qui n'est pas rien.

D'accord, ce n'était pas le meilleur des profs en termes d'éducation. Ses cours étaient, au mieux, touffus. Sa discipline, laborieuse. Mais c'était de la catéchèse, bonyenne. Jésus nous pardonnera de n'avoir pas été très attentifs.

C'est à l'extérieur de la salle de classe qu'il brillait le plus. D'une éternelle bonne humeur, un rire communicatif, des blagues à n'en plus finir, un sourire large autant que son front, des lunettes posées sur un grand nez qui n'avait pas son pareil pour flairer l'élève qui avait besoin de ce quelque chose de plus pour ne pas foutre le camp et ne jamais raccrocher.

Je ne crois pas que ç'aurait été mon cas, mais si je ne l'avais pas rencontré, que serais-je devenu? Psychologue? Policier? Péripatéticien? Je n'ose pas y penser.

* * *

Notre amitié ne s'est pas arrêtée avec la fin de l'école secondaire. Je l'ai revu souvent par la suite, notamment parce qu'il a été propriétaire d'un bloc à appartements que j'ai habité pendant quatre ans, à Montréal.

Mon logement était d'un luxe discret, ce qui en bon français signifie moche. Mais ce n'était pas cher. Et Xavier, qui restait à côté, était toujours d'agréable compagnie.

Je l'ai revu cette semaine. Il a écrit et édité sa biographie et j'en voulais une copie. Il ne lui en restait qu'une seule. Il en avait imprimé 250 et les a tous vendus à des amis et parents. Pas d'escompte pour l'ancien élève que je suis. C'est un Européen, ne l'oubliez pas. Ils sont économes.

Je n'ai pas encore lu le livre, mais je sais qu'il sera touffu et inspirant. Et qu'il n'y aura pas de faute d'orthographe, contrairement à mes articles du secondaire avant qu'il ne mette son nez dedans.

Je sais aussi qu'il n'y parlera pas de moi parce que sinon, il aurait fallu qu'il parle aussi des centaines d'élèves qu'il a côtoyés au fil des ans.

Mais je sais surtout qu'avec cette chronique, il ne m'oubliera pas.

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