L'homme des bois

Pascal Faucher

Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Quand j'ai révélé que j'avais fait du camping durant mes vacances, ma collègue Riana (nom fictif) m'a lancé candidement: «c'est drôle, t'as pas l'air d'un gars qui fait du plein air».

Réglons un point. Ça ressemble à quoi, un gars qui fait du plein air? À cette question posée à moult collègues féminines, je n'ai obtenu que des «euh», des «ah» et des «tiens, mon téléphone sonne»...

Dois-je présumer qu'un vrai homme des bois, c'est nécessairement un grand gars qui porte les cheveux mi-longs, la barbe mi-longue, un fichu en nylon, un chandail de laine et des bottes de marche même au bureau? Bref, mon collègue Michel Laliberté tout craché? Je refuse d'y croire.

Acculée au pied du mur, Riana a avancé l'explication que j'ai l'air d'un gars «douillet». Ce qui, on en convient, n'est pas loin de «lavette». Pfff.

* * *

Mes collègues ont tout faux. J'ai toujours aimé le plein air, même si j'ai passé le plus clair de mon adolescence à regarder la télévision. En secret, je rêvais de m'échapper dans la brousse. C'est juste que je trouvais toujours qu'il faisait un peu trop froid dehors, ou qu'il mouillait, ou gna gna gna.

Je me suis repris depuis. Bon, je ne suis pas Daniel Boone ni Grey Owl, mais je me défends.

Tenez, durant mes vacances, j'ai gravi le mont Lafayette, au New Hampshire. C'est Michel Laliberté (encore lui!) qui me l'avait recommandé. J'avais d'abord pensé au mont Washington, mais il m'avait dit, dans sa grande sagesse: «je te recommande plutôt le mont Lafayette, c'est PLUS FACILE».

Avec le recul, l'expression «plus facile» doit être prise dans son sens très large.

La «randonnée» - si on peut appeler randonnée le fait de grimper sur des roches avec ses bras et ses jambes - devait durer de six à huit heures, selon la carte qu'on nous avait aimablement fournie au pied de la chaîne de montagnes. Avec ma conjointe Désirée, on l'a bouclée en 10 heures 30 minutes.

Manque d'activité physique? Essoufflement prématuré? La quarantaine qui approche à grands pas (dans mon cas)? Je ne sais pas, mais je peux vous dire que les dernières deux heures se sont déroulées dans un silence complet que ne brisaient que les «ça va, chéri?» de ma blonde, préoccupée que j'abandonne tout en attendant un hélicoptère taxi.

Si c'était à refaire, donc, on le ferait en deux sections, histoire de ne pas s'épuiser au point de trouver que les Américains cuisinent bien. (J'ai l'air de lancer une accusation gratuite, comme ça, mais... À notre premier déjeuner dans l'État du Granite, notre pétillante aubergiste nous a servi un sandwich de pain doré avec, en son centre, du fromage à la crème et de la confiture aux framboises. Faites le calcul (pain doré + fromage à la crème + confiture de framboises), c'est sucré et mou à souhait. Bref, un peu dégueu. Ça doit être pour ça que ma randonnée a paru aussi longue. Heureusement, notre logeuse s'est repris le lendemain avec des oeufs.)

* * *

Une semaine plus tard, Désirée, sa tente et moi avons osé le camping près de Québec. Pour ce faire, je me suis pratiqué à chialer sur tout et sur rien comme ils le font là-bas à la radio. Les locaux n'y ont vu que du feu.

Cette fois-ci, notre séjour a été un succès et j'ai pu m'illustrer dans de nombreuses disciplines dont j'ignorais mon talent jusqu'alors: dormir par terre, partir un feu et, surtout, la délicate opération de trouver et mettre mes souliers en pleine nuit pour aller à la toilette.

Et que dire de la douche où il faut mettre 50 cents pour chaque deux minutes de lavage? À la fin, j'ai battu mon propre record de douche rapide en passant sous la barre des quatre minutes. Si jamais il y a des olympiques du genre, j'y serai.

En passant, Désirée et moi ne nous sommes même pas chicanés en camping, signe que notre couple est solide comme le roc. Ou qu'il était encore trop épuisé de la &*?$# de longue randonnée en montagne au New Hampshire, c'est selon.

Donc, je peux officiellement dire que je suis un gars de plein air. Mais ne m'appelez pas en fin de semaine pour aller gravir une montagne. Je regarde la télé.

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