Les fesses

Pascal Faucher

Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Quand j'étais jeune, je veux dire très jeune, ma chanson préférée s'appelait Les fesses, d'Yvon Deschamps.

Vous devinez pourquoi. À six ans, le mot «fesse» bat tous les autres à plate couture dans la catégorie «mot le plus drôle à entendre». Et quiconque a déjà écouté ce tube issu d'un des plus célèbres spectacles montréalais de la Saint-Jean-Baptiste, celui de 1976 (l'année de ma naissance, tiens tiens), au temps où ces grandes kermesses avaient encore lieu sur le mont Royal, sait que le mot «fesse» y est prononcé un nombre incalculable de fois.

Je me souviens que je plaçais le disque, que dis-je, le record, le vinyle, le long jeu, le 33 tours, appelez-ça comme vous voulez - ou cherchez sur internet pour voir c'est quoi si vous n'en avez jamais vu - et je savais exactement où mettre l'aiguille pour démarrer ma chanson préférée (c'était la huitième du côté A). Puis, je riais, riais... Je n'arrêtais pas de voir des images de fesses, et je trouvais ça particulièrement farfelu. J'ai continué à en voir dans ma tête, à l'adolescence, mais pour d'autres raisons.

J'ai réécouté l'album 1 fois 5 (disponible sur cd) cette semaine, et j'ai encore été soufflé. Certaines tounes sont plutôt calmes, je l'admets. Ça ne jouerait pas dans les bars, disons, sauf à la fin d'un congrès du PQ.

Mais on ne peut que s'incliner devant la prestation des «cinq grands» de la chanson québécoise: Jean-Pierre Ferland, Robert Charlebois, Claude Léveillé, Gilles Vigneault et Yvon Deschamps. Yvon Deschamps? Oui madame! D'accord, il ne chante pas très bien. Il ne l'a jamais fait, d'ailleurs. Mais à ce compte-là, Vigneault et Léveillé n'ont jamais eu de très grosses voix non plus. Ce sont bien plus des poètes. Et Deschamps aussi, à sa manière. D'ailleurs, il monologue plus qu'il ne chante dans ce spectacle-là. Heureusement!

Bref, pour qui est un tant soit peu nationaliste, l'album 1 fois 5 est un condensé des chansons les plus «québécoises» qui soient, comme un shooter de fleur de lysée derrière la cravate. Gens du pays, The Frog Song, Il me reste un pays, L'étoile d'Amérique, Le petit roi, Un peu plus haut, un peu plus loin, et j'en passe. Les fesses, aussi.

Ben quoi? Il faut bien s'amuser un peu. Comme dirait Vigneault, bonne Saint-Jean, tam di li dam!

***

Dans l'un de ses livres, Mordecai Richler (un autre grand nationaliste...) écrivait: «le réchauffement climatique devrait être vu comme une bénédiction dans ce pays transi par le froid» (traduction libre).

Cette phrase m'est revenue en tête, cette semaine, alors que je suais à lire le journal, immobile, sur ma galerie. Avez-vous remarqué qu'on se plaint tout le temps, au Québec? Il fait froid «Crisse qu'il fait froid. J'ai-tu hâte à l'été!» Il fait chaud? «Maudit qu'il fait chaud. J'ai-tu hâ... ah, laisse faire.» On ne dira pas qu'on a hâte à l'hiver, quand même. Ça ne se dit pas. C'est très mal vu, d'ailleurs. On dira qu'on a hâte que l'humidité s'en aille, tout simplement.

Le Québécois moyen n'est pas habitué à avoir chaud. Ses réflexes ancestraux le poussent davantage à conserver sa chaleur qu'à la laisser s'exsuder. Question de survie, jadis. Quand vient l'été, on est un peu désemparés. Moi le premier. Et Granby ne nous aide pas, avec son unique piscine municipale pour adultes (intérieure).

Quand je pense que celle du Mont-Sacré-Coeur n'est plus, j'en suis tout triste. Elle n'était pas grande, mais elle avait un certain charme avec ses douches extérieures, son moine régisseur et ses portes de vestiaire multicolores. La nature environnante était aussi bucolique. Vivement une autre piscine extérieure. La Ville n'a-t-elle pas annoncé des surplus records, cette semaine? Je dis ça comme ça...

***

Moi, j'aime ça, l'humidité (interprétez ça comme vous voulez). Je trouve que ça fait ressortir les choses. Comme les odeurs (bonnes ou mauvaises), mais aussi certains réflexes, des tempéraments normalement enfouis: penser aux vacances, à sauter dans la piscine la nuit ou tout simplement à être plus grégaire. L'hiver nous isole, l'été nous rassemble.

Cela dit, ne laissez pas la température surchauffer vos esprits. Ce n'est pas parce qu'il fait beau qu'on est nécessairement obligés de conduire plus vite, de draguer tout ce qui bouge ou de dépenser tout son argent en terrasses.

(Note: pour les célibataires, les deux derniers éléments de la phrase précédente sont à prendre avec parcimonie.)

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