Des nouvelles de Serge

Pascal Faucher

Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Comment va Serge Lama? Pas bien. Je ne veux pas me vanter, mais j'ai reçu un courriel personnel de mon chanteur français favori.

(Ben oui, j'aime, Serge Lama. Je trouve qu'il chante bien. Ses oeuvres ont bercé mon enfance. Vous pouvez le dire, c'est la faute de mes parents.)

Il peut paraître bizarre que Serge m'écrive personnellement, mais je crois que c'est parce que je suis la personne la mieux indiquée pour l'aider.

Voyez le courriel en question. Remarquez le tutoiement. On est proches, c'est évident. Il écrit même «j'ai confiance en toi». Il y quelques fautes et incompréhensions, aussi, que j'ai laissées pour la cause. Ça m'étonne quand même, venant d'un tel ambassadeur de la langue de Molière:

«Bonsoir, j'espère que je ne te dérange pas. J'ai besoin de ton aide sérieusement, car je voudrais t'exposer une situation particulière me concernant sur laquelle j'exige beaucoup de discrétion, s'il te plait c'est vraiment capital et je compte énormément sur ta disponibilité. Je suis en déplacement A Bassam Précisément En Cote D'ivoire pour des raisons un peu personnel et je suis tombé dans une situation difficile, c'est vraiment délicat. J'ai besoin de ton assistance financière, en tout cas vue ma situation en ce moment un prêt 2900 ? que je te rembourserais dès mon retour de voyage. Je n'ai pas d'autre issue pour communiquer à part l'internet, raison pour laquelle je te contacte de cette manière. J'ai confiance en toi voila pourquoi je me suis tournée vers toi je compte sur toi pour m'aider. Je reste dans l'attente urgente de te lire, donne-moi au plus vite de tes nouvelles, Serge Lama.»

Ça fait combien, 2900 ? en dollars canadiens? Vite, une banque! Mais non, c'est des blagues.

Vous en recevez combien de ce genre de courriel-là? Moi, au moins une dizaine par année. Ce qui m'inquiète, ce n'est pas leur nombre, mais leur pérennité. Si j'en reçois encore depuis 15 ans, c'est qu'on continue d'en envoyer. Et si on continue d'en envoyer, c'est que ça fonctionne, parfois. Iiiish...

Cela dit, au delà de son audace, l'auteur de ce courriel me déçoit. À sa place, j'aurais rajouté quelques références musicales, histoire de rendre le tout un peu plus crédible. Du genre: «je suis tombé dans une situation difficile, en deux mots, je suis malaaaaade...», «je compte énormément sur ta disponibilité, et avec simplicitéééééé....», ou encore «j'ai besoin de ton assistance financière, car je m'en vais voir les p'tites femmes de Pigaaaaaale...».

Là, j'aurais peut-être embarqué. En tout cas, l'auteur, dans quelque boui-boui ivoirien qu'il soit, aurait mérité quelques euros pour l'effort. Là, ça tombe à plat.

En plus, comment sait-on, en Afrique, que j'aime Serge Lama? Ah! À cause de La Voix de l'Est, bien sûr. Grâce à internet, nous sommes mondialement connus. Je suis convaincu qu'on chante mes louanges autant à Ouagadougou qu'à Bedford. Probablement davantage, même.

***

Merci à tous ceux qui m'ont envoyé leurs suggestions pour convaincre ma chatte à utiliser le clapet qui lui est destiné et qui mène au sous-sol.

Toutes furent inutiles, toutefois, car Vadorette a finalement compris sans aide la complexité du dispositif et l'utilise désormais comme un charme. Elle paraît un peu hésitante, mais au moins, ça fonctionne. L'appel de la litière a eu raison de ses appréhensions, je crois.

Prochaine étape: la dresser à me rapporter mon journal.

***

J'ai déjà évoqué avec quelle passion on aime reléguer des mots aux oubliettes, tout en en montant d'autres en grade. Le bois n'existe plus, ce sont tous des boisés. Il n'y a plus de sourds ni d'aveugles, mais des malentendants et des non-voyants (quel mot affreux). Il n'y a plus de morts non plus, mais des personnes décédées.

Ainsi, j'ai découvert un autre mot désormais proscrit de la langue courante des gens cultivés: contradictoire. Plus rien n'est contradictoire, de nos jours, tout est «paradoxal». Ça sonne tellement mieux. On dirait de l'aérospatial.

On va sur les réseaux sociaux, mais on est de plus en plus seuls: c'est paradoxal. On a plus de santé, mais moins de médecins: c'est paradoxal. On a plus de divertissements, mais on est plus déprimés: c'est paradoxal.

En passant, paradoxal vient de paradoxe qui signifie «pensée, opinion contraire à l'opinion commune». Au Québec, on n'aime pas la langue française tant que ça. Ça, c'est un paradoxe.

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