Au moment d'écrire ces lignes, ces deux-là en sont probablement rendus à se traiter mutuellement de nazis. Pour ceux qui l'ignorent, il y a un terme pour ça: ça s'appelle la loi de Godwin, du nom de celui qui l'a popularisée, mais sans doute pas le premier qui l'a constatée. Cette loi s'applique quand, dans un débat acrimonieux, un protagoniste frustré et à court d'arguments en vient à traiter son adversaire de nazi. Nazi signifiant ici l'insulte suprême, le symbole du mal par excellence. Un jour on traitera peut-être quelqu'un de «Ville de Granby» pour les mêmes raisons, quand on voudra nous chasser de notre maison, par exemple.
J'ai parlé avec plusieurs élèves du cégep cette semaine. Plusieurs ont déploré que le débat sur la grève ait été émotif, délicat. Dites-moi, comment pourrait-il en être autrement? On parle de cours, de temps, d'été, mais aussi d'avenir, de progrès, de sensibilisation. La sensibilisation est sensible ou elle n'est pas.
Personnellement, je trouve que les cégépiens, pour ce que j'en ai vu, ont agi avec tact. Bien sûr, il y a eu des insultes, des chahuts. Mais à ce que je sache, pas de bagarre. C'est tout à leur honneur.
On m'a parlé des assemblées étudiantes houleuses, où des insultes ont fusé, où on applaudissait même si le décorum l'interdit. Je les ai rassurés en leur disant que leurs assemblées étudiantes étaient à des années-lumières du bordel de certaines assemblées syndicales ou conseils municipaux, remplis d'adultes «aguerris», qui tournent régulièrement à la foire d'empoigne. Dunham, ça vous dit quelque chose?
Autrement dit, vous avez bien fait ça. Jusqu'à maintenant.
???
La question qui tue: suis-je pour ou contre la hausse des droits de scolarité à l'université? Traitez-moi d'ignare, mais je n'en ai aucune idée. Ou plutôt, je ne me suis pas fait une idée. Jusqu'à maintenant. Pour quelqu'un qui couvre l'éducation, ça peut paraître farfelu. Pas du tout. Ça m'aide à rester objectif.
Il y a un argument, toutefois, qui me revient fréquemment en tête. À l'université, j'ai eu comme professeur un certain Pierre Bourgault. Oui oui, celui-là même qui a fondé, jadis, le Rassemblement pour l'indépendance nationale et publié quantité de livres qui ont emmerdé René Lévesque.
Je le revois encore: un petit vieux frêle, mais à l'éloquence rare (sa marque de commerce), qui fumait Gitane sur Gitane durant ses tutorats, c'est-à-dire juste devant ses élèves, dans son bureau de professeur. Y'a rien là? C'était en 2000. Il n'avait déjà plus le droit. Mais il s'en foutait, bien sûr.
Je revois encore le pauvre agent de sécurité faire semblant de sermonner Pierre Bourgault («sermonner Pierre Bourgault», en voilà une idée!) à cause de son tabagisme flagrant (et odorant). «Vous ne fumez pas, j'espère?» - «Non, pas du tout!», répondait le sympathique albinos... de son bureau enfumé. Et le pauvre agent de sécurité s'en allait, impuissant.
Je me souviens aussi qu'il alternait ses bouffées de cigarettes avec des pofs de sa pompe à asthme. Comme je suis d'un naturel empathique, je lui ai un jour demandé s'il ne craignait pas, je ne sais pas moi, une maladie cardiaque, ou tout simplement d'exploser de tant de produits toxiques dans son corps?
Il m'a répondu, confiant comme toujours: «Aucun problème, mon médecin m'a dit que j'avais les poumons d'un jeune homme de 30 ans». Il en avait 66. Il est mort trois ans plus tard. D'un cancer des poumons. La morale: fiez-vous davantage à vos étudiants qu'à votre médecin.
???
Or donc, on parle beaucoup du financement des universités et, surtout, de comment elles gèrent leur argent. M. Bourgault m'a un jour dit ceci: si les gens savaient tout ce qui se passait entre les murs des universités, ils les brûleraient avec leurs dirigeants à l'intérieur.
Avec tous les articles que j'ai lus sur les fiascos financiers de ces «institutions d'enseignement supérieur», je ne peux que lui donner raison.
Cette chronique fait relâche la semaine prochaine pour cause de... relâche.
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