Pas à cause du cours, loin de là. C'était excellent. Je n'ai jamais perdu mon anglais depuis. Je vous le présenterai un jour. Il s'appelle John, il a un drôle d'accent, aime boire de la bière, jouer au foot et admirer la reine. Ça en fait au moins un!
Sérieusement, pour l'apprentissage d'une autre langue, c'était génial. Et j'ai adoré mon institutrice d'anglais. Une pétillante et rondelette Manitobaine qui, de mémoire, n'a jamais eu à élever la voix contre notre groupe.
Elle n'en aurait pas eu besoin, d'ailleurs. Nous étions tous des «bollés». Anglais intensif pendant quatre mois oblige, j'avais changé d'école. Je me suis retrouvé dans un autre secteur d'une grande ville de la Rive-Nord dont je tairai le nom, mais qui se prononce autant à l'envers qu'à l'endroit. Ce qui n'exclut pas une certaine forme, justement, d'exclusion. De méchanceté.
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Ben oui, j'étais le souffre-douleur de ma classe. Comme quoi même si vous rassemblez les élèves les plus studieux dans la même classe pendant un an, il se produit la même chose que dans toutes les autres classes: il y aura des plus faibles, des plus forts, des têtes fortes, des souffre-douleurs.
Mais je dois admettre que je l'ai bien cherché. Je portais des lunettes, j'avais de grandes dents et les oreilles décollées. J'étais profondément peureux, aussi. Ça se sent, ça. C'est agréable d'en profiter. Au fond, je les comprends. Qui peut se vanter de n'avoir jamais ri d'un plus faible, d'un plus moche? D'avoir profité d'une certaine supériorité?
Je n'ai pas eu beaucoup d'amis cette année-là. En fait, je n'en avais qu'un et je pense qu'il se tenait avec moi davantage par bonté de coeur que par intérêt... Pas eu beaucoup de blondes non plus. C'est un euphémisme, bien sûr. Je n'en ai eu aucune et je n'étais pas près d'en avoir non plus.
Je me souviens, par contre, d'avoir été immensément malheureux. Autant pour le rejet subi que parce que j'avais quitté d'un coup tous mes amis du primaire pour parfaire mon apprentissage de la langue de Harper.
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Les conseillers en orientation nous disent toujours de choisir un programme, une école, un collège ou une université en fonction de nos goûts, de nos aspirations. Pas pour suivre nos amis. Non, ce serait une erreur. Encore aujourd'hui, je me demande s'ils avaient raison.
J'ai toujours été solitaire, indépendant, un peu mouton noir. Aujourd'hui, ça me plaît. Jeune, ce n'était pas par choix!
Si j'étais resté avec ma gang du primaire, je n'aurais peut-être pas eu le même parcours. Peut-être jamais connu cette blessure. Ou peut-être que oui, serait-elle simplement arrivée plus tard. Je suis toujours resté avec cette interrogation: l'indépendance et l'ambition valent-elles plus que le plaisir et la convivialité?
Évidemment, mon histoire n'a à peu près rien à voir avec le principe de l'anglais intensif en 6e année, que Québec songe à implanter dans toutes les écoles d'ici quelques années.
Mais si ça survient, je serai content. Ça évitera peut-être de déraciner des petits élèves qui veulent bien faire.
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Je tique toujours un peu quand j'entends l'argument voulant qu'on ne devrait surtout pas augmenter le nombre d'heures où on enseigne l'anglais, tant au primaire qu'au secondaire, parce que les élèves québécois ont déjà toutes les misères du monde à parler et écrire le français correctement. Il ne faut pas les mêler davantage.
J'ai des amis qui ont des diplômes universitaires et font au moins une faute par phrase. J'en ai d'autres qui n'ont que leur secondaire et pourraient facilement tenir une rubrique dans La Voix de l'Est sans avoir besoin d'un correcteur.
L'apprentissage d'une langue, ça prend des cours et autant, sinon plus, de volonté. Sinon, ça sert à rien. On pourrait éliminer tous les autres cours au primaire (anglais, mathématiques, éducation physique...) et ne garder que des cours de français du matin au soir qu'il y aurait encore des cancres dans cette matière.
Alors, bien qu'à mon avis il ne faille pas l'imposer à tous les élèves, pour les dangers de l'anglais intensif, on repassera.