«C'était mon actrice fétiche» - Jean-Bernard Hébert

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En août dernier, Jean-Bernard Hébert est allé manger avec Janine Sutto au Toqué, à Montréal, pour célébrer ses 95 ans à elle et son 55e anniversaire à lui. C'est la dernière fois qu'il l'a vue en pleine forme.

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Marie-Ève Lambert
Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est

« Janine Sutto, c'était mon actrice fétiche. Avec son décès, c'est un pan de mur complet de l'histoire du théâtre et de l'histoire des femmes au Québec qui s'écroule. Et moi, je perds en plus 37 ans d'amitié. »

Jean-Bernard Hébert a été dévasté d'apprendre le décès de Mme Sutto, mardi matin, même s'il savait que la comédienne de 95 ans n'allait plus très bien depuis quelques semaines. « Je suis allé lui faire mes adieux la semaine passée... », glisse-t-il, un trémolo dans la voix.

Le comédien et producteur se remémore avec tendresse et admiration la relation qu'il a développée avec cette grande petite dame qui aura marqué l'imaginaire de tout un peuple. « Elle a été une femme importante tout au long de ma vie, d'abord comme enseignante, puis comme comédienne et collaboratrice dans différents projets au théâtre, comme amie, comme confidente... Je l'ai accompagnée dans tellement de soirées ! Avec ma taille imposante, je lui servais même un peu de garde du corps quand il y avait trop de monde autour d'elle... »

Jean-Bernard Hébert se rappelle les premiers conseils que Janine Sutto lui a prodigués. « Elle nous a fait lire Un bon petit soldat, de Lili Palmer. J'ai encore ses 10 règles dans mon bureau. »

Il se remémore également les nombreuses, si nombreuses occasions où il a partagé la scène avec elle. « Dans Harold et Maude, dans Le Mal de mère, pour célébrer ses 60 ans de carrière, dans Piège pour un homme seul, dans Bousille... J'en ai tellement fait ! »

C'est sans compter la douzaine de fois où il a fait appel à elle pour l'une ou l'autre de ses productions, à Rougemont et ailleurs. La dernière fois, c'était au Théâtre de Rougemont, à l'été 2008, dans Ladies et Gentlemen. « Une pièce au succès mitigé, mais qu'on a défendue jusqu'au bout, même si on était découragés tous les soirs », admet-il aujourd'hui en riant.

Quelques années plus tard, il était encore à ses côtés lorsque sa fille Catherine, la jumelle de Mireille Deyglun atteinte de trisomie 21, a fait son AVC. C'était en avril 2011 ; ils jouaient à Gatineau­. « C'est moi qui ai dû lui dire d'appeler­ à l'hôpital... »

En août dernier, Jean-Bernard et Janine sont allés manger au Toqué, à Montréal, pour célébrer ses 95 ans à elle et son 55e anniversaire à lui. « Normand Laprise (le chef) lui avait fait un gâteau bien normal juste pour elle parce qu'elle ne voulait pas de mousse, ni rien qui sorte de l'ordinaire. Juste un gâteau, un vrai gâteau. » C'est la dernière fois qu'il l'a vue en pleine forme.

« La femme du siècle »

Malgré la grande douleur qu'il éprouve, Jean-Bernard Hébert ne garde en mémoire que de bons souvenirs, une tendresse infinie et beaucoup d'admiration. « De la femme, je vais me rappeler sa grande âme, sa vision de la vie, sa soif de justice, sa capacité d'écoute et sa générosité. Elle était toujours prête à aider, à offrir du soutien quand on en avait besoin. De la comédienne, je vais surtout me rappeler sa rigueur, et ça, tu peux l'écrire en rouge souligné en vert ! C'est d'ailleurs une des choses qu'elle m'a enseignées que je retiens et applique. Soir après soir, malade pas malade, fatiguée, mal à la tête, etc., elle se présentait­, et elle était toute là ! »

« C'était aussi une femme avant-gardiste, au moins 20 ans en avant de son temps. Elle remettait en question certaines règles établies. Elle s'est notamment divorcée avant tout le monde. C'était une battante qui aimait la vie, qui avait un don pour le bonheur. C'est la femme du siècle, selon moi, avec Janette Bertrand. »

Le cinéaste Claude Fournier connaissait Janine Sutto « depuis... (fournie) - image 2.0

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Le cinéaste Claude Fournier connaissait Janine Sutto « depuis toujours », ou presque.

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« Elle avait l'air partie pour se rendre à 100 ans » - Claude Fournier

Ce n'est pas tant l'annonce du décès de Janine Sutto qui a ébranlé Claude Fournier, mais plutôt d'apprendre, il y a deux ou trois semaines, qu'elle n'allait pas très bien. « Ça, ça m'a beaucoup plus surpris ; elle avait l'air partie pour se rendre à 100 ans. »

Le cinéaste de Saint-Paul-d'Abbotsford­ connaissait la comédienne « depuis toujours », ou presque. Il était ami avec Henry Deyglun avant même qu'il devienne le conjoint de Janine Sutto. « Je n'avais même pas commencé à faire des films, je crois, quand j'ai rencontré Janine. Je crois que la première fois, c'est à la naissance des jumelles (NDLR : Mireille est aujourd'hui âgée de 58 ans). »

Une franche amitié s'est développée, puis une étroite collaboration professionnelle. « J'ai fait appel à elle pour presque tous mes films, indique le scénariste, réalisateur et producteur en mentionnant notamment Les Chats bottés, Deux femmes en or et Bonheur­ d'occasion.

« Je me souviens, je lui avais réservé toute une surprise dans Les Chats bottés, et c'est resté longtemps notre running gag, raconte Claude Fournier. Elle interprétait une grand-mère toxicomane et il y avait cette scène où elle voit des danseurs tourner autour de son lit de mort. J'ai omis de lui mentionner que les danseurs étaient nus... La surprise qu'elle a eue... ! On en a ri pendant longtemps ! »

Dernière entrevue

Sentant peut-être la fin approcher - même si elle était très en forme, elle avait quand même 95 ans -, Claude Fournier a, au mois d'août dernier, enregistré une des dernières, sinon la dernière, entrevue qu'elle a accordée. « Je suis allé la rencontrer chez elle, dans son appartement à Montréal. On a jasé simplement, comme deux amis très intimes. Ça a duré trois heures. L'entrevue prend le ton des confidences, on s'est remémoré de bons souvenirs... Elle était chaleureuse­, vivante. »

Mardi, à l'annonce du décès de la grande petite dame de la scène québécoise, M. Fournier a rendu disponible en ligne cette entrevue sur le site d'Éléphant, mémoire du cinéma québécois (elephantcinema­.quebec). 

Après cet entretien, Claude Fournier­ a revu Janine Sutto une autre fois à l'automne, au théâtre. Une dernière fois. « On s'est salués, on s'est embrassés. Ce devait être une des dernières fois qu'elle y allait puisqu'on m'a ensuite dit qu'on ne la voyait plus nulle part, elle qui était partout avant », note-t-il.

L'Abbotsfordois gardera en mémoire la « comédienne très intelligente et critique » qu'était Janine Sutto, et se souviendra longtemps de la « femme fonceuse, caustique et avec un franc-parler­, mais en même temps extrêmement chaleureuse, affable, au sourire irrésistible et au visage accueillant » qu'il a côtoyée pendant­ 60 ans.




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