Conjoints à la télé, complices dans la vie

Céline Bonnier et Benoit Gouin interprètent le couple... (Éric Myre)

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Céline Bonnier et Benoit Gouin interprètent le couple principal dans la nouvelle télésérie L'Heure bleue.

Éric Myre

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Marie-Ève Lambert
Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est

Céline Bonnier et Benoit Gouin sont des amis de longue date. Ils ont étudié au Conservatoire ensemble, à la fin des années 1980, et sont aujourd'hui « voisins de campagne ». Étrangement, durant toutes ces années, ils ne se sont pas vraiment échangé la réplique, mis à part dans un épisode de Chambre #13 et la pièce Qui a peur de Virginia Woolf ?, au tout début de leur carrière. C'est donc avec un malin plaisir qu'ils se retrouvent à interpréter le couple principal dans la nouvelle série de Duo Productions, L'Heure bleue, dont le premier épisode - un spécial de deux heures - sera présenté ce mercredi soir à 20 h sur les ondes de TVA.

« Au fil des ans, on a développé une grande complicité. Ça aide énormément sur le plateau, surtout pour les scènes bouleversantes où les personnages nagent en eaux troubles », indique Benoit Gouin.

On a vu ce dernier dans une production puis une autre depuis plusieurs années, mais c'est la première fois qu'il tient le rôle principal masculin d'une télésérie. « J'ai toujours eu des rôles importants, mais en tant qu'antagoniste plutôt que protagoniste­», fait-il remarquer.

C'est donc un beau cadeau que lui font les auteurs et producteurs Michel d'Astous et Anne Boyer (Yamaska­) avec le personnage de Bernard Boudrias­, « un homme, un mari, un père, un entrepreneur qui va s'accrocher à tout, qui va vouloir à tout prix que tout redevienne comme avant, malgré la tourmente post-tragédie » qui suit la mort du plus jeune des deux enfants du couple de Cowansvillois.

Benoit Gouin qualifie son rôle dans L'Heure bleue de « très grand défi d'acteur ». « Bernard va réagir en serrant les dents. À la lecture, on pourrait le voir comme le gars en parfait contrôle, avec des traits à la limite obsessionnels compulsifs, et on pouvait facilement tomber dans le piège du personnage mono­lithique. Mais j'ai voulu aller plus loin, le jouer en multicouches. J'ai décidé d'aller chercher ses failles, sa sensibilité... explorer pourquoi il est comme ça. J'ai voulu le rendre le plus humain possible. »

« En fait, on - le réalisateur, les auteurs et nous, les comédiens - a voulu faire en sorte que les réactions des deux personnages ne soient pas condamnables parce qu'on comprendrait que c'est leur façon respective de respirer. On a décidé de montrer des gens plutôt que des héros », dit-il encore.

Aux antipodes de son mari, Anne-Sophie Moran, campée par Céline Bonnier, trouve dans la fuite la façon de faire face à la musique. « Elle a tout essayé pour se sortir la tête hors de l'eau. Après un an à vivre dans un état catatonique, elle décide de partir sans rien, pas de clés, pas de cellulaire, pas de cartes de crédit. Elle abandonne même son mari et sa fille, et embarque dans le premier autobus, qui la mènera à Montréal », explique la comédienne, séduite par l'audace du personnage.

« Honnêtement, on a tous déjà fantasmé de tout abandonner et recommencer ailleurs sans avoir le courage de le faire... », glisse-t-elle.

Pas d'enfants

Céline Bonnier et Benoit Gouin n'ont pas d'enfants. Même s'ils en avaient eu, ils ne croient pas que leur jeu aurait été différent. « Ça m'aurait peut-être affectée autrement, mais je n'aurais pas nécessairement abordé le rôle différemment », croit la comédienne, qui dit avoir extrapolé à partir du deuil de ses parents, qu'elle a perdus tous deux il n'y a pas si longtemps­ à un an d'intervalle.

« En même temps, c'est un peu particulier puisque le deuil, ce n'est pas quelque chose d'actif. C'est un état. Il est là, en arrière-plan, mais l'action du téléroman est basée sur la vie autour qui continue et qui te pousse dans le derrière. Il fallait donc être attentif dans notre jeu ; tout était dans la subtilité », poursuit-elle.

« En fait, rajoute Benoit, ça reste un travail de comédien. Quand on joue un meurtrier en série, on n'a pas 54 assassinats à notre actif. On observe, on va puiser dans ce qu'on connaît et on apprend à développer des chemins pour sculpter l'intérieur de nos personnages et construire des émotions. »

« Par contre, je serais curieux de voir comment un comédien qui a des enfants aurait interprété nos rôles... Et comment un comédien qui a perdu un enfant les aurait joués aussi... », se questionne-t-il.

Plus série, moins téléroman

Anne Boyer et Michel d'Astous nous ont habitués à des productions de grande qualité. On n'a qu'à penser à Nos étés, Le retour, Sous un ciel variable ou Yamaska. Leur toute dernière création, L'Heure bleue, aura toutefois une facture visuelle tout autre, avertissent-ils.

« Avec Stephan Beaudoin comme réalisateur, l'émission aura plus un look série que téléroman », indique Anne Boyer, glissant au passage qu'on suivra une seule famille plutôt que plusieurs, comme c'était le cas dans Yamaska.

Ce « style modernisé » laisse croire au tandem de Duo Productions que sa nouvelle émission pourrait bien ratisser un public plus large qu'a pu le faire la précédente - qui a tout de même réussi à rassembler plus d'un million de téléspectateurs tous les lundis soirs devant leur petit écran pendant sept ans ! « Les fans de Yamaska vont revenir, est d'avis Michel d'Astous, mais je crois que les jeunes - même s'ils étaient quand même nombreux à regarder Yamaska­ - vont davantage embarquer­ dans L'Heure bleue. »

Le gros bémol qui joue contre eux est la plage horaire, soulignent-ils, puisque l'émission se retrouve en compétition avec le gros canon qu'est Votre beau programme de Véronique Cloutier, à Radio-Canada­. « Ça, c'est bien plate, admet sans détour Anne Boyer. Mais on n'y peut rien. J'ai l'impression que les gens vont davantage enregistrer la série, mais en même temps, depuis que les rediffusions sont tenues en compte dans les cotes d'écoute, ça ne devrait pas changer grand-chose. »

« Il suffit d'accrocher suffisamment le téléspectateur », croit son acolyte.

Pour ce faire, lui et sa partenaire d'écriture ont tenté de trouver « l'élément déclencheur le plus puissant possible ». « On voulait raconter l'histoire d'une femme qui désirait tout quitter, comme ça nous est tous déjà passé par l'esprit, explique Anne Boyer. De fil en aiguille en cours de discussion, on a décidé que son motif de départ ne serait pas pour aller chercher ce qu'elle veut, mais plutôt pour fuir ce qu'elle ne veut plus. »

« Tout changer pour survivre, enchaîne Michel d'Astous. Après le drame, la résilience de cette femme-là passera par le départ. À l'opposé, son mari voudra que tout redevienne comme avant, coûte que coûte. Dans les deux cas, les deux protagonistes vivront dans des situations irréalistes. C'est impossible, après une tragédie, que tout reste comme avant. Et la fuite n'est pas non plus une solution. »

« Anne-Sophie (Céline Bonnier) se retrouvera en fait encore plus en déséquilibre puisqu'elle vivra un clivage important du fait qu'elle provient d'une petite ville où les rapports humains sont beaucoup plus personnels. Dans la métropole, on est beaucoup plus anonyme », ajoute encore Anne.

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