Tartuffe... en pleine Révolution tranquille

Dans cette version «1969» d'une des pièces les... (fournie par Yves Renaud)

Agrandir

Dans cette version «1969» d'une des pièces les plus tragiques de Molière, Benoît Brière interprète un fervent père de famille dépassé par son époque.

fournie par Yves Renaud

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Marie-Ève Lambert
Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est

(Granby) Lorsqu'il a accepté le rôle d'Orgon dans la dernière adaptation de Tartuffe de Molière, Benoît Brière était convaincu qu'il jouerait en collants, avec une perruque et une redingote. Que nenni. C'est en pleine Révolution tranquille que Denis Marleau et Stéphanie Jasmin ont situé les personnages. Une belle surprise pour un comédien qui en a vu bien d'autres...

Benoît Brière est accompagné sur scène d'une imposante... (fournie par Yves Renaud) - image 1.0

Agrandir

Benoît Brière est accompagné sur scène d'une imposante brochette de comédiens.

fournie par Yves Renaud

« Ce qui est à la fois bien et triste avec Molière, c'est que ses pièces sont encore (trop) d'actualité », philosophe le comédien d'entrée de jeu.

Dans cette version « 1969 » d'une des pièces les plus tragiques de Molière, Benoît Brière interprète donc un fervent père de famille dépassé par son époque. « Il voit ses enfants embarquer dans le Flower Power, fumer des joints et manifester leur désir d'aller à Woodstuck... Il voudra à tout prix les ramener dans le 'droit chemin' et se dotera, en Tartuffe, d'un directeur de conscience, qui s'avère plutôt un faux dévot, un imposteur, qui ne cherche que son propre salut », explique-t-il sommairement.

La scène d'ouverture marque le ton d'emblée et fait oublier le château de Versailles. « On entend chanter Charlebois, puis Mgr Léger faire des remontrances à la population. Ça joue de la guitare, ça fume du pot, on s'affaire à faire disparaître les traces d'un party qui s'est tenu la veille en l'absence des parents... Les codes sont très clairs. Et ils font vite oublier que la pièce se joue en alexandrins », indique Benoît Brière.

Car oui, l'adaptation, bien qu'actuelle, est restée fidèle au texte original. « Au début, autant le public que nous, les comédiens, on trouve ça un peu bizarre, ça prend un certain temps avant de prendre notre rythme, mais une fois que c'est fait - et ça se fait très rapidement -, on se rend compte que le texte est encore très actuel du fait qu'il penche dangereusement vers le fanatisme... »

Il est, en fait, si actuel que les scènes auraient pu être campées en 2016 plutôt qu'une cinquantaine d'années plus tôt. « En effet, concède le comédien au bout du fil, mais je crois que l'époque de la Révolution tranquille a été choisie, car elle représente un point tournant pour l'église catholique au Québec. Les familles délaissaient la religion, les messes en latin ont même été abandonnées pour se faire plutôt en français afin d'essayer de garder du monde à l'église, le clergé a perdu l'éducation et la santé, des scandales ont commencé à être révélés... »

Belle distribution

Benoît Brière est accompagné sur scène d'une imposante brochette de comédiens. C'est Emmanuel­ Schwartz qui tient le rôle de Tartuffe­. Monique Miller­, Anne-Marie Cadieux, Carl Béchard, Violette Chauveau, Nicolas­ Dionne-Simard, Annie Éthier, Maxime Genois, Rachel Graton, Denis Lavalou, Bruno Marcil et Jérôme Minière complètent la distribution de cette mise en scène de Denis Marleau.

Ce Tartuffe contemporain est en quelque sorte la suite de l'adaptation précédente de Denis Marleau et Stéphanie Jasmin d'une autre oeuvre de Molière, Les Femmes savantes, qu'ils avaient cette fois située dans les années 50 et qui avait connu tout un tabac autant ici que de l'autre côté de l'Atlantique.

Une belle initiative, selon Benoît Brière, qui permet au public de renouer avec de grands classiques plus aisément. « Les costumes d'époque, c'est très beau, mais c'est moins évident pour le public de se retrouver dans les différents rôles, de savoir qui est qui puisque rien ne ressemble plus à une redingote qu'une autre redingote, que ce soit celle du valet ou du maître. »

L'initiative permet également un regard neuf et une compréhension différente de l'oeuvre, ajoute-t-il. « C'est plus disponible, plus personnel­... ça parle davantage aux gens. »

Autre Molière et Madame Lebrun

L'occasion d'enfiler des collants, une perruque et une redingote risque peut-être de se représenter pour Benoît Brière puisqu'il sera de la distribution d'une autre pièce de Molière dès l'an prochain au TNM. Sans pouvoir divulguer laquelle pour l'instant, il se dit emballé, lui qui aimerait, utopiquement, « jouer tout Molière » d'ici la fin de sa carrière.

D'ici là, on peut le voir pour encore quelques semaines dans la peau de Madame Lebrun, dont la troisième saison, inspirée du soap anglais Mrs Brown's Boys, devrait prendre fin juste avant Noël.

En théorie, il devrait s'agir de la dernière puisque l'auteur britannique n'en a pas écrit d'autres, mais...

« Mais il n'y a même pas une semaine, on a appris que Brendan O'Carroll (l'auteur) nous donnait, chose extrêmement rare dans le métier, les droits d'écrire d'autres épisodes parce qu'il a vraiment aimé ce qu'on a fait au Québec », annonce Benoît Brière, qui pourrait bien faire partie de l'équipe des auteurs de ces futurs épisodes.

L'équipe de production est à évaluer la faisabilité de la chose ainsi que les coûts que l'exercice engendrerait, dit-il, mais si le projet se concrétise, il se pourrait bien que ces futurs épisodes, une fois approuvés par M. O'Carroll, soient traduits en anglais pour être présentés­ au Royaume-Uni.

La pièce de théâtre dérivée, actuellement présentée en Europe, pourrait également faire l'objet d'une adaptation québécoise, nous dit-il. « On travaille pour en avoir les droits, mais c'est plus difficile », laisse savoir Benoît Brière.

Envie d'y aller?

Où: Palace de Granby

Quand: le mardi 6 décembre

Billetterie: www.ovation.qc.ca

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer