La fusion selon Daran

Daran est de passage à la Maison de... (Stéphane Portier)

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Daran est de passage à la Maison de la culture de Waterloo samedi.

Stéphane Portier

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Jérôme Savary
La Voix de l'Est

Le passage de Daran en terres waterloises coïncide avec la fin d'une aventure artistique unique. Véritable parenthèse dans son parcours musical, le spectacle du Monde perdupropose une expérience où se croisent la musique, le dessin, l'informatique et le cinéma. L'univers lucide de Daran - reposant sur une recette épurée «guitare-voix» - se déploie dans cette fusion inhabituelle.

Après avoir quitté la Bretagne, en France, et la vue sur l'océan qui venait avec, Daran le Montréalais continue de marcher sur un fil. Le spectacle qu'il a concocté relève en effet de l'acrobatie. Sur scène, Daran et sa guitare ne sont pas seuls. L'illustratrice Geneviève Gendron, originaire de Sherbrooke, dessine parallèlement sur un film - les images sont tournées par Daran - à l'aide d'une palette graphique, et ses interventions prennent vie grâce à l'informatique. Un vrai tour de force technologique.

«Ç'a été assez compliqué à mettre en oeuvre, reconnaît Daran au téléphone. Je n'ai jamais autant travaillé sur un spectacle que pour celui-ci. Mais je ne voulais pas faire subir au public un spectacle "guitare-voix" soporifique. En plus, ça me sort de ma zone de confort.»

«Dépouillement ultime»

La proposition musicale du Monde perdu fait fi du traditionnel band. Exit la batterie, la basse et autre clavier. Le compositeur s'inscrit dans la lignée des chanteurs folk états-uniens, accompagné simplement par la guitare et l'harmonica. «Cela permet de se frotter au dépouillement ultime.»

Tout un changement pour celui qui nous avait habitués à des guitares électriques très présentes. «Cet album, c'est un peu mon Nebraska à moi», compare-t-il, en faisant référence à l'oeuvre de Bruce Springsteen. «En toute humilité», tient-il à préciser du même souffle.

Cette sobriété sert admirablement les textes de son fidèle comparse, l'auteur Pierre-Yves Lebert - un Breton, tiens. Des textes engagés, traitant d'immigration (L'exil), de populations déplacées (Gens du voyage) ou de drames sociaux (Le bal des poulets). «Une chanson, pour moi, c'est un moment de lucidité qui permet de se connecter à la réalité. L'écriture est réaliste, mais on ne tombe pas dans le pathos. C'est une des forces de Lebert.»

Le réalisme des textes est poignant. «Il y a des gens pour toutes sortes de chansons; moi je fais ce que je sais faire», répond-il quand on lui fait remarquer la couleur sombre de son univers.

Artisan

Tel un artisan ou un «patenteux», Daran travaille sa musique en toute liberté, sans carcan. Il a ainsi choisi de larguer les amarres en quittant sa maison de disque et en lançant son propre label - «Le mouvement des marées».

Quand à sa vraie maison, celle qu'il avait de l'autre côté de l'océan, il l'a vendue pour financer la production de son premier album au Québec (L'homme dont les bras sont des branches). «La liberté a un prix, il faut l'assumer», explique-t-il, manifestement heureux de son choix, les ventes de ce disque ayant couvert les frais du suivant.

Il s'est aussi doté d'un studio complet qui lui permet de «faire un album à 0$ chez moi». Pouvoir tout faire de ses mains lui plaît. «J'aime le côté artisan de mon métier; ça le ground

Et pour chaque projet - comme le prochain disque qu'il compte sortir au printemps prochain -, il remet toujours les pendules à zéro. «Je repars toujours en mode page blanche, dit-il. J'essaie de ne pas me mettre de barrières; c'est le côté recherche et développement qui est intéressant dans le métier.»

Celui qui a choisi le Québec depuis six ans se nourrit de Montréal et de ses nouveaux repères pour créer. «En immigrant, tu retrouves un regard d'enfant sur tout, dit l'artiste âgé de 57 ans. C'est une mise en danger qui est salutaire.»

Citoyen canadien depuis peu, Daran a reçu récemment une autre preuve - artistique, celle-ci - de son intégration réussie. Alexandre Belliard lui a proposé de joindre le collectif La légende d'un peuple pour la tournée 2017, dont le but est de célébrer l'aventure francophone en Amérique. Quand il a été contacté, il s'est demandé s'il avait sa place dans un tel projet. Belliard l'a rassuré: «Oui! Nous, on est nés Québécois, mais toi, tu as choisi de le devenir.»

«Je me régale à l'idée de faire partie de l'équipe», dit-il, alors qu'il sera aux côtés de Salomé Leclerc - l'artiste qu'il préfère au Québec -, Jorane et Alexandre Belliard.

D'ici là, Daran effectue un dernier tour de piste en solo, nous invitant à embarquer dans son Monde perdu, avant de fermer la parenthèse.

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