Le triomphe de la diversité

«Je ne pensais pas qu'il y avait de... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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«Je ne pensais pas qu'il y avait de la place pour de la diversité, note Samuele. Je ne parle pas du fait qu'on est tous des jeunes Blancs, mais du fait qu'en étant ouvertement queer et très engagée, avec un discours parfois politique, je ne savais pas si j'allais arriver à me faire de la place dans un milieu mainstream.»

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) «Fek je repars avec un trophée #ficg2016». C'est sans ambages, authentique, à la manière de sa musique, que Samuele a annoncé sa victoire au Festival international de la chanson de Granby à ses quelque 1400 abonnés Facebook.

Avant de s'adresser aux médias, quelques minutes après la fin de la finale, vendredi soir, la jeune femme a essuyé une larme. Puis elle a longuement étreint le directeur général du concours, Pierre Fortier. À quelques mètres d'elle, on pouvait sentir la forte émotion qui habitait la jeune femme. Son talent enfin plébiscité.

De son propre aveu, quand le maire Pascal Bonin a annoncé qu'elle avait été choisie par le jury composé de 108 professionnels de l'industrie musicale canadienne et européenne et de médias, elle ne l'a pas réalisé sur-le-champ. «Ma première réaction, ça a été un beeeeeeep (ndlr: le son d'une tonalité téléphonique). Sur le coup, j'ai été surprise, raconte-t-elle, les yeux brillants. Je pensais que c'était Lydia (Képinski) qui allait gagner. Moi, ce n'était pas du tout mon plan de match. J'étais pas là pour gagner; j'étais là pour la vitrine. Je venais chercher de la visibilité.»

Samuele était fière de sa prestation en finale. «La vibe a changé quand on est passés finalistes, explique-t-elle. J'étais moins stressée parce qu'on avait vraiment beaucoup répété, mais j'étais quand même un peu nerveuse.»

Quand on lui fait remarquer qu'elle avait semblé en plein contrôle pendant ses trois chansons, elle répond: «Il y a toujours une dichotomie entre ce que tu vis sur scène et ce que les gens perçoivent.»

Fini les concours

Il y a longtemps que Samuele rêvait de tenter sa chance à Granby. Mais étant mère monoparentale, la possibilité de participer au concours ne s'est présentée que récemment, quand son fils est devenu plus grand, confiait-elle. Son accolade avec Maël, neuf ans, en a d'ailleurs ému plusieurs après la finale.

Samuele s'était promis que Granby serait son dernier concours. Celle qui au fil des années s'était fait remarquer aux Francouvertes, à Ma première place des Arts, pour ne nommer que ceux-là, en avait marre de la compétition. «Je n'aime pas le concept qu'il y ait des gens éliminés, explique-t-elle. Entre nous autres (les finalistes), on était tellement relax.»

Déjà, elle se voyait revenir à Montréal dans ses pénates avec le vélo turquoise qu'on lui avait prêté - et pour lequel elle avait eu le coup de foudre - et une expérience enrichissante. Elle rentrera finalement chez elle avec plus de 80 000$ en bourses, la captation vidéo d'un de ses concerts, la fabrication de 500 exemplaires de son futur album, un service de pistage radio auprès de toutes les stations québécoises et 25 heures d'enregistrement au Studio Jupiter. Sans oublier le prix Lynda Lemay - Tournée Granby-Europe, grâce auquel Samuele, qui s'est produite à Saint-Malo plus tôt cet été, pourra offrir une vingtaine de spectacles en Europe en 2018 avec les soeurs Boulay.

Une place dans le mainstream

Son passage au FICG lui a aussi permis de tirer certaines leçons. «Je ne pensais pas qu'il y avait de la place pour de la diversité, note-t-elle. Je ne parle pas du fait qu'on est tous des jeunes Blancs, mais du fait qu'en étant ouvertement queer et très engagée, avec un discours parfois politique, je ne savais pas si j'allais arriver à me faire de la place dans un milieu mainstream.»

Avec des phrases coup-de-poing comme «Si t'es pas bonne à marier, fille, t'es bonne à rien», «Toutes ces histoires, fidèlement relayées par les lectrices duElle, nous racontent qu'un humain sans pénis c'est comme un oiseau sans ailes», «Il était une fois une ruche sans reine, où ne vivaient que des gens libéréEs de leurs chaînes», Samuele se fait le cri de ceux qui n'osent pas élever la voix.

C'est peut-être justement sa singularité qui a séduit les juges.

La suite

La veille de la grande finale, l'auteure-compositrice-interprète partageait un billet publié sur son blogue à ses abonnés, avec pour seule mention «Living the dream». On y voit une photo d'une jeune femme de dos, vêtue d'un t-shirt aux couleurs de l'événement et sur lequel on peut y lire: «Granby, c'est Granby».

«Le slogan qui veut toute pis rien dire», commente Samuele, qui admet ne pas avoir les mots pour décrire l'expérience qu'elle vient de vivre. «Granby, c'est intense de toutes les façons imaginables», écrit-elle, affirmant avoir besoin de «digérer» tout ça une fois la tornade passée.

Samuele ne considère pas que sa vie vient de changer ou que sa carrière vient de connaître un virage important. «Ça finit sur une bien belle note, c'est sûr!» admet-elle tout de même.

La suite, pour l'artiste, c'est de peaufiner son prochain album, Les filles sages vont au paradis, les autres vont où elles veulent, enregistré en juin et financé grâce à la plateforme IndieGogo. La galette devrait nous être offerte à l'hiver. «J'ai très hâte, affirme Samuele, qui promet que ceux qui ont aimé son passage au Festival ne seront pas déçus. L'album, c'est une coche au-dessus de ce que j'ai présenté au concours!»

La Montréalaise trépigne aussi d'impatience à l'idée de renouer avec son band et d'offrir quelques spectacles ici et là. Déjà, samedi, elle a offert un spectacle d'une heure près du métro Mont-Royal, en première partie de Joseph Edgar.

Et pour la suite des choses, elle se laissera le plaisir de la découvrir au fur et à mesure.

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