La «perspective secrète» de Stéphanie Bérubé

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Depuis cinq ans, durant la période estivale, l'artiste Stéphanie Bérubé investit les rues et les ruelles pour les orner de fresques en trompe-l'oeil.

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Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est

Anamorphose. Bien malin qui peut spontanément en fournir la définition. Pour la décrire simplement, disons qu'il s'agit d'une image déformée qui prend son sens seulement lorsqu'elle est observée d'un point de vue précis.

L'artiste marievilloise Stéphanie Bérubé en a fait sa spécialité et sa passion. Depuis cinq ans, durant la période estivale, elle investit les rues et les ruelles pour les orner de fresques en trompe-l'oeil. Peintes directement sur le sol, les images ne ressemblent à rien de bien précis. Ce n'est qu'en se tenant debout à un endroit déterminé que la magie opère et que l'oeuvre apparaît clairement... et en trois dimensions.

«La première réaction des gens devant mes oeuvres, c'est ''bof, je suis capable d'en faire autant''. Ils ne voient que de longues traînées de couleurs. Mais quand je les invite à regarder du bon angle, ils comprennent. Et j'insiste toujours pour qu'ils prennent une photo, car le 3D est alors encore plus frappant. Et là, ils sont stupéfaits», raconte la jeune femme.

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Ici, on voit Stéphanie Bérubé peindre son oeuvre Les Belles bulles. 

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Ce cliché montre le résultat final en trois... (fournie) - image 2.1

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Ce cliché montre le résultat final en trois dimensions des Belles bulles.

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Depuis des siècles

Le concept ne date pas d'hier, rappelle Stéphanie. Déjà à la Renaissance, Michel-Ange s'amusait à explorer la perspective. L'oeuvre Les Ambassadeurs peinte par Hans Holbein en 1533 contient par ailleurs l'une des plus spectaculaires anamorphoses de l'Histoire avec son crâne humain décelable uniquement d'un angle défini.

«Je décris ça comme de la perspective secrète. Ça existe depuis des siècles. Même la chapelle Sixtine contient de l'anamorphose. Certains artistes utilisaient cette technique pour dissimuler des images disons plus ''obscènes'' à l'intérieur de leurs tableaux», explique-t-elle.

Aujourd'hui, quelques artistes sont célèbres à travers le monde pour leur talent en anamorphose. Ce qu'ils arrivent à créer dépasse parfois l'entendement. Au Québec, Stéphanie Bérubé fait un peu cavalière seule dans ce domaine qu'elle a appris d'elle-même.

«Je triche les lois de la perspective. Je déforme l'image avant que l'oeil le fasse. J'ai développé plusieurs techniques combinées. Il y a aussi des mathématiques là-dedans... Mais je ne veux pas dévoiler mes secrets; on est trop peu à faire ça dans la province», confie celle qui enseigne la peinture à temps plein durant l'automne et l'hiver.

Sa première expérience - un défi qu'elle voulait à tout prix relever - a pris la forme d'une simple étoile, qui, une fois peinte au sol selon sa méthode, s'est révélée en 3D.

«Je savais comment faire d'instinct et je voulais me le prouver. Ça a fonctionné!»

Depuis, on a pu la voir à l'oeuvre à Saint-Jean-sur-Richelieu, Chambly, Beloeil, Longueuil, Valleyfield, Montréal. Toujours à l'extérieur, souvent sous un soleil de plomb, elle réalise ses peintures éphémères selon des thèmes imposés ou au gré de ses envies. Elle en compte une vingtaine à son actif.

Le choix des sujets, cependant, est assez limité, dit-elle. «Il faut que ce soit des vues plongeantes. Pour cette raison, les meilleures images sont les trous dans la chaussée.»

Mais pas seulement. À ce jour, ses réalisations à la gouache ont adopté toutes sortes de formes: des voitures, un cheval, un feu de camp, un livre géant, un bassin aquatique... Pour créer le fameux trompe-l'oeil, certains éléments s'étalent parfois sur plusieurs mètres.

Selon les invitations, l'artiste se présente sur le site avec ses toiles préformées et peintes partiellement ou entièrement à l'avance. Elle les ancre ensuite au sol. «Lorsqu'elles sont déjà faites, je me concentre sur l'animation du public. Sinon, je complète mes oeuvres sur place.»

À Granby

Invitée par l'organisation du Symposium Couleurs urbaines, Stéphanie Bérubé sera à Granby le 29 juillet (et peut-être le 30) pour réaliser une oeuvre en trompe-l'oeil. Cette fois, le dessin sera peint à l'époxy de façon permanente sur la piste cyclable face au Palace de Granby.

Il s'agira d'une image d'environ 10 pieds sur 10 pieds représentant... un trou dans l'asphalte. À l'intérieur de celui-ci, des débris et un vélo échoué. Peut-être même qu'une bête quelconque sera tapie au fond du cratère. Mais rassurez-vous, personne n'aura l'impression d'y tomber, car l'image, on le répète, n'est visible en trois dimensions qu'à partir d'un endroit précis.

À Granby, elle peindra en direct, aidée par David Miljour de l'organisme Dose Culture avec qui elle est associée. C'est aussi lui qui s'occupera aussi du volet animation.

Pour mieux comprendre cet art hautement original, on vous conseille d'aller voir Stéphanie Bérubé en action. Et d'apporter votre appareil-photo!

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