Hommage à l'un des plus grands cinéastes du XXe siècle

Abbas Kiarostami est décédé en France d'un cancer... (archives Agence France-Presse)

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Abbas Kiarostami est décédé en France d'un cancer à l'âge de 76 ans, était salué mardi comme l'un des plus grands réalisateurs mondiaux.

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Eric Randolph
Agence France-Presse
Téhéran

Comme pour Rossellini ou Godard, il y aura eu un avant et un après Abbas Kiarostami: le cinéaste iranien décédé en France d'un cancer à 76 ans, était salué mardi comme l'un des plus grands réalisateurs mondiaux.

Au lendemain de sa mort, son pays natal rendait mardi hommage au cinéaste, à commencer par son président Hassan Rohani qui a salué son «regard différent et profond» sur la vie.

Le ministre de la Culture et de la Guidance islamique, Ali Janati, a lui évoqué «un avant-gardiste à l'approche humaniste et morale».

À Téhéran, quelques centaines de personnes se sont rassemblées en soirée devant le musée du cinéma pour lui rendre hommage, avec des bougies et des portraits.

«Il suffit de voir ses films pour le connaître, ses oeuvres étaient si proches de sa personnalité», a indiqué à l'AFP le réalisateur Asghar Farhadi, qui a signé comme d'autres personnalités du cinéma iranien un livre de condoléances.

«Il osait faire des choses que peu de gens osaient, il expérimentait et (...) a ouvert des portes à d'autres. C'est pour ça que le monde du cinéma en entier est triste ce soir, pas seulement en Iran», a-t-il ajouté.

Etudiant en cinéma, Salar Sharif, 20 ans, est triste comme s'il «avait perdu un ami proche».  Abbas Kiarostami «a joué un rôle important dans ma vie», confiait-il. «Le goût de la cerise a changé ma perception de la mort et Close Up, ma perception de la vie.»

Le Rossellini de Téhéran

Vainqueur de la palme d'or du festival de Cannes en 1997 pour Le goût de la cerise, le cinéaste iranien est décédé lundi en fin de journée à l'Institut mutualiste Montsouris, un hôpital parisien privé, a appris l'AFP de sources concordantes.

Il avait quitté Téhéran la semaine dernière pour subir un traitement en France, selon l'agence de presse iranienne Isna. Né dans la capitale iranienne en 1940 dans une famille modeste, devenu l'un des cinéastes les plus en vue du cinéma iranien dans les années 1960, il a remporté des prix dans les plus grands festivals mondiaux qui lui ont apporté une notoriété mondiale.

En 1999, avec Le vent nous emportera, sur la dignité dans le travail et l'égalité hommes-femmes, il remporte le Lion d'argent à la Mostra de Venise. Cinéaste du réel, humaniste et poète, il utilisait sa caméra comme un microscope pour «faire naître du lien entre les gens», disait-il.

«Abbas n'est pas seulement le plus grand cinéaste iranien, le Rossellini de Téhéran, le chercheur qui trouve, c'était aussi un photographe inspiré. Il était l'art même», a tweeté l'ancien président du festival de Cannes, Gilles Jacob.

Il est resté dans son pays après la révolution islamique de 1979 et a continué à travailler avec le monde du cinéma à l'étranger, toléré par le régime religieux. L'agence officielle iranienne IRNA a affirmé que sa dépouille serait rapatriée en Iran pour y être enterrée.

Il «a profondément marqué l'histoire du cinéma», a réagi le président français François Hollande, relevant «une oeuvre où la poésie conférait aux petites choses du quotidien une dimension particulière et universelle».

Un inventeur

«Il fait partie de ces très rares cinéastes où il y a eu un avant et un après pour le cinéma», a estimé Frédéric Bonnaud, directeur de la Cinémathèque française, voyant en lui «un inventeur» qui conjuguait un «certain réalisme, en parlant beaucoup de son pays et des enfants de son pays, tout en sachant que le cinéma est un spectacle qui peut manipuler le réel».

«Sans lui, je n'aurais jamais pu faire Persepolis», a renchéri la dessinatrice et réalisatrice Franco-iranienne Marjane Satrapi, qui avait fait sa connaissance en France après avoir admiré ses films en Iran.

«En Europe, on avait vu ses films, donc on ne voyait plus les Iraniens comme un peuple de terroristes, mais comme des êtres humains. Il a ouvert la voie à toute une génération d'artistes iraniens», a-t-elle dit à l'AFP.

C'est grâce à lui que le cinéma iranien a une telle légitimité internationale aujourd'hui, a estimé son compatriote, le cinéaste Mohsen Makhmalbaf. «Il a changé le monde du cinéma, il l'a rafraîchi, humanisé» en contraste avec le cinéma hollywoodien, a-t-il déclaré à l'AFP.

«À lui seul, il a changé l'image de l'Iran», a notamment tweeté l'actrice iranienne Golshifteh Farahani. Sur twitter nombre d'admirateurs citaient une phrase de Jean-Luc Godard: «Le cinéma naît avec Griffith et se termine avec Kiarostami».

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