Décès du géant de la poésie française Yves Bonnefoy

Yves Bonnefoy, à Prague en octobre 2007... (Archives Agence France-Presse)

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Yves Bonnefoy, à Prague en octobre 2007

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Claude CASTERAN, Sophie LAUBIE
Agence France-Presse
Paris

Yves Bonnefoy, l'un des géants de la poésie française contemporaine, plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel de littérature et traducteur réputé de Shakespeare, est décédé vendredi à 93 ans.

Cet intellectuel d'une immense culture, également essayiste et critique d'art publié en une trentaine de langues, était l'auteur de plus de 100 livres, dont les recueils Du mouvement et de l'immobilité de Douve et Les Planches courbes.

Connu dans de nombreux pays, notamment en Italie, en Allemagne et en Suisse, ainsi que dans le monde anglophone, il avait notamment reçu le grand prix de poésie de l'Académie française en 1981, le prix Goncourt de la poésie en 1987 et le prix mondial Cino del Duca en 1995.

Docteur honoris causa de plusieurs universités à l'étranger, il avait notamment enseigné à Genève et aux États-Unis avant d'être, de 1981 de 1993, professeur au Collège de France, titulaire dans ce prestigieux établissement universitaire parisien de la chaire d'études comparées de la fonction poétique.

Auteur d'une oeuvre poétique grave et généreuse, attentive aux sonorités, Yves Bonnefoy avait placé au coeur de ses ouvrages les déchirements de la conscience contemporaine et la fonction que peuvent remplir la poésie et l'art.

Regard métallique, visage raviné sous une crinière blanche, l'écrivain considérait que «tout ce qui nous entoure» peut inspirer la poésie», laquelle est «une façon de retrouver le besoin d'un sens fondamental à la vie».

«Ce qui m'attriste, c'est de voir que notre système éducatif ne fait pas à la poésie la place qu'elle mérite», disait cet homme secret et exigeant, dont l'oeuvre critique a beaucoup apporté aux études littéraires.

«La poésie intensifie le langage», soulignait-il encore en mai à l'occasion de la sortie de son dernier livre, L'Écharpe rouge, conçu comme un voyage dans le temps au coeur de sa mémoire.

«Devant moi, il y a tout, il y a l'avenir de la poésie», ajoutait-il.

Refus du «concept»

Né le 24 juin 1923, Yves Bonnefoy était le fils d'un ouvrier-monteur aux ateliers de chemins de fer et d'une institutrice.

À partir de 1943, après des études de mathématiques, il étudie à Paris l'histoire de la philosophie et des sciences. Il adhère un temps au surréalisme, dont il est proche de 1945 à 1947, mais s'en écarte rapidement.

Il fréquente les fondateurs du mouvement artistique non conformiste Cobra mais aussi des écrivains comme Paul Celan ou des peintres comme Victor Brauner.

Sa réputation est lancée avec Du mouvement et de l'immobilité de Douve (1953), livre à contre-courant de l'époque, marqué par le dépouillement et une quête intérieure, qui range son auteur parmi les inclassables et déjà parmi les plus grands poètes français.

Il signe ensuite notamment Hier régnant désert (1958), Pierre écrite (1965), Dans le leurre du ciel (1975), Ce qui fut sans lumière (1987), L'Encore aveugle (1997) ou Les Planches courbes (2001).

Très actif en dépit de son âge, on lui devait récemment aussi l'essai La Poésie et la gnose.

Sa poésie a été saluée par la critique et reçut le soutien de fidèles lecteurs, séduits par son goût du «sensible» et son refus du «concept» ou de «l'abstrait».

«L'écriture de poésie? La terre de sous nos pas mais trempée comme après l'orage, creusée par de grandes roues qui ont passé, se sont éloignées», écrivait-il dans La longue chaîne de l'ancre.

Yves Bonnefoy a instauré dans nombre de ses livres un dialogue avec de grands artistes comme Alechinsky, Tapies ou Zao Wou-Ki. Il a aussi analysé la poésie des autres (Notre besoin de Rimbaud), l'art italien (Rêve fait à Mantoue, Rome 1630) ou la peinture (Giacometti, Goya, les peintures noires).

Il était également traducteur de l'oeuvre de Shakespeare, qu'il a accompagnée de lumineuses préfaces, mais aussi de Yeats, Pétrarque ou Georges Seferis.

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