Matthieu Cheminée, le joaillier globe-trotteur

Pour ses bijoux, Matthieu Cheminée utilise une technique... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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Pour ses bijoux, Matthieu Cheminée utilise une technique unique de poinçonnage.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Isabel Authier
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La Voix de l'Est

(Abercorn) On entre dans le petit atelier de Matthieu Cheminée comme dans un antre. Avec respect, un peu sur la pointe des pieds, car c'est ici, dans ce lieu intime, qu'il crée ses bijoux oeuvres d'art avec minutie et une infinie patience. À l'occasion du Tour des arts, cet accès privilégié est offert aux amateurs d'art. Suffit de sonner et d'entrer!

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Combien de bijoux émergent de l'atelier de Matthieu Cheminée chaque année? «Je pourrais en faire 1000, mais je ne veux pas. Je peux fabriquer de 20 à 30 bracelets et environ 150 bagues. Ce sont toutes des pièces uniques.»

Alain Dion, La Voix de l'Est

En temps normal, Matthieu Cheminée travaille en solitaire. Dans sa résidence d'Abercorn, il a aménagé son atelier à sa mesure. Assis devant sa vieille table en bois de teck, il façonne des bagues, des bracelets, des boucles d'oreille et des colliers à partir d'argent, d'or, d'acier, de pierres précieuses et semi-précieuses, de cuir et même d'objets recyclés à l'occasion.

«Je m'approvisionne à Montréal. J'achète aussi des pierres lors de mes voyages.»

Tout est fait à la main, même ses outils. Parce que l'authenticité et la durabilité sont pour lui essentielles. Il coule lui-même ses lingots, les aplatit en plaques, qu'il poinçonne ensuite selon une technique unique, encoche par encoche, sur son enclume.

À partir de cette matière première, il laisse son imagination prendre le relais. «Je ne fais jamais de croquis. Le bijou se transforme au fur et à mesure. Je le laisse vivre», dit-il en parlant de son processus d'inspiration.

Il travaille au moins quatre heures par jour, dès le petit matin. Un ouvrage intense, où tout est dans la précision et le détail. Pour épargner ses yeux, ses mains et ses coudes, il prend bien soin varier ses gestes.

Jamais à court d'idées, l'artisan veille à «faire bouger» ses bijoux à travers de nouvelles collections. Il compte d'ailleurs faire une plus grande place à la clientèle masculine en lui offrant une gamme de bracelets et de bagues.      

Parcours atypique

Le parcours de l'artiste Matthieu Cheminée est fascinant. Et atypique. Mû par ses passions, il quitte son Paris natal à 19 ans pour le Nouveau-Mexique. Là-bas, il tombe amoureux de ce coin de pays, mais aussi des cultures navajo, hopi et zuni, et y apprend des techniques de joaillerie traditionnelles. Il séjourne ensuite au Mali où il fréquente des bijoutiers locaux. Puis, il prend la direction de Montréal pour parfaire sa technique classique dans une école de joaillerie.

Depuis, sa carrière n'a cessé d'évoluer entre l'enseignement, les fréquents voyages en Afrique, la fondation d'un organisme d'aide aux bijoutiers de l'Afrique de l'Ouest, la publication en 2014 du livre Legacy - Jewelry Techniques of West Africa, plusieurs expositions et son prochain ouvrage en préparation. 

Cette année - comme il l'a fait en 2015 -, l'artisan s'est aussi vu confier la réalisation de 14 exemplaires de la médaille des Prix du Québec, faite d'argent et d'or.

Aujourd'hui, les oeuvres de Matthieu Cheminée sont présentes dans plusieurs galeries en Californie, au Nouveau-Mexique, à Toronto, à Ottawa et à Montréal. Plus près de nous, on peut découvrir quelques unes de ses pièces à la galerie Farfelu de Sutton.

Établi à Abercorn depuis «cinq ou six ans», Matthieu Cheminée possède encore un pied-à-terre à Montréal. «Je me sens toujours entre les deux. La campagne, c'est stimulant, mais c'est aussi plus difficile d'y travailler. Il y a tant de choses à faire ici!», avoue-t-il en souriant.

Combien de bijoux émergent de son atelier chaque année? «Je pourrais en faire 1000, mais je ne veux pas. Je peux fabriquer de 20 à 30 bracelets et environ 150 bagues. Ce sont toutes des pièces uniques.»

Habitué du Tour des arts

Pour Matthieu Cheminée, le Tour des arts est devenu un incontournable estival. Depuis quatre ans, il accueille avec bonheur les visiteurs dans sa maison. «Je travaille beaucoup seul, alors c'est très agréable de rencontrer d'autres artistes», dit-il.

La présence du public lui est aussi très précieuse; lorsque des visiteurs se pointent chez lui durant le Tour, il leur offre des démonstrations, explique son travail, répond à leurs questions... «Les gens regardent tout; ils sont intéressés et intéressants.»

Il n'est pas rare que des amateurs d'art venus d'aussi loin que le Vermont, le Massachusetts et la France fassent un saut dans son atelier durant le Tour. La plupart, cependant, viennent du Québec, et même... de la même rue. «Ça donne l'occasion de rencontrer des voisins qu'on ne connaît pas!», lance-t-il.

M. Cheminée apprécie également le côté festif et rassembleur de l'événement. Artisans, artistes, musiciens, restaurateurs mettent leurs atouts en commun pour mettre la région en valeur, fait-il remarquer.

Et quoi qu'on en dise, le côté mercantile n'est pas non plus à négliger. Matthieu Cheminée, comme plusieurs autres, y trouve son compte. «Les gens achètent des coups de coeur. Pour moi, le Tour des arts est plus rentable que le Salon des métiers d'art de Montréal.»

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