Le «cinéma vivant» de Michel Barrette

Dans son spectacle Drôle de vie qu'il présentera... (fournie)

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Dans son spectacle Drôle de vie qu'il présentera ce jeudi au Palace de Granby, Michel Barrette se lancera dans une longue conversation avec le public. «Je ne viens pas radoter durant deux heures. C'est un partage, comme si on jasait tous ensemble dans le salon.»

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Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est

La vie de Michel Barrette est tout sauf monotone. Il en a toujours été ainsi. Mais décrite avec le verbe coloré qu'on lui connaît, elle devient carrément rocambolesque. Rencontre avec un homme né pour se raconter.

Ça ne fait pas une minute que la conversation est amorcée qu'il relate son dernier «coup d'éclat»... bien involontaire. De passage à Las Vegas, dernièrement, on l'a invité à assister au spectacle d'Elton John. Pour mille raisons, notre homme s'est alors retrouvé sur scène en compagnie du célèbre chanteur. «Et bien, je me suis barré les pieds sur un moniteur et je l'ai presque fait tomber devant 4500 personnes!». Une anecdote de plus à noter dans son carnet!

Quand on lui fait remarquer qu'avec tout ce qu'il a vécu, il ressemble à un chat qui a neuf vies, il rigole. «Mon ami Michel Boujenah [NDLR: l'humoriste et acteur français] dirait plutôt que j'ai 99 vies! Il me dit: 'Les choses t'arrivent tout le temps à TOI. Et en plus, tu sais les raconter.' C'est comme dans le film The Big Fish. Ce qui arrive au personnage a l'air trop gros pour être vrai... Mais c'est vrai!»

Ce n'est pas pour rien, croit-il, que certaines personnes ont un destin tumultueux, au lieu d'un long fleuve tranquille. «La vie choisit les gens qui ont le talent pour la raconter; ça leur donne le matériel nécessaire pour faire de bonnes histoires. Moi, j'aime tellement vivre et raconter la vie, ma vie.»

Une part de nostalgie

À l'entendre, on pourrait parfois lui reprocher de vivre dans le passé. Mais le principal intéressé s'en défend bien. «Je permets aux gens de revivre des souvenirs par procuration. Je suis un cinéma vivant qui nourrit leur part de nostalgie. Mais je suis aussi très actuel. Je parle, par exemple, du sexe après 60 ans.»

Faux. Il n'a que 59 ans... «C'est vrai. Mais depuis que j'ai 50 ans, j'haïs tellement vieillir que j'ai décidé d'y aller à fond en me donnant un an de plus!», explique-t-il pour justifier ce pieux mensonge.

Fabulateur, Michel Barrette? Il jure de dire toute la vérité, rien que la vérité. «Tout ce que je raconte est vrai. Ce n'est pas enjolivé non plus. Tout est dans la manière de raconter les choses. Même une crevaison peut devenir drôle si elle bien racontée. Là est la différence entre un conteur et un raconteur.»

Dans son 11e spectacle en carrière, Drôle de vie, qu'il présentera ce jeudi au Palace de Granby - une salle où il se sent «dans ses pantoufles» -, l'humoriste se lance dans une longue conversation avec le public. «Je ne viens pas radoter durant deux heures. C'est un partage, comme si on jasait tous ensemble dans le salon.»

Tenez-vous-le pour dit, cependant. Son Hi! Ha! Tremblay a fait son temps. Dans Drôle de vie, il parle de lui un peu, mais pas question de le faire revivre. Le costume est remisé depuis des années et l'humoriste aimerait bien passer à autre chose.

Sympathie

Qu'il s'agisse de chance, de talent ou d'astres bien alignés, toujours est-il que depuis 33 ans, Michel Barrette profite d'un énorme capital de sympathie de la part des Québécois. «Ceux qui m'aiment, ils m'aiment tellement qu'ils sont encore là après toutes ces années. Les autres sont partis. Je ne veux pas me vanter, mais les salles ont toujours été pleines. Et elles le sont encore.»

Pourquoi? «Je pense qu'il y a une générosité de ma part qui fait que les gens ont l'impression que je suis comme leur voisin ou leur ami», risque-t-il comme explication.

Il y aussi cette aisance totale qu'il ressent et qui transpire sur scène. «La scène, ce n'est pas un combat pour moi. Je ne vais pas y défendre ma peau, j'y vais pour avoir du fun. Et je n'ai jamais eu autant de fun que maintenant. Je suis peut-être un peu plus sage qu'avant dans ma vie, mais je n'ai jamais été aussi près de mes 17 ans sur scène!»

Et il jure qu'à 100 ans, il aura encore des histoires à raconter. «Je n'aurai jamais fini!»

Dans son cas, perdre la mémoire, avoue-t-il, serait bien sûr «terrible». «J'y pense, mais j'ai lu qu'un des meilleurs remèdes pour contrer ça, c'était de faire des exercices de mémoire... Et c'est exactement ce que je fais tout le temps.»

Pas que l'humour

Mais Michel Barrette ne se confine pas dans son rôle de «stand-up». Il a bien d'autres cordes à son arc. Son émission Viens-tu faire un tour? reprend l'antenne pour une troisième saison ce dimanche. Un beau prétexte, dit-il, pour se balader à bord de belles d'autrefois - sa collection personnelle en compte 22 - et faire des «rencontres nostalgiques» avec des personnalités publiques.

Aussi copropriétaire de l'Hôtel Trois Tilleuls, l'artiste y fait son numéro de temps à autre, en invitant occasionnellement des humoristes de la relève à tâter la scène. Ajoutez à cela le Comedy Club d'Old Orchard où il se produira encore cet été et vous avez un homme occupé.

Après avoir joué dans plusieurs productions cinématographiques, Michel Barrette s'apprête en plus à concrétiser son projet de film intitulé Une par jour qui sera d'ailleurs réalisé par Michel Boujenah. Il y sera question d'un homme qui, sous le coup d'un sortilège, devra coucher avec une femme différente chaque jour de sa vie.

Autobiographique, ce film? «Ce l'était à une certaine époque!», s'esclaffe Michel Barrette en terminant.

Michel Barrette et la censure

Impossible de lui parler sans aborder le sujet de l'heure. Pour ou contre la liberté d'expression à tout prix, Michel Barrette ? «Je ne me sens pas visé par ça, car ma victime, c'est presque toujours moi-même. Mais je suis contre la censure. Nous, les humoristes, avons un privilège de posséder le droit de parole et un métier payant. Mais ça vient avec les conséquences de nos propos. Moi, j'ai un code moral personnel. C'est toutefois normal de se faire taper sur les doigts si on le mérite», affirme-t-il.

«Prenez Dieudonné par exemple. Pour moi, c'est un ancien humoriste qui s'est servi de sa notoriété, de sa cour, pour déraper. Ce personnage me pue au nez.»

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