Madame Bolduc: une mère inoubliable

À 91 ans, Fernande Bolduc garde un vif... (photo Alain Dion)

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À 91 ans, Fernande Bolduc garde un vif souvenir de sa célèbre mère.

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Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est

On l'appelait Madame Bolduc, mais surtout La Bolduc. Un sobriquet qu'elle détestait plus que tout. Aujourd'hui, 75 ans après sa mort, la mémoire de la célèbre chanteuse turluteuse vit encore intensément à travers sa fille Fernande.

«C'est un sénateur qui, un jour, a appelé maman "La'' Bolduc. Mais elle n'a jamais accepté qu'on l'appelle comme ça. Elle disait: "Je ne suis pas une putain de la rue Saint-Laurent. Je suis une bonne mère et une bonne femme". Elle se présentait toujours comme Mme Édouard Bolduc», relate sa fille cadette, qui réside au Centre d'hébergement Leclerc à Granby.

La dame de 91 ans voue un véritable culte à sa mère, née Mary Rose Anna Travers en 1894 en Gaspésie. «Durant 45 ans, j'ai ramassé tout tout tout ce qui appartenait à maman. Mais j'ai tout donné. Il ne me reste qu'un chapelet», dit-elle. Près de son lit repose aussi un cadre contenant, côte à côte, une photo d'elle et une photo de sa mère.

Le fruit de cette précieuse collection, Fernande Bolduc l'a remis au Musée de la Gaspésie en 1984. On y trouve de nombreux objets personnels utilisés par l'artiste au cours de sa vie et de sa carrière: photographies, disques, contrats, vêtements, bijoux, instruments de musique, affiches de spectacles, coupures de presse, chansons manuscrites, correspondance, etc.

Le passage des décennies n'a rien altéré. Fernande Bolduc parle encore de sa mère avec autant d'émotion. Et ses souvenirs à son sujet sont d'une netteté impressionnante. «Maman a commencé à jouer du violon à 5 ans sur une boîte de cigares en métal que son père avait modifiée. Elle jouait aussi de la guimbarde. À la maison, elle prenait un soin jaloux de ses violons.»

Elle raconte ses débuts artistiques, ses prestations sur scène - «On dansait parfois avec elle. Je faisais de la gigue écossaise et irlandaise» -, ses tournées, sa célébrité - «Ses chansons se sont mêmes rendues jusqu'en Afrique!», l'accident de voiture dont elle a été victime, sa mort prématurée à 46 ans. «Elle est morte pauvre, ma mère. Elle avait juste 5$ dans sa banque...», affirme-t-elle.

Fernande rappelle aussi les souches irlandaises de sa mère. «Ça tombe bien qu'on parle d'elle, c'est la semaine de la St-Patrick!», lance la dame, toute de vert vêtue. «Ce jour-là, elle se faisait toute belle. Je la vois encore avec son perroquet Polly sur son épaule qui lui chantait Pretty Mary et qui sifflait.»

Fernande adorait notamment quand sa mère lui lançait «Top of the Morning, My Darling!», une expression purement irlandaise pour souhaiter bon matin.

Vaste discographie

Durant sa carrière, qui a connu son apogée dans les années 1920 et 1930, Madame Bolduc a endisqué près d'une centaine de titres, dont le légendaire J'ai un bouton sur le bout de la langue.

Parmi ce vaste répertoire, sa fille ne préfère aucune pièce en particulier. «Je les aime toutes», dit-elle. Et la voilà qui se met à fredonner longuement les paroles de l'une d'elles!

Elle préfère pourtant ne pas les écouter, car cela la rend trop nostalgique.

Ce sentiment l'a fortement habitée dernièrement, mais pour une autre raison. Le 20 février dernier, jour du 75e anniversaire de sa mort, Madame Bolduc a été proclamée personnage historique du Québec par le gouvernement provincial. Or, l'événement n'a pas été souligné à sa juste valeur, estime Fernande Bolduc. Et surtout, tout le monde a semblé oublier qu'elle, son dernier enfant, était encore vivante.

«Ça m'a fait beaucoup de peine. Ils n'ont même pas essayé de me retrouver», laisse-t-elle tomber tristement.

Au moins, les artisans du prochain long-métrage qui retracera la vie de sa mère - qui sera personnifiée par la comédienne Debbie Lynch-White - sont venus la rencontrer à Granby, se console-t-elle. «Mais ils n'ont pas arrêté de l'appeler "La" Bolduc! Je leur ai dit de ne pas faire ça!»

Des Irlandaises de mère en fille!

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