Le Guide du vin Phaneuf, c'est elle

Pour la réalisation de chaque Guide du vin... (photo Alain Dion)

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Pour la réalisation de chaque Guide du vin Phaneuf, Nadia Fournier déguste pas moins de 2500 vins. De ce nombre, elle en commente 1000 et recommande 150 «Grappes d'or».

photo Alain Dion

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Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est

(Sutton) Certaines rencontres sont déterminantes, au point d'orienter complètement la trajectoire d'une vie. Pour Nadia Fournier, quelques heures passées en compagnie de Michel Phaneuf ont été le début d'une grande aventure. Aujourd'hui, la jeune femme signe seule l'annuel Guide du vin Phaneuf, créé il y a 35 ans par son mentor.

Retournons en 2006. Nadia a 25 ans, travaille pour l'agence Sopexa et en restauration. Lors d'une dégustation de vins du Languedoc-Roussillon, elle se voit confier le service exclusif de Michel Phaneuf, immobilisé par une blessure au genou. «J'étais impressionnée. Je pensais qu'il était lugubre. Au contraire, c'était un gentleman courtois qui avait le don de nous mettre à l'aise. En jasant avec lui, j'avais mentionné que je voulais faire du vin.»

Bon, elle n'est pas devenue vigneronne, mais plutôt la protégée de l'expert en vins, qui l'a prise sous son aile, en accord avec son épouse Ginette, sa super collaboratrice, aujourd'hui décédée. «Michel n'avait pas d'enfant, alors le Guide était son legs. Il voulait passer le flambeau.»

Et pourquoi elle? «Ce n'est pas parce que j'étais qualifiée; je n'avais suivi aucun cours de sommellerie et je n'avais pas d'expérience», laisse tomber Nadia Fournier en toute franchise. À l'époque, elle avait déjà fait les vendanges en Europe et s'intéressait beaucoup au vin, après avoir goûté un bourgogne blanc qui l'avait laissée sans voix.

«Plutôt que de regarder le CV, Michel a privilégié le contact humain. Il me disait: ''Le travail, ça s'apprend; l'attitude, ça ne s'apprend pas.''»

Elle a en effet beaucoup travaillé et beaucoup appris à son contact, adoptant son style, apprenant à évaluer, noter et décrire chaque vin.

Il y a cinq ans, l'expert a laissé toute la place à sa dauphine. Depuis, le Guide du vin Phaneuf, c'est elle.

Des vins par milliers

Dès la publication de l'ouvrage, chaque automne, Nadia Fournier se remet à la tâche pour préparer l'édition suivante.

Sur sa propriété de Sutton, où elle habite depuis 2013, une petite construction extérieure lui sert de cellier. Pour les besoins de la cause, elle déguste pas moins de 2500 vins! «J'ai déjà dégusté 250 vins en un mois. Il m'est arrivé de recevoir, entre le 1er juillet et le 1er août, 130 caisses de vin à faire entrer dans ma cave à vin et à goûter. Je les sépare par grandes régions. Chaque année, vers la fin août, je pense que je n'y arriverai pas!», confie-t-elle.

Les agences lui en fournissent la grande majorité, mais elle consacre également «quelques milliers de dollars par année» dans l'achat de bouteilles en vue de la préparation du guide. Une fois ouverts, les échantillons sont ensuite partagés dans son entourage.

Chaque jour, elle peut déguster 70 vins. Les rouges dit-elle, sont particulièrement difficiles à goûter, car la bouche devient sursaturée de tannins.

«Il faut alors prendre des pauses. Je vais jogger ou faire du vélo pour m'aérer l'esprit... et refaire ma salive.» Des intermèdes essentiels pour porter un jugement juste et ne pénaliser aucun vin.

Si les éditions antérieures comptaient 2400 suggestions, Nadia Fournier en a maintenant réduit le nombre à 1000, en ne conservant que les meilleures, articulées autour de 150 «Grappes d'or». «Auparavant, il y avait moins de changements d'une année à l'autre. Avec la nouvelle formule, classée par style de vins, je renouvelle tout.»

Un don?

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le talent de dégustateur/chroniqueur n'a rien d'inné, insiste-t-elle.

«Je ne veux pas croire que c'est un don. Personne ne vient au monde avec un don de dégustateur. Il faut être contemplatif à la base. Après, ça demande de l'entraînement. Moi, mon entraînement comme chroniqueuse, ça été d'écrire, dès 2007, le Guide du vin avec Phaneuf comme professeur. C'est pas pire!», lance-t-elle en reconnaissant sa chance d'avoir eu ce «sceau d'approbation».

Quant à l'influence que son opinion peut avoir sur les lecteurs/amateurs, elle apporte une précision. «Mes goûts ne sont pas meilleurs, sauf que je le fais de façon professionnelle. J'ai accès à un plus grand échantillonnage, ce qui me permet de mieux comparer les vins.»

Au cours des dernières années, le Guide du vin a glissé au rang de deuxième meilleur vendeur de sa catégorie au Québec. Mais Nadia Fournier est catégorique: «Tant que la réponse du public sera là, je vais continuer à le faire. Chose certaine, je vais toujours travailler dans l'univers du vin. C'est tellement vaste que j'ai l'impression que je n'en ferai jamais le tour!»

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