Un film de chasse de filles : entre adrénaline et émotion

Un film de chasse de filles nous amène... (photo Parallaxes)

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Un film de chasse de filles nous amène en voyage en pleine nature, en pleine communion avec elle, bien entendu, mais également en voyage à l'intérieur de nous-mêmes, où les émotions côtoient l'adrénaline et le bruit des balles, les sanglots.

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Marie-Ève Lambert
Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est

(Granby) Florence, 72 ans, chasse toute seule depuis 25 ans. Megan, 14 ans, éviscère elle-même ses proies. Hélène, 50 ans, initie huit femmes à la chasse chaque année. Jannie, 29 ans, a déjà abattu un cerf de 8 pointes avec son arc. Elles sont les protagonistes du documentaire Un film de chasse de filles, le tout premier long métrage de la réalisatrice Julie Lambert, 36 ans, qui pour l'occasion a chassé pour la première fois de sa vie.

«Et je partais de loin! lance-t-elle au bout du fil depuis sa résidence de l'Île d'Orléans. J'étais du genre à sortir une mouche de la maison plutôt que de la tuer! J'étais, pour tout dire, une Montréalaise végétarienne qui avait peur des armes à feu.»

Pourquoi, alors, s'être intéressée au sujet? «Je me suis retrouvée un beau jour en Gaspésie en pleine période de chasse et j'ai eu un gros choc culturel, commence-t-elle. Il y avait des orignaux dans la cour et tout le monde était heureux de partir à la chasse. J'ai ouvert mon esprit pour essayer de comprendre leur point de vue; du mien, ce n'était qu'un acte barbare. Mais j'ai pogné quelque chose, et ils ont même réussi à me faire manger de la viande d'orignal.»

Par la suite, Julie Lambert est tombée par hasard sur la liste d'inscriptions d'une école de maniement d'armes et a constaté avec grand étonnement que la moitié des noms qui y figuraient étaient des femmes. «En fait, depuis 10 ans, les demandes de permis faites par des femmes ont doublé, indique la réalisatrice d'une quinzaine de courts-métrages. C'est là que j'ai cliqué: j'avais un sujet de film.»

Pour bien comprendre son sujet, poursuit-elle, elle a décidé de s'inclure dans son propre long métrage, de pousser l'expérience jusqu'à décrocher son propre permis, de partir dans le bois avec ces femmes et même de tuer son premier chevreuil!

«Jusqu'à la toute fin, même dans la cache avec le doigt sur la gâchette et le chevreuil dans ma mire, j'étais convaincu que je n'allais jamais réussir, raconte-t-elle. J'essayais de me convaincre du bien de mon intention, que c'était pour nourrir mon fils avec de la bonne viande, bio, naturelle... J'avais décidé d'aller jusque là parce qu'à ma question: "qu'est-ce que ça vous fait de tirer un animal? ", personne n'était capable de répondre avec des mots.»

Amour et violence

Dans Un film de chasse de filles, produit par Parallaxes et la Gardengeoise Sonia Despars (Le Colis), Julie Lambert nous amène en voyage en pleine nature, en pleine communion avec elle, bien entendu, mais également en voyage à l'intérieur de nous-mêmes, où les émotions côtoient l'adrénaline et le bruit des balles, les sanglots.

«Les hommes m'ont confié qu'ils pleuraient aussi, mais en se cachant derrière les arbres», mentionne la réalisatrice.

«Chasser est une bien drôle d'affaire. Ce n'est pas un geste anodin, c'est un mélange d'amour et de violence. Quand c'est bien fait, c'est un acte noble, chasser. Ça crée un respect pour la nourriture, un rapport différent avec ce que tu manges. Megan dit dans le film: "T'as plus le droit de la manger, tu l'as gagnée, ta viande". C'est ça. J'ai empaillé mon chevreuil, il est accroché sur mon mur et souvent je lui dis merci de nous avoir nourris.»

Chasser permet également, affirme Julie, d'être confronté à la chaîne alimentaire et au cycle de la vie dans ce monde où on n'y est plus trop exposé. Et surtout, de se connecter à la mort, sujet tabou par excellence aujourd'hui. «Pourtant, quand tu es en contact avec la mort, ça te permet d'encore plus savourer la vie...»

À la suite du tournage, le rapport de Julie Lambert avec la chasse a bien changé. Si elle n'a pu s'y adonner cette année, car elle se trouvait en tournée de promotion pour son film, elle compte bien se rendre dès l'an prochain en Gaspésie traquer l'orignal. «Je m'ennuie d'être dans la nature, déconnectée de tout, de rester seule dans ma cache des heures de temps, tous les sens à l'affût.»

Qui l'aurait cru?

 

Un film de chasse de filles sera présenté en exclusivité dans la région dimanche à 15 h 30 au Cégep de Granby. Les billets sont en vente au coût de 10$ à la porte ou au Pavillon Chasse et Pêche. Durée: environ 1 h 15.

photos parallaxes

La réalisatrice Julie Lambert

Un film de chasse de filles nous amène en voyage en pleine nature, en pleine communion avec elle, bien entendu, mais également en voyage à l'intérieur de nous-mêmes, où les émotions côtoient l'adrénaline et le bruit des balles, les sanglots.

Depuis 10 ans, les demandes de permis faites par des femmes ont doublé.

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