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Le chroniqueur David Desjardins rencontre des étudiants du cégep

David Desjardins, ex-rédacteur en chef du Voir Québec... (Photo Alain Dion, archives La Voix de L'Est)

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David Desjardins, ex-rédacteur en chef du Voir Québec et aujourd'hui chroniqueur au Devoir, à L'actualité et à Radio-Canada, est venu jaser métier avec une centaine d'étudiants en arts et lettres du cégep de Granby, hier après-midi.

Photo Alain Dion, archives La Voix de L'Est

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Marie-Ève Lambert
Marie-Ève Lambert
La Voix de l'Est

(Granby) Quelle place occupe la culture dans l'univers médiatique qui est le nôtre? Comment imaginer le développement culturel à l'ère des médias numériques? Que penser de la crise qui menace les médias traditionnels? Voilà quelques-unes des questions dont David Desjardins, rédacteur en chef pendant 10 ans du Voir Québec jusqu'à sa fermeture, en 2012, et aujourd'hui chroniqueur au Devoir, à L'actualité et à Radio-Canada, est venu discuter avec une centaine d'étudiants en arts et lettres du cégep de Granby, hier après-midi. Voilà en vrac des questions et des réponses.

Quelle est ton opinion face à la place toujours plus restreinte de la culture dans les médias?

«Ce n'est pas la diffusion qui pose problème, mais la diversité de l'information. Normalement, plus tu as de médias différents, plus tu as de la diversité. Mais à cause de la convergence des médias, c'est le contraire qui se produit. Et la convergence existe plus dans la culture que dans n'importe quelle autre sphère. D'où mon opinion mitigée face à la place toujours plus petite qu'elle occupe dans les médias. Je trouve que le traitement qu'on en fait est tellement mauvais, que les médias parlent tellement tous des mêmes gros noms et non des artistes émergents que c'est difficile pour moi de crier au drame parce que je me demande ce qu'on perd réellement. Et les petits journaux en marge comme l'était le Voir se voient coupés, réduits, fermés. Ceux qui écopent le plus sont les artistes locaux, les artistes émergents et les productions indépendantes. Ils n'ont plus ou presque plus de voix, et ne sont pas à la veille d'en ravoir!»

Est-ce que la critique artistique existe encore?

«La critique, la vraie, très peu. C'est une espèce en voie de disparition. Car même les quelques-uns qui restent sont un peu mous, donnent trois étoiles à tout, à moins de quelque chose d'exceptionnel, et adoptent un ton complaisant avec les productions locales. Ça, c'est un drame. Parce que ça transforme la culture en industrie où le seul critère de qualité en est un de quantité, à savoir le nombre de tickets vendus. Mais qualité et quantité sont deux choses bien différentes. Et c'est là que normalement, la critique vient rétablir un équilibre.»

On assiste depuis quelques années à une prolifération de blogues et de chroniques. Y a-t-il trop d'opinion dans les médias?

«Oui. Mais en même temps, tous savent que c'est ce qui fait vendre de la copie. Les gens ne sont plus capables de lire de l'information plate. Parce que l'information, c'est plate, disons-le. Pour qu'elle soit consommée, il faut la déguiser, en faire un show. Peut-être qu'un jour, on se rendra compte, au même titre qu'on commence à le faire pour la bouffe et l'activité physique, que tout ce qui est bon pour nous n'est pas nécessairement le plus l'fun. Peut-être qu'on se rendra compte que l'information plate est bonne pour notre santé intellectuelle.»

Que penses-tu des nouvelles satiriques telles Le Navet, Le Journal de Mourreal et La Presse Plusse?

«J'adore ça. Ça relève une certaine absurdité dans certaines nouvelles qu'on ne voit plus à force de se faire bombarder. Infoman est probablement le journaliste le plus efficace qui existe aujourd'hui. Il fait son travail avec la même rigueur qu'un vrai journaliste, mais en relevant le côté amusant. L'humour est un excellent véhicule. Les jeunes qui connaissent tous les politiciens grâce à Gérard D. Laflaque ont une longueur d'avance sur les autres. Le drame, c'est que certaines personnes croient que ce sont de vraies nouvelles...»

Justement, tu relevais dans une de tes dernières chroniques que la moitié de la population n'a pas un niveau littéraire suffisant pour lire et comprendre un article de journal de difficulté moyenne...

«Je n'en reviens pas. Ça démontre clairement la faillite de notre système d'éducation s'il n'est pas capable d'inculquer la base de ce qu'est l'éducation, c'est-à-dire lire et comprendre un texte. Lire et comprendre ce qu'on lit, c'est s'affranchir de tout ce et ceux qui essaient de nous manipuler. On n'est pas dans une vraie démocratie si les gens ne comprennent pas ce qu'ils lisent.»

Quel est l'avenir du journalisme d'enquête?

«Ça dépend du désir de le financer, car ça coûte extrêmement cher payer des journalistes qui ne livreront rien avant quelques semaines ou quelques mois. En même temps, c'est extrêmement important. Je n'en reviens pas que le journalisme soit l'un des métiers les plus mal vus. Les journalistes ne sont pas manipulés, c'est l'information qui l'est. Un vrai journaliste veut aller au fond des choses, veut la vérité. La Commission Charbonneau n'existerait pas sans les journalistes d'Enquête, qui ont fait le travail des policiers, des politiciens, de tout le monde pour dévoiler le scandale au grand jour. C'est pour ça que je ne comprends pas que personne ne réagisse face aux coupes massives à Radio-Canada. Ça ne coûte qu'un maigre 30$ par personne par année pour avoir du travail d'une grande qualité.»

La presse a-t-elle un avenir?

«Oui. Il y a un modèle d'avenir. Mais personne ne le connaît, on est tous en train d'essayer des choses. Certaines marchent mieux que d'autres, mais pas complètement... Ce qu'on vit présentement, c'est la grosse période trouble où on se retrouve tous complètement en déséquilibre. Il y a quelque chose à faire, je pense qu'il y a de l'espoir. Il faut juste se donner le temps.»

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