Le récit raconte l'histoire de Nicolas, 20 ans, tout juste remis d'une cure de désintoxication et le coeur toujours meurtri «d'un amour déçu», qui quitte son Saguenay pour débarquer chez son oncle bougon de 56 ans, Edgar, afin de poursuivre des études à l'Université de Montréal. Bien entendu, l'attitude blasée du baby-boomer et celle, «toute fraîche et exigeante», du jeune se heurteront.
Bien que Nicolas semble jouer un rôle plus «actif» dans cette histoire campée en 2008-2009, alors que frappe la crise économique, il est vite relégué au deuxième plan. «Il devient un personnage secondaire, indique l'auteure, qui habite Mansonville. Je me suis vite rendu compte que c'était mieux comme ça si je n'arrivais pas à me mettre à la place d'un jeune de sa génération. Si je n'étais pas profondément à l'aise avec sa façon de penser, de sentir, d'agir, je ne pouvais pas le faire accroire au lecteur.»
Formation en histoire et carrière bien étoffée en journalisme aidant, Mme Villeneuve a bien fait quelques recherches pour ce roman, comme elle en a l'habitude. «Mais la recherche était plus délicate, nuance-t-elle. Pour comprendre mon personnage de 20 ans, j'ai fait une dizaine d'entrevues avec des gens de cette génération-là que je ne connaissais pas. Mais ils avaient beaucoup de scrupules, de pudeur à se livrer.»
Choc des générations
Le thème abordé dans Salut mon oncle! est donc passablement différent de celui traité dans ses précédents ouvrages. Du monde du travail, on se retrouve plongé dans le choc des générations. Entre les études du jeune et les désillusions de la crise économique qui sévit, toutefois, on retrouve un peu du sujet si cher à Marie-Paule Villeneuve.
«C'est vrai, j'aime beaucoup le thème du travail, admet-elle. Parce qu'on a tous en quelque sorte un rapport amour/haine avec notre boulot. Et qu'il n'est pas abordé souvent dans la littérature.»
Dans L'Enfant cigarier (1999), elle racontait l'histoire d'un enfant de 11 ans travaillant à Sherbrooke au début du mouvement ouvrier. Dans Derniers quarts de travail (2004), elle dénonçait les congédiements abusifs et les désenchantements liés à l'exercice d'un emploi. Dans Les demoiselles aux allumettes (2005), elle abordait l'histoire des femmes qui travaillaient dans une fabrique d'allumettes à Hull dans des conditions exécrables dans le contexte de la Grande Guerre. Et finalement, dans Le Tiers-Monde dans nos bois (2009), elle nous amenait dans le quotidien ardu des débroussailleurs de l'Abitibi, du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent.
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