«Je suis un peu fatiguée, ces temps-ci», admettra-t-elle d'ailleurs au cours d'une généreuse entrevue accordée à La Voix de l'Est.
Ça ne l'empêchera pas pour autant de se déplacer jusqu'à Lac-Brome, cet après-midi, pour présenter son film autobiographique au Festival du film des Cantons-de-l'Est et partager avec le public à la suite du visionnement.
C'est en quelque sorte un retour dans la région pour cette native de l'Abitibi-Témiscamingue, puisqu'elle a habité le chemin Brandy pendant 11 ans avant de retourner dans la métropole, il y a trois ans.
Trois ans, ça nous ramène en 2009. Cette année-là, l'égérie du cinéma engagé a été sélectionnée pour une résidence de deux ans à l'Office national du film (ONF). «J'avais déjà une idée de ce que je voulais faire, mais on m'a demandé de partir à neuf, raconte la comédienne et réalisatrice. Comme ça faisait longtemps que je voulais faire un film avec mes dessins et que je songeais à un autoportrait, j'ai décidé de raconter ma vie avec mes dessins. J'en avais beaucoup (elle les cumule depuis l'âge de 27 ans), ils formaient une sorte de journal intime.»
De cette expérience est né Trente tableaux.
À ses dessins - animés pour les besoins de la cause - se greffent des photos, d'anciens films et de petites vidéos tournées avec Watam le chien et sa mère vieillissante, notamment. En trente tableaux, ils rassemblent les souvenirs d'une Paule Baillargeon à 11 ans, 37 ans, 65 ans, balayant les six décennies de vie de la femme, la cinéaste, la comédienne, la mère, la féministe et l'artiste, en même temps que l'évolution de la femme à travers un Québec en transformation.
«Ça n'a pas été difficile de n'en sélectionner que 30, ça s'est fait tout naturellement, laisse savoir Mme Baillargeon. Au cours du processus, il y en a bien eu à un moment donné 32, 33, 28, mais au final, les 30 qui sont restés sont ceux qui m'ont marquée, les choses les plus importantes que j'ai vécues. Et puis, il y a eu l'aspect plus technique où il fallait pouvoir raconter ces histoires en peu de temps, en quelques minutes, pas une demi-heure.»
Paule Baillargeon n'en était pas à son premier portrait, elle qui a travaillé sur ceux du réalisateur Claude Jutra et du chorégraphe Jean-Pierre Perreault. Mais dresser le sien, c'est quand même une autre paire de manches. «Mais ça n'a pas été difficile à faire, se défend-elle. Ça a été un pur bonheur. C'est sûr qu'il y a eu des moments difficiles, ma vie a eu ses hauts et ses bas. Mais il y a cette distance qui fait que je n'ai plus de peine, que j'ai été capable d'attaquer le projet sans trop d'états d'âme parce que j'ai appris à les comprendre. Bref, j'étais prête.»
Mais Paule Baillargeon était surtout prête à livrer une image d'elle-même bien différente de celle qu'on lui accolait depuis tant d'années. «J'ai toujours eu le sentiment, à tort ou à raison, d'être perçue comme ce que je n'étais pas, ce que je ne me reconnaissais pas, confie-t-elle. Cette femme forte, qui contrôle bien sa vie, qui rit beaucoup... je ne me sentais pas comme ça à l'intérieur. Et j'avais envie de me dévoiler tel que moi je me vois.»
Regrets
Ses Trente tableaux sont donc, en quelque sorte, une mise à nu absolue de son être, de son passé et ses idées suicidaires, au présent et son bonheur maintenant atteint.
Un bonheur toutefois terni par un immense regret, celui d'une «carrière incomplète», même si bien des gens lui affirment le contraire. «Quand je regarde en arrière, je trouve que j'ai fait bien peu de choses par rapport à mes ambitions et mes envies», explique celle qu'on a pourtant vue dans une trentaine de films, téléfilms et téléthéâtres, et qui a réalisé et scénarisé une dizaine de longs métrages.
«J'aurais vraiment souhaité faire plus de films d'auteur, poursuit-elle. Parce que je me considère d'abord et avant tout comme une artiste de films d'auteur. C'est mon principal regret. En même temps, je commence à être assez sereine avec ça.»
Si elle n'a pas poussé plus loin sa passion, c'est en grande partie à cause du «brûlot» qui l'a mise sur la liste noire des institutions financières en 1979, son long métrage La Cuisine rouge (coréalisé avec Frédérique Collin). Un portrait de société assez virulent, marqué au fer rouge, du féminisme et condamné autant par les hommes que par les femmes. «Je ruais dans les brancards, ça n'a pas plu, soutient la réalisatrice. Personne n'est venu me dire en pleine face que c'est à cause de ça que je n'ai plus eu de subventions pour mes propres films - tous les autres que j'ai faits sont des films qu'on m'a demandé de faire -, mais moi, je pense que c'est ça.»
Malgré tout, elle n'a «jamais eu de regret» à propos de ce film. Jamais, insiste-t-elle.
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