«Le pire choc de ma vie...»

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Michel Tassé

Michel Tassé
La Voix de l'Est

«Des coups durs, j'en ai subis plusieurs. Mais je n'avais rien vécu de pire que le suicide de mon homme. Ça a été et c'est encore le pire choc de ma vie...»

Après s'être accordée un repos de deux mois, Renée Martel remontait sur scène, hier soir à Beloeil, afin de reprendre la tournée de spectacles qu'elle avait entamée à la suite de la sortie de l'album L'Héritage, paru le printemps dernier. Un retour au boulot qu'elle qualifie de «nécessaire», confie-t-elle en entrevue à La Voix de l'Est.

 

«Le travail m'a souvent sauvée, explique-t-elle. Je me suis reposée, j'ai pris soin de moi mais là, j'ai besoin de chanter, j'ai besoin de retrouver mon public, j'ai besoin de recommencer à vivre. Oui, ça va faire du bien.»

Renée Martel, on le sait, a eu la douleur de perdre son conjoint, Bruno Martin, au mois de septembre. Mais voilà, elle a poursuivi sa tournée jusqu'à la fin novembre, soit jusqu'à ce qu'elle soit victime d'un malaise en plein milieu d'un spectacle présenté au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts.

«Encore une fois, j'ai pensé que j'étais solide, j'ai pensé que j'étais forte, reprend-elle. J'étais défaite à la suite de la mort de Bruno, mais je ne voulais pas que mon public en paie le prix et j'ai continué malgré les recommandations des gens autour de moi. Puis, un soir, j'ai craqué...»

Elle se souvient encore de ce commentaire de son ami Richard Desjardins, avec qui elle venait de chanter en duo, quand elle s'est sentie mal.

«Ça ne feelait vraiment pas, mais je voulais continuer. Et Richard m'a regardé dans les yeux et il m'a dit: 'Tab..., Renée, attends-tu de mourir!' Là, j'ai fini par comprendre le message...»

Depuis, elle s'est gâtée. Des vacances en République Dominicaine, en Floride, de bons moments en famille pendant les Fêtes.

«Je reviens parce que je suis prête. Je suis encore fragile, il y a des moments où je me sens très vulnérable, mais je suis prête à recommencer à travailler.»

On ne s'habitue pas

À n'en pas douter, Renée Martel a eu et a encore une très belle carrière. Mais de façon générale, la vie n'a pas toujours été chic avec elle. Qu'on parle seulement des nombreux problèmes de santé qu'elle a eus et des deuils très douloureux qu'elle a eu à faire. À 61 ans, c'est une survivante.

«Je vais finir par penser que c'est effectivement le meilleur mot pour me décrire, dit-elle en forçant un sourire. En tout cas, j'ai eu ma part de malheurs, c'est certain. Et si 2008 a été une très belle année sur le plan professionnel, ça a été une année très difficile sur le plan personnel.»

Il y a eu le décès de son conjoint mais aussi, quelques mois plus tôt, celui du musicien Jean-Guy Chapados, le père de son fils Dominique.

«Les gens ont beau dire, on ne s'habitue pas aux coups durs. À un moment donné, on pense qu'on a tout vu, que plus rien ne finira par nous atteindre, mais on se trompe. La mort de Bruno, ça a été un choc épouvantable, quelque chose d'indescriptible. Je l'aimais, cet homme. Je l'aimais tellement. Et je sais qu'il m'aimait. Mais il était fragile...»

Le couple prévoyait se marier à la Saint-Valentin.

«Ça aurait été son anniversaire de naissance le week-end dernier. Honnêtement, ça a été un dur moment à passer. Mais je sais que des moments comme ceux-là, il y en aura d'autres. On me l'a dit, j'en ai pour au moins un an à surmonter mon deuil...»

Sans compter qu'il y a le lourd sentiment de culpabilité avec lequel ceux qui ont perdu un être cher à la suite d'un suicide doivent composer.

«C'est impossible de passer à côté. Que tu le veuilles ou non, tu te poses des questions. Qu'est-ce que j'aurais pu faire de plus? Quel signal est-ce que j'ai manqué? C'est inévitable. Je consulte présentement un spécialiste et il me répète sans cesse que je ne pouvais rien faire. Mais c'est dur de se rentrer ça dans la tête...»

À Saint-Hyacinthe

Mais la vie continue, ajoute Renée Martel. Et la grande dame du country prend les moyens, dit-elle, «pour se refaire un petit bonheur».

L'un de ses moyens a été de quitter l'appartement où elle vivait avec son conjoint. Quitter l'appartement... et quitter Granby, où elle vivait depuis deux ans et demi après avoir passé des années à Lac-Brome. Elle est maintenant installée à Saint-Hyacinthe, où elle compte plusieurs amis.

«J'ai pensé que je pourrais continuer à vivre dans notre appartement, mais ça n'a pas fonctionné, explique-t-elle. Et j'ai pensé que je pourrais continuer à vivre à Granby, une ville que j'aime beaucoup, mais ça n'a pas marché non plus. Aussitôt que je me promenais en ville, je voyais Bruno partout. Quand je passais devant notre resto préféré, devant nos boutiques préférées, il était là, je le voyais. C'était très, très difficile...»

Mais sa guérison, répète-t-elle, passe par son retour au boulot. D'ailleurs, elle sera au Palace le 26 avril.

«J'ai déjà une soixantaine de spectacles à l'agenda en 2009. Ça promet d'être une belle année, côté carrière.»

Puis, depuis hier soir, il y a un nouveau membre au sein de son équipe de musiciens: son fils, Dominique Chapados, qui est batteur comme l'était son père.

«Ça fait drôle de travailler avec lui. Mais il a énormément de talent, il a sa place dans l'équipe. Je suis heureuse de l'avoir près de moi.»

Car elle affirme être bien entourée. Quelque chose d'essentiel quand on traverse une épreuve comme elle traverse présentement.

«Ça va aller, je vais m'en sortir. Ça va déjà mieux, en fait. Ce qu'il faut, c'est voir ce qu'il y a de beau autour de soi et continuer. Pour moi, pour ceux qui m'aiment, je veux continuer...»

Une survivante, qu'on vous disait...

 

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