La conscience du temps

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Tiens, ça fait longtemps que je ne vous ai pas parlé de mon bébé. Jojoba (nom fictif), âgée de six semaines, va bien. Elle a même dormi CINQ heures d'affilée l'autre nuit, pouvez-vous le croire?

C'est un baume pour Désirée qui commençait à avoir les cernes qui lui arrivent aux seins, si vous me permettez l'expression. Le choix de mots n'est pas anodin: allaiter, c'est prenant. J'oserais même dire que c'est éreintant - et à l'occasion déprimant - et qu'il y a de quoi avoir les boules, mais je ne suis pas du genre à faire des jeux de mots faciles.

Au début, Jojoba buvait à toutes les deux heures... sauf que ça lui prenait une heure pour boire à chaque fois. Faites le calcul, ça ne laissait pas beaucoup de répit à la femme de ma vie. Je la soutenais tant que je pouvais, mais je me sentais aussi utile qu'à l'accouchement, c'est-à-dire très peu. Neuf fois sur dix, quand l'héritière pleure, c'est qu'elle a faim.

Heureusement, ses envies de lait maternel sont de plus en plus espacées, et j'ai commencé à lui donner le biberon. Moment solennel pour qui le donne et intense pour le bébé. En fait, tout est intense pour un poupon. Quand il boit, c'est comme s'il n'y avait pas de lendemain. Même chose quand il pleure, dort ou fixe un point au mur. Chaque activité obtient toute son attention. Il n'est pas comme nous autres adultes, il n'est pas blasé et n'a pas la conscience du temps.

Au moment où j'écris ces lignes, Désirée est partie magasiner. C'est ça les femmes de nos jours, c'est pas tout d'avoir la chance inouïe de s'occuper d'un bébé 20 heures par jour, il faut aussi que madame aille magasiner une heure par mois. Non, mais!

J'ai donc essayé de taper à l'ordinateur avec Jojoba dans mes bras, ce qui ne fut pas très concluant. Elle a soif, alors j'essaie de tenir le biberon avec ma joue gauche pour écrire avec ma main libre, mais ça ne fonctionne pas longtemps. Alors j'attends qu'elle ait fini. Rendu là, je m'aperçois qu'elle trouve ça plate de rester là à regarder papa écrire. Alors je la promène. Puis, il faut que je la change...

Finalement, j'ai attendu qu'elle dorme avant de me remettre à la tâche.

Je me débrouille pas trop mal, je pense. Avec un biberon, une tonne de couches et quelques distractions (les lumières au plafond font très bien l'affaire), on peut occuper un bébé longtemps. Même pas besoin d'avoir des choses intelligentes à dire, ce qui, dans mon cas, est un atout.

C'est pour les parents que les distractions se font plus rares. J'ai pas vu un film depuis deux semaines (!) et Désirée, faute de mieux, est devenue accro à TVA. Son horaire quotidien: Salut bonjour!, Deux filles le matin, Mario Dumont, les nouvelles du midi, puis les soaps d'après-midi, les quiz, puis les nouvelles du soir, les émissions d'humour, les nouvelles de 22h... Une orgie de vedettes, de scandales et de blagues salaces. Bref, comme une journée dans la salle de nouvelles de La Voix de l'Est.

Elle n'est pas à plaindre, elle se déplace quand même à l'occasion, ce qui n'est pas le cas de mon collègue/muse Maxime Massé, orphelin de voiture depuis peu. Selon ses propres mots, il n'a «pas donné beaucoup d'amour» à sa bagnole, se contentant de lui faire ses ablutions routinières. Résultat: le moteur de sa Civic a lâché sur l'autoroute 10 et Maxime doit désormais faire du pouce pour venir travailler.

Si vous avez une voiture à vendre pas cher, faites-le-moi savoir. Je n'aime pas quand Maxime arpente les rues de Granby, seul, la nuit. Surtout quand il fait froid.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer