Une défenseure des pipelines pour moderniser l'ONÉ

Brenda Kenny a occupé de 2008 à 2016... (Archives Bloomberg)

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Brenda Kenny a occupé de 2008 à 2016 le poste de présidente et chef de la direction de l'Association canadienne de pipelines d'énergie.

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Fannie Olivier
La Presse Canadienne
Ottawa

Ottawa nomme une défenseure de l'industrie du pipeline sur le comité chargé de la modernisation de l'Office national de l'énergie (ONÉ), un geste qui fait sourciller. Car Brenda Kenny a déjà confié en entrevue «regretter» de ne pas avoir vu de nouveaux pipelines être construits alors qu'elle était présidente de l'Association canadienne de pipelines d'énergie (ACPE).

Le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé mardi la composition de son comité d'experts qui a pour mission de revoir de fond en comble le fonctionnement de l'organisme qui réglemente l'énergie au pays et donne son aval à la construction d'oléoducs.

Parmi ces experts, on compte Mme Kenny, qui a occupé de 2008 à 2016 le poste de présidente et chef de la direction de l'Association canadienne de pipelines d'énergie (ACPE).

Lors d'une entrevue à la CBC le 6 janvier dernier pour souligner la fin de son mandat, elle n'a pas caché son parti pris en faveur de la construction de nouveaux oléoducs.

À la question «regrettez-vous de ne pas être parvenue à ce qu'un nouveau pipeline destiné à l'exportation soit construit sous votre mandat?», Mme Kenny a répondu par l'affirmative.

«En tant que Canadienne, je le regrette, pas en tant que défenseure de l'industrie du pipeline, mais en raison des conséquences non désirées», a-t-elle indiqué.

À ses yeux, le manque de pipelines au pays signifie que le transport de pétrole se fait de façon moins sécuritaire.

«Je sais que l'implication du manque d'infrastructures est que la production (de pétrole) sera transportée d'une façon moins sécuritaire et saine pour l'environnement. C'est troublant pour moi parce que je ne pense pas que le Canadien moyen voudrait que ça arrive», a-t-elle expliqué.

Elle a également soutenu que le manque de pipelines avait une incidence négative sur les revenus de l'État.

Parmi les autres experts nommés mardi, on note Hélène Lauzon, du Conseil patronal de l'environnement du Québec (CPEQ) - qui compte TransCanada et Embridge parmi ses nombreux membres - et Gary Merasty, ancien député libéral issu de la nation des Cris et directeur de la Canada West Foundation, un groupe de réflexion de Calgary qui a notamment pris position en faveur de Trans Mountain.

David Besner, de l'Institut de l'énergie Nouveau-Brunswick, et Wendy Grant-John, ancienne chef de la bande de Musqueam, siègent aussi sur le comité.

Crédibilité entachée

Le gouvernement fédéral a annoncé en janvier dernier une refonte de l'ONÉ, qui a fait l'objet de multiples critiques au cours des dernières années.

Selon Patrick Bonin, de Greenpeace, la nomination de Mme Kenny ne fait rien pour rétablir la crédibilité de l'organisme.

«Mme Kenny a pris des positions dans le passé qui banalisent les risques reliés aux pipelines», a-t-il avancé.

«Elle doit littéralement déterminer quels vont être les critères d'évaluation des pipelines, a-t-il insisté. Et si on regarde la vie avec des lunettes roses, on risque d'avoir des critères qui ne sont pas suffisamment sérieux.»

Steven Guilbeault, d'Équiterre, affirme que le gouvernement de Justin Trudeau a normalement l'habitude de faire des nominations équilibrées. «Quand on cherche le point de vue environnemental et social - et je ne critique personne en particulier -, cet équilibre-là, cette fois-ci, est dur à trouver», a-t-il noté. Équiterre croit d'ailleurs que l'évaluation environnementale et la consultation du public pour les grands projets d'oléoducs ne devraient pas être confiées à l'ONÉ.

Le ministre des Ressources naturelles, Jim Carr, ne semble pas partager les réflexions des deux environnementalistes sur la composition de son panel.

«Le gouvernement croit en l'impartialité des membres du comité d'experts», a-t-il indiqué par courriel à La Presse canadienne.

«Les membres du comité d'experts possèdent de vastes acquis. En plus de leur expérience de la réglementation de l'énergie, ils ont de l'expertise dans des domaines comme les sciences environnementales, le développement des communautés et le savoir traditionnel autochtone; ils représentent bien la diversité régionale et linguistique du Canada. Cela leur permettra d'exercer leur mandat de façon équilibrée», a-t-il assuré.

Une «comédie», selon Pauzé

Dans un communiqué, la députée bloquiste Monique Pauzé a pour sa part qualifié de «comédie» le processus d'évaluation environnementale.

«L'Office demeure fidèle à sa réputation de machine à approuver des pipelines. C'est la vision de Stephen Harper que concrétise aujourd'hui Justin Trudeau», a-t-elle déploré.

Pendant la refonte de l'ONÉ, les projets déjà en cours sont évalués sous des critères intérimaires. L'Office a déjà approuvé le projet Trans Mountain de Kinder Morgan, mais le gouvernement s'est donné jusqu'au 16 décembre pour prendre une décision finale.

L'évaluation par l'ONÉ du projet Énergie Est de TransCanada est pour sa part sur la glace, en attendant la nomination de nouveaux commissaires. Les trois commissaires chargés de son étude ont dû se récuser en septembre, quand le National Observer a révélé que deux d'entre eux avaient rencontré secrètement l'ex-premier ministre Jean Charest, alors que celui-ci était consultant pour TransCanada.

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