Système rotatif: l'innovation se cultive à Saint-Pie

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Carline Louis-Charles et Dominique Roy sont tout près de pouvoir faire fi des caprices de Dame Nature pour faire croître leurs plants à l'intérieur, dans des conditions idéales.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Saint-Pie) Grâce à une technologie qu'ils ont eux-mêmes adaptée, Dominique Roy et Carline Louis-Charles sont sur le point de révolutionner l'agriculture biologique. Mieux encore, les producteurs maraîchers de Saint-Paul-d'Abbotsford sont tout près de pouvoir faire fi des caprices de Dame Nature pour faire croître leurs plants. Le hic: le financement.

L'aventure a commencé il y a près d'un an. M. Roy découvre le GiGrow, un appareil fait au Québec et d'abord conçu pour la culture de marijuana, chez un détaillant spécialisé dans l'équipement pour production maraîchère. «J'étais bien impressionné», se rappelle l'entrepreneur.En janvier, les propriétaires de Fruits et Légumes des Trinités ont acquis dix appareils qu'ils ont assemblés et installés dans un entrepôt loué à Saint-Pie.

Remplie, la machine ressemblant à une turbine devient un jardin rotatif qui, comme la Terre autour du Soleil, tourne autour de grosses ampoules. L'hiver, celles-ci réchaufferont les cultures et limiteront les dépenses en chauffage; l'été, un climatiseur garde le tout au frais.

Il faut une demi-heure au tambour pour effectuer un tour complet; la plantation est irriguée au millilitre près grâce à un système conçu et mis en place par M. Roy. Le tout est peu énergivore et pas du tout polluant, indique le producteur.

Chaque appareil peut accueillir 336 plants à la fois. Comme une laitue prend environ 35 jours à pousser, ce sont de 10 à 11 cycles de production que chaque jardin peut accomplir sur 12 mois, permettant une récolte annuelle de 33 000 laitues.

Pour l'instant, celles-ci ne peuvent être vendues. «Il y a des ajustements à faire au niveau de la fertilisation biologique», précise M. Roy. Une partie de la récolte a été offerte à une banque alimentaire, mais la majorité des plants a pris le chemin du compost.

Éventuellement, le couple aimerait cultiver d'autres légumes avec ce système. Il faudra voir à se procurer des génératrices pour alimenter le système en cas de panne.

Chaque appareil peut accueillir 336 plants à la fois;... (Janick Marois) - image 2.0

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Chaque appareil peut accueillir 336 plants à la fois; comme une laitue prend environ 35 jours à pousser, ce sont de 10 à 11 cycles de production que chaque jardin peut accomplir sur 12 mois, permettant une récolte de 33 000 laitues en une seule année.

Janick Marois

«Plus-value»

L'an dernier, la grêle avait gâché les trois quarts de la récolte du couple d'agriculteurs. Grâce à ce système unique, sécheresse, réchauffement climatique, pluies abondantes et autres phénomènes météorologiques incontrôlables, sans oublier les insectes et parasites de plus en plus résistants aux pesticides, seront des inconvénients du passé. Bref, les conditions idéales sont réunies. «En champ, on cultive de trois à quatre mois par année, explique M. Roy. Avec la machine, on va avoir quelque chose 12 mois par année. Qu'il neige, qu'il mouille ou qu'il grêle, on est là.»

La qualité du produit, elle, est «extraordinaire», soutiennent les agriculteurs. «Le goût est différent, les feuilles, la couleur... tout est amélioré», relève M. Roy.

«Pour nous, c'est une question d'ajouter une plus-value humaine et sociale à notre produit. On veut apporter les meilleurs nutriments et mieux nourrir les gens», renchérit Mme Louis-Charles.

Financement recherché

Les producteurs de Fruits et Légumes des Trinités peinent à obtenir du financement pour soutenir leurs efforts. Le couple a investi toutes ses économies dans son projet. «On est essoufflés, laisse tomber Mme Louis-Charles. On a financé nous-mêmes les machines et la recherche, on paie pour les locaux...»

Des demandes de subvention, pour lesquelles la préparation a été fastidieuse, ont été refusées. «On n'a pas pu se qualifier pour le programme fédéral Cultivons l'avenir! Et pourtant, si ce n'est pas cultiver l'avenir, tout ça...» déplore son conjoint en pointant ses équipements.

Le couple craint qu'un plus gros joueur ne profite de leur expertise et de leur situation précaire pour s'approprier le fruit de leur travail.

Ils espèrent toujours un coup de pouce de la MRC des Maskoutains, de Québec, d'Ottawa ou d'investisseurs privés.

Les producteurs peuvent déjà compter sur le soutien de la députée d'Iberville, Claire Samson, qui s'est rendue récemment sur place. Elle s'est dite enchantée de sa visite et a sollicité son collègue de Brome-Missisquoi et ministre de l'Agriculture, Pierre Paradis, afin qu'une aide financière soit octroyée à l'entreprise abbotsfordienne. «C'est très innovant, a souligné l'élue. Ils sont presque en train de franchir la ligne d'arrivée. Il faut les supporter.»

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