L'UPA contre le projet d'oléoduc Énergie Est

Selon le président de l'UPA, Marcel Groleau, ce... (Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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Selon le président de l'UPA, Marcel Groleau, ce projet ne s'inscrit pas dans le développement du Québec, dans la protection de son environnement, parce qu'il faut décarboniser l'économie.

Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

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Patrice Bergeron
La Presse Canadienne
Québec

Une autre voix s'ajoute au concert des opposants au projet Énergie Est de TransCanada: l'Union des producteurs agricoles (UPA) prend position contre l'oléoduc qui traverserait des terres agricoles sur l'essentiel de son tracé québécois.

Après la Communauté métropolitaine de Montréal, de nombreux groupes écologistes et plusieurs villes, le puissant syndicat agricole exprime à son tour de nombreux griefs contre le projet dans son mémoire obtenu par La Presse Canadienne et destiné au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Cette instance mandatée par le gouvernement doit évaluer ce vaste chantier qui vise à acheminer le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta et du Dakota du Nord vers une raffinerie du Nouveau-Brunswick, en transitant par le Québec.

L'UPA souligne que c'est la première fois qu'elle prend officiellement position contre un projet énergétique. L'organisation a soutenu que son rôle historique n'a jamais été de se positionner pour ou contre un projet au motif de son bien-fondé, mais elle fait désormais une exception.

«Ce projet-là ne nous apparaît pas comme un projet qui s'inscrit dans le développement du Québec, la protection de son environnement, au sens large, parce qu'il faut décarboniser notre économie», a déclaré le président de l'UPA, Marcel Groleau, au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse Canadienne.

Le Québec ne peut pas prendre des engagements internationaux en faveur de la réduction des gaz à effet de serre (GES) et investir dans une économie verte tout en acceptant un projet qui va ternir son bilan d'émissions de GES, pour du pétrole en bonne partie destiné à l'exportation, a fait valoir M. Groleau, au nom de la cohérence.

Un «stress important»

Tous les projets de pipeline nuisent aux entreprises agricoles et forestières, les agriculteurs sont soumis à un «stress important», leurs propriétés sont dépréciées, et ils sont exposés à un plus grand risque de nuisances et d'incidents, peut-on lire dans le mémoire. Dans le cas d'Énergie Est, 75 pour cent du tracé passe dans des milieux agricoles en culture ou boisés, alors que les terres agricoles ne constituent pourtant que 2 pour cent de l'ensemble du territoire québécois.

«Nos membres sont parmi les plus affectés», a résumé le président de l'UPA. En cas d'incident, fuite, déversement, les nappes phréatiques et les sols pourraient être «contaminés à jamais» par l'oléoduc de plus d'un mètre de diamètre enfoui sous terre, a-t-il prédit.

«Dépendamment de l'étendue que la fuite peut avoir, cela pourrait être catastrophique», a dit M. Groleau.

Parallèlement, l'UPA rencontre déjà depuis plusieurs années TransCanada et tente difficilement de négocier une entente-cadre au bénéfice de ses membres. Le syndicat agricole exige notamment pour la première fois un loyer annuel pour le passage de la canalisation, outre les indemnités.

Aussi, l'UPA veut que les propriétaires fonciers soient dégagés de responsabilité en cas de faute non intentionnelle qui entraînerait des conséquences, sinon ils ne seront plus assurables, mais l'entreprise reste inflexible.

De même, le syndicat agricole exige un enfouissement plus profond de l'oléoduc à 1,6 mètre, pour limiter les risques, en raison entre autres du passage de la machinerie, et aussi pour élargir les possibilités de culture.

«Ce sont tous des éléments qu'ils (les représentants de TransCanada) n'ont pas acceptés», a déploré M. Groleau.

Et malgré les exigences émises ou les possibilités d'indemnités, voire de loyer, les producteurs agricoles qui ont pris part à des consultations demeurent réfractaires, a-t-il rapporté. Il soutient que ses membres réagissent «fortement» au projet.

«Plusieurs producteurs ont dit qu'ils n'en voulaient pas, a constaté le président de l'UPA. Ce n'est pas une question d'argent pour eux. Ils disent: je n'en veux pas sur ma terre.»

Acceptabilité sociale

Les agriculteurs illustrent ainsi le niveau «très faible» d'acceptabilité sociale du projet Énergie Est au Québec, et même si TransCanada accepte les conditions de l'UPA, les positions resteront irréconciliables, a résumé M. Groleau.

«Sur le principe, même si TransCanada se conformait à nos exigences, on n'appuiera pas davantage le projet.»

L'UPA représente 41 000 agriculteurs qui exploitent plus de 28 000 entreprises agricoles.

Le gouvernement Couillard a mandaté le BAPE pour un examen environnemental du projet d'oléoduc qui traverse sur 650 km le territoire québécois. Au terme de l'exercice, c'est le conseil des ministres qui tranchera en accordant son autorisation ou non. TransCanada maintient que seul le gouvernement fédéral a le pouvoir d'autoriser ou non le projet.

Si Énergie Est est approuvé, la construction du pipeline s'amorcerait à compter de 2018, selon TransCanada, qui prévoit la mise en service à compter de 2020 ou 2021.

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