La dette des ménages canadiens continuera de croître

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La plus grande partie des dettes se concentre cependant dans les hypothèques.

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La Presse Canadienne
Ottawa

Plus qu'hier, moins que demain; l'histoire d'amour des Canadiens avec les emprunts s'est poursuivie en 2015, et le niveau d'endettement des ménages devrait continuer de s'accroître tout au long de la nouvelle année.

Mais malgré la hausse de l'endettement, plusieurs experts estiment toujours que les finances de la plupart des Canadiens restent en assez bonne santé.

Cette constatation survient dans la foulée de la publication de nouvelles données inquiétantes en lien avec les dépenses des consommateurs. Le ratio de la dette au revenu disponible des ménages a récemment atteint un sommet record, tandis que la Banque du Canada voit dans cette dette un point faible de plus en plus important pour l'ensemble du système financier du pays.

Selon un économiste d'une des grandes banques du pays, qui s'intéresse de près à l'endettement des ménages, toute situation négative découlant du niveau d'endettement dépendra vraisemblablement de l'avènement, ou non, d'un choc économique inattendu pour l'économie canadienne.

Mais d'éventuels pépins pourraient aussi se présenter en fonction de la vitesse à laquelle grimperont les taux d'intérêt, a observé l'économiste en chef adjoint de la Banque CIBC, Benjamin Tal.

Les chocs économiques restent difficiles à prévoir et, au moins pour la prochaine année, M. Tal ne s'attend pas à voir les taux progresser à une vitesse dangereuse pour ceux qui pourraient avoir péché par excès dans leurs recours à l'endettement.

«En tant que société, il n'y a aucun doute que nous sommes plus sensibles au risque que représentent de plus hauts taux d'intérêt qu'à tout autre moment dans l'histoire», a estimé M. Tal.

La faiblesse persistante des taux d'intérêt a largement contribué à l'augmentation de la dette des ménages. L'emprunt s'est avéré encore moins dispendieux en 2015, après que la Banque du Canada eut abaissé à deux reprises son taux directeur, dans le but d'atténuer le coup porté à l'économie par le plongeon des cours du pétrole.

Pour leur part, les ménages se sont régalés de nouveaux emprunts depuis la crise financière, une activité de consommation qui a aidé l'économie à reprendre du poil de la bête.

Une progression trop lente

Si les taux d'intérêt grimpent lentement au cours des deux ou trois prochaines années, ils devraient permettre de réduire les dépenses des consommateurs plutôt que de nuire à leur capacité à rembourser leur dette, a prédit M. Tal. Ce dernier ne s'attend pas à voir une vague de défaillances si les taux grimpent de façon graduelle et prévisible.

«Ce sera un problème dans un an», a noté M. Tal, qui croit que l'endettement des ménages va continuer à progresser en 2016. «Je crois que les taux d'intérêt ne progresseront pas assez rapidement pour faire dérailler (...) ce scénario.»

Plusieurs données au sujet du niveau d'endettement dépeignent cependant un portrait un peu plus inquiétant.

Plus tôt en décembre, Statistique Canada a dévoilé certains chiffres démontrant que le niveau d'endettement des ménages, soit le ratio de leur dette au revenu disponible, s'était établi à 163,7 pour cent au troisième trimestre, ce qui signifie que le ménage moyen a une dette d'environ 1,64 $ pour chaque dollar de revenu disponible.

Il s'agit d'un niveau record.

La Banque du Canada a décrit l'accroissement du niveau d'endettement des ménages comme la vulnérabilité la plus importante du système financier - une susceptibilité qui continue de croître.

Le gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz, a récemment indiqué que l'exposition du pays se concentrait parmi les quelque 720 000 ménages qui pourraient éprouver des difficultés à effectuer leurs paiements de remboursement de dette dans l'éventualité d'un ralentissement économique significatif.

La proportion des ménages endettés dont le ratio de la dette au revenu excède 350 pour cent a doublé depuis la crise financière de 2008, passant de quatre pour cent à huit pour cent, a indiqué la banque centrale.

Ceux-ci ont tendance à être des Canadiens âgés de moins de 45 ans dont les revenus sont généralement moins élevés.

Mais même si la banque souligne que la croissance des revenus peine à suivre la cadence de celle du crédit hypothécaire, elle fait valoir que la probabilité que la dette des ménages ne devienne un sérieux problème reste faible et qu'elle devrait en fait décroître au fur et à mesure que l'économie se raffermira.

En outre, il y a peu d'indications que les taux de défaillance progressent de façon significative, a poursuivi la banque.

Mais la Banque Royale et la firme de surveillance du crédit Equifax ont souligné l'existence de signes avant-coureurs de problèmes dans les régions productrices de pétrole, comme l'Alberta, où le chômage a grimpé depuis la glissade des prix du pétrole. Ils ont détecté de légères augmentations des taux de défaillance sur les comptes de cartes de crédit et pour les prêts automobiles.

L'hypothèque au coeur des prêts 

La plus grande partie des dettes se concentre cependant dans les hypothèques, particulièrement avec la récente ascension des prix du secteur immobilier.

En 1999, seulement trois pour cent des Canadiens détenaient une hypothèque représentant plus de 500 pour cent de leur revenu, a illustré l'économiste Craig Alexander, vice-président de l'analyse économique pour l'institut économique C.D. Howe.

Aujourd'hui, ce chiffre a grimpé à 11 pour cent.

«Cela ne représente pas la majorité des Canadiens, mais c'est tout de même un demi-million de ménages», a observé M. Alexander, qui a récemment coécrit un rapport sur les risques liés à la répartition des dettes hypothécaires des ménages.

«Ce n'est pas un chiffre insignifiant», a-t-il ajouté.

Malgré tout, même si M. Alexander associe certains risques avec la taille de la dette des Canadiens, il ne croit pas que la majorité d'entre eux se sont montrés «irresponsables».

En fait, les taux de défaillance sur les prêts hypothécaires sont près de creux records, a précisé Sherry Cooper, économiste en chef pour les Centres hypothécaires Dominion.

«Si les gens avaient trop étiré l'élastique, nous nous attendrions à observer une augmentation des retards dans les paiements hypothécaires, ce que nous n'avons pas observé», a-t-elle souligné.

«Nous prenons tous pour acquis qu'il existe un énorme problème parce que les ratios de la dette au revenu disponible se situent à un sommet record. Mais si nous observons ce sommet record, c'est parce que les taux d'intérêt sont à un creux record. Alors, en fait, les gens peuvent davantage se permettre de contracter de plus importants prêts hypothécaires que par le passé», a-t-elle précisé.

Le nouveau gouvernement fédéral a déjà commencé à resserrer les règles hypothécaires dans l'espoir de stabiliser le marché de l'immobilier­. La semaine dernière, Ottawa a annoncé de nouvelles mesures qui exigeront notamment des mises de fonds plus importantes pour les habitations de plus de 500 000 $.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a précisé qu'il n'avait pas l'intention d'imposer d'autres changements pour lutter contre l'accroissement de l'endettement des ménages dans l'immédiat, mais il a précisé que c'est un dossier qu'il suivrait de près dans la nouvelle année.

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