Climat: ExxonMobil soupçonné d'avoir menti au public

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L'État de New York a ouvert une enquête sur le géant pétrolier américain ExxonMobil.

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Agence France-Presse
New York

L'État de New York a ouvert une enquête sur le géant pétrolier américain ExxonMobil, soupçonné d'avoir menti et trompé le grand public et ses actionnaires au sujet de l'impact de la consommation des produits pétroliers sur le climat, une décision saluée par Greenpeace.

Eric Schneiderman, le ministre de la Justice de cet État du nord-est des États-Unis, a adressé mercredi une assignation à la major pétrolière après un an d'enquêtes préliminaires, a indiqué son entourage jeudi à l'AFP.

Dans cette assignation, le ministre demande à ExxonMobil de lui fournir une foultitude de documents financiers et courriers liés à ses déclarations sur le climat depuis 1977, ont précisé des sources proches du dossier ayant requis l'anonymat.

M. Schneiderman veut, selon elles, la liste des associations et des ONG environnementales et scientifiques financées par le géant texan, les études internes menées sur le climat et sur l'évaluation des risques financiers potentiels posés par le besoin de limiter l'utilisation des énergies fossiles. Les contenus publicitaires et marketing vont aussi être examinés de près.

Il s'intéresse notamment au financement par ExxonMobil de recherches climato-sceptiques et cherche à déterminer si l'entreprise a caché au grand public et à la communauté financière des études démontrant le rôle néfaste des énergies fossiles sur le climat.

Lors des enquêtes préliminaires, le ministre aurait eu la conviction que des déclarations publiques d'ExxonMobil sur la question climatique n'étaient pas cohérentes avec les données dont disposait le groupe, confie-t-on dans son entourage.

Il estime par conséquent que le géant texan a délibérément sous-estimé l'impact de l'industrie pétrolière sur le changement climatique, souligne-t-on de même source.

Déformations

La major pétrolière a confirmé dans un courriel à l'AFP avoir bien reçu la requête du ministre et «évaluer» sa réponse.

«Nous rejetons expressément les allégations rapportées par les médias selon lesquelles ExxonMobil a supprimé des études sur le changement climatique», fustige le groupe dans une déclaration adressée à l'AFP.

Il s'agit «de déformations des 40 ans d'histoire de recherches d'ExxonMobil sur le climat qui furent conduites conjointement avec le département de l'Énergie, des chercheurs et un panel intergouvernemental onusien sur le changement climatique», ajoute-t-il.

Dans un document mis en ligne le 16 septembre, il affirmait faire des efforts pour participer à la cause du climat.

«Nous avons les mêmes inquiétudes que quiconque un peu partout dans le monde, c'est-à-dire comment conjuguer le double défi de répondre aux besoins énergétiques de la planète tout en gérant les effets environnementaux de l'utilisation de l'énergie, en prenant en compte le changement climatique», écrivait-il.

«L'assignation d'ExxonMobil est une information révolutionnaire», s'est réjouie l'ONG environnementale Greenpeace. «L'obstination du géant pétrolier à nier le changement climatique est quelque chose qui devrait tous nous interpeller», ajoute-t-elle.

Cette enquête, que M. Schneiderman veut étendre à d'autres groupes énergétiques selon son entourage, intervient à quelques semaines de la conférence de l'ONU sur le climat à Paris (COP 21).

Le site spécialisé Inside Climate et le Los Angeles Times ont révélé récemment que des scientifiques travaillant pour ExxonMobil avaient reconnu dès les années 70 que les énergies fossiles étaient une cause importante du changement climatique.

Mais le géant pétrolier a peu suivi leurs conclusions, menant notamment la fronde contre le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre. Les États-Unis sont le seul pays industrialisé à ne pas l'avoir ratifié.

Ses détracteurs en ont profité pour le comparer à l'industrie du tabac, accusée d'avoir dissimulé les preuves liant la consommation de cigarettes au cancer.

A l'époque, «nous pensions qu'il fallait des recherches et développements supplémentaires pour suivre ces avis qui auraient pénalisé les États-Unis» face au reste du monde, a défendu jeudi Ken Cohen, l'un des responsables d'ExxonMobil.

Il n'est pas certain que l'enquête de l'État de New York aboutisse à une action en justice et moins encore à un procès, selon des sources proches du dossier.

Elles ajoutent que le ministère de la Justice dispose d'au moins six mois pour déterminer s'il y a suffisamment d'éléments à charge contre ExxonMobil. Le cas échéant, un accord amiable pourrait être conclu entre les deux parties, comme c'est souvent le cas aux États-Unis.

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