Peu de compagnies québécoises ont déjà célébré leur centenaire. L'exploit est assez rare, reconnaît Claude Trottier. C'est signe que l'entreprise a su s'adapter au fil des ans pour poursuivre son développement, explique le président et directeur de l'exploitation de Canards du Lac Brome. «Cent ans! C'est vrai que ça impressionne quand on s'arrête pour y penser. C'est assez incroyable. Je peux vous dire que nous en sommes très fiers.»
L'Américain Bates ne l'a pas eu facile, souligne M. Trottier qui a appris plein de choses sur sa boîte ces derniers temps en remontant le fil de son histoire. Deux ans après la fondation de la ferme, le fils du proprio, Arthur, achète une terre du côté sud du lac (le site où se trouve l'entreprise depuis) et y déménage la production. Leurs canards pourront alors nager dans le cours d'eau. L'opération se réalisera pendant l'hiver. «Ils ont mis la ferme sur une sleigh avec des chevaux et l'ont fait tirer sur le lac gelé. Essayez de vous imaginer ça à cette époque», suggère M. Trottier.
La suite des choses s'est également révélée mouvementée pour la compagnie naissante. Les affaires n'étaient pas très florissantes. Quelques années plus tard, les Canards du Lac Brome sont passés entre les mains du sénateur George G. Foster, qui s'était entouré de gens d'affaires du coin. Le fils du politicien deviendra le seul propriétaire dans les années 1960, puis léguera le tout à ses deux filles. Elles resteront en poste jusqu'au début des années 2000.
C'est sous leur administration que Canards du Lac Brome amorcera un virage crucial au milieu des années 1990. Tout roule pourtant comme sur des roulettes pour la compagnie, qui produit plus de 200 000 volailles par année, dont 95 % sont destinés aux quartiers chinois de grandes villes américaines et européennes. Le reste est vendu à de grands restaurants, des sociétés ferroviaires et de croisières. Ce sont eux qui ont permis de développer la réputation internationale des canards laqués provenant de la petite municipalité des Cantons-de-l'Est.
Ce virage reposera sur la prospection de nouveaux marchés. On donne à M. Trottier le mandat de trouver ces marchés, notamment de faire de l'oeil aux consommateurs. Nul n'est prophète en son pays, dit l'adage; le nouveau patron se donne donc comme objectif de développer le goût des Québécois pour le canard. «Les consommateurs québécois ne mangeaient pas de canard. Ils ne connaissaient pas ça. On s'est attaqués à ça», souligne-t-il.
Attaque fructueuse
L'attaque a été fructueuse: les pâtés, rillettes, saucisses, cuisses et poitrines de canard offertes en découpes sont populaires auprès de la clientèle ciblée. Année après année, l'entreprise ajoute à ses produits prêts-à-manger, notamment ses cuisses marinées. «Le meilleur vendeur encore aujourd'hui», souligne M. Trottier.
Plusieurs des produits de Canards du Lac Brome se retrouvent dans les supermarchés du Québec. Le dernier en lice: des poitrines marinées.
Le portrait de la compagnie est depuis complètement transformé. Ses ventes destinées aux consommateurs québécois représentent maintenant 65 % de son marché. Le reste de la production est réservé à l'exportation.
Ce virage a permis à l'entreprise de mettre ses oeufs dans plusieurs paniers. Cela a contribué à lui éviter des jours sombres en 2005 lorsque la grippe aviaire a frappé mondialement. Du jour au lendemain, ses marchés asiatique et américain ont été fermés, se rappelle M. Trottier. «On se félicite aujourd'hui d'avoir diversifié notre offre. Je ne sais pas comment on aurait pu passer à travers ça.»
L'entreprise, qui emploie 200 personnes, s'intéresse maintenant à l'Ontario et à l'Ouest canadien. «Pour l'Ontario, on progresse déjà. C'est plus un défi dans l'Ouest. Là-bas, c'est le boeuf qui domine. Mais on sait que les consommateurs en Alberta et en Colombie-Britannique veulent essayer de nouvelles choses. On va leur en proposer», assure M. Trottier.
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