Les défis d'un fermier de famille africain

Au jardin d'Edem d'East Farnham ne cultive pas... (Julie Catudal, La Voix de l'Est)

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Au jardin d'Edem d'East Farnham ne cultive pas seulement de façon bio les légumes traditionnels du Québec. Edem Amegbo tente aussi d'y faire pousser les légumes qui ont rempli son assiette en Afrique.

Julie Catudal, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(East Farnham) « Si on peut en finir avec la neige ! »

La corète potagère et l'okra poussent Au jardin... (123RF) - image 1.0

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La corète potagère et l'okra poussent Au jardin d'Edem.

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Edem Amegbo trépigne d'impatience à l'idée de recommencer à jouer dans la terre humide. Arrivé du Togo en 2002 pour ses études, il est devenu fermier de famille il y a trois ans.

De moins en moins passionné par son travail en électronique industrielle, le Granbyen d'adoption a entendu l'appel de la terre il y a quelques années. En travaillant à la ferme André Samson, qui fait partie du réseau des fermiers de famille (Agriculture soutenue par la communauté), il a su qu'il avait trouvé sa voie.

Fait particulier : Au jardin d'Edem d'East Farnham ne cultive pas seulement de façon bio les légumes traditionnels du Québec. Edem Amegbo tente aussi d'y faire pousser les légumes qui ont rempli son assiette en Afrique. « Le défi, c'est la longueur des périodes de temps chaud, explique le maraîcher en entrevue à La Voix de l'Est. De plus en plus, avec les changements climatiques, on a des 30° Celsius facilement, mais on ne les a pas longtemps. Les légumes qui prennent du soleil, ça prend 4, 5 mois pour pousser. Je suis obligé de prendre juste des légumes feuilles parce que ça pousse plus vite. » C'est ainsi qu'il a jeté son dévolu, pour le moment, sur la corète potagère (dont la saveur évoque celle des épinards et de l'oseille) et l'okra (ou gombo).

Et pourquoi tenter de faire pousser ici des légumes qui aiment un climat plus chaud ? 

« C'est un défi personnel parce que j'aime en manger ! répond-il simplement. Souvent, ce sont des légumes produits aux États-Unis ou en Afrique puis envoyés à Montréal. C'est une fierté de dire que j'ai réussi. Comme ma soeur vit à Longueuil, elle m'apporte des légumes africains lorsqu'elle vient me visiter. Je lui dis souvent qu'un jour, c'est moi qui vais lui en donner. »

Il croit que des épiceries africaines du Québec pourraient être intéressées à vendre sa production particulière, d'autant plus qu'il s'agit d'un choix plus écoresponsable. 

Localement, l'okra et la corète potagère ne se retrouvent qu'une fois par année dans ses paniers bio qu'il vend à ses clients à Granby et à East Farnham aux semaines ou aux deux semaines. Il faut dire que tous ne sont pas nécessairement friands de nouveautés. « J'ai fait un sondage en fin de saison et je me suis rendu compte que la majorité des clients viennent pour avoir des légumes qu'ils connaissent. Il y en a qui veulent découvrir, mais c'est un 15 %. »

En choisissant la culture de légumes, le père de trois jeunes filles s'assure d'éviter toute forme de monotonie. Chaque journée est différente et il fait tout de A à Z. Le lien avec la communauté est important. « Je trouvais ça plus nutritif pour moi, plus valorisant. »

« Ça a cliqué »

L'accessibilité à la terre était très difficile, c'est grâce au programme Banque de terres qu'Edem Amegbo a pu trouver la solution parfaite. En fait, il avait vu les propriétaires de la terre d'East Farnham, Vincent Barabé et Hélène Poirier, lors d'un reportage de La semaine verte. Même si un éventuel locataire lorgnait déjà ce lopin de terre, le Togolais voulait absolument signer un bail à cet endroit. 

Il s'est donc attelé à monter un plan d'affaires et, lorsqu'il a rencontré les conseillers de Banque de terres, il a su que la location n'avait pas fonctionné entre M. Barabé, Mme Poirier et l'agriculteur. M. Amegbo a donc sauté sur l'occasion.

« J'aimais leur approche, ils voulaient aider les gens à se lancer en affaires. Ça a cliqué quand on s'est rencontré. Nous avons plus qu'une relation propriétaire-locataire », raconte-t-il avec enthousiasme.

Production de concombres, de tomates, d'épinards, de cantaloups... La troisième saison est sur le point de s'amorcer au Jardin d'Edem, certifié par l'organisme Écocert. Ce sera la première où Edem Amegbo sera maraîcher à temps plein, maintenant qu'il ne travaille plus pour IBM. 

Au jardin d'Edem est par ailleurs en nomination au gala annuel de Génération avenir. Nouvellement membre, il a posé sa candidature dans la catégorie « commerce de produits (vente et fabrication) ». 

« J'ai fait mon plan d'affaires en 2014 avec mon cours Lancement d'entreprise au Cégep de Granby. J'ai tellement été enthousiaste que j'en ai mis beaucoup... Et, des fois, c'est pas tout à fait réaliste ! » lance-t-il en souriant. 

« Je n'ai pas tout fait, mais je préfère mettre la barre haute. Je suis plus réaliste maintenant : je sais que je ne peux pas tout faire en partant. Mais c'est positif dans le sens où j'ai commencé à toucher à tout ce que je voulais toucher. Ça vient avec le temps... »




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