D'autres anciens élèves brisent le silence

L'instigateur du recours collectif est un homme de... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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L'instigateur du recours collectif est un homme de 56 ans qui soutient avoir été violé à plus de 300 reprises par un frère pendant qu'il était pensionnaire au Collège Mont-Sacré-Coeur au cours des années 1970.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) Le téléphone ne dérougit pas au cabinet Kugler Kandestin, qui mène le dossier du recours collectif contre les Frères du Sacré-Coeur. Outre le frère Claude Lebeau, un second agresseur aurait sévi au Collège Mont-Sacré-Coeur à Granby. Le nombre de victimes présumées pourrait ainsi s'élever à plus d'une centaine, a indiqué Me Robert Kugler à La Voix de l'Est.

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Le directeur des communications du Comité des victimes de prêtres, Carlo Tarini.

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«La plupart des victimes d'agressions sexuelles mâles se taisent pour toujours. Mais dès que quelqu'un brise le silence, les autres personnes abusées comprennent qu'elles ne sont pas seules. Elles veulent que justice soit rendue parce qu'elles comprennent qu'elles ont été victimes d'un prédateur», a fait valoir le procureur.

Des propos qu'endosse le directeur des communications du Comité des victimes de prêtres, Carlo Tarini. «Dans le cas présent, on peut s'attendre à un nombre exponentiel de victimes. Ce n'est que la pointe de l'iceberg, a-t-il dit en entrevue. Le cancer de la pédophilie, c'est une maladie que l'Église catholique a permis de propager au Québec. Les congrégations ne peuvent plus se cacher en mettant le couvercle sur la marmite comme avant.»

Le journal a révélé mercredi qu'une demande de recours collectif a été déposée à la Cour supérieure vendredi dernier. L'initiateur de cette requête est un homme de 56 ans qui soutient avoir été violé à plus de 300 reprises par un frère pendant qu'il était pensionnaire au Collège Mont-Sacré-Coeur au cours des années 1970. Les agressions sexuelles auraient été commises par le frère Claude Lebeau, de trois à six fois par semaine durant deux ans. La présumée victime était alors âgée de 13 à 15 ans.

La requête stipule également que plusieurs élèves faisaient fréquemment la file devant la chambre du frère, y entrant seuls à tour de rôle. Dans le cas de l'homme qui est sorti de l'ombre, son supérieur exigeait qu'il se dévêtisse avant de le masturber, prétextant que ça l'aiderait à vaincre sa timidité.

La poursuite réclame 1,2 M$ en dédommagement. Les intimés dans le dossier sont les Frères du Sacré-Coeur, le Collège Mont Sacré-Coeur de Granby, la Corporation Maurice-Ratté et les oeuvres Josaphat-Vanier.

Nouvel agresseur

Trois procureurs pilotent le dossier de recours collectif pour le cabinet Kugler Kandestin. Selon Me Kugler, les nombreux témoignages de présumées victimes s'étant manifestées mercredi ont mis en lumière un second pédophile potentiel. «Il s'agirait d'un autre frère qui aurait enseigné la chimie», a dit l'avocat, n'étant pas en mesure de s'avancer davantage sur le sujet pour le moment.

D'ailleurs, les renseignements à propos de ce qu'est devenu le frère Lebeau sont fragmentaires, a indiqué Me Kugler. «Normalement, on peut retrouver des informations sur un frère directement sur internet. Dans le cas de M. Lebeau, c'est plus difficile. Même étrange. Il y a un registre de frères décédés et il n'y figure pas. Donc, on suppose qu'il est toujours vivant.»

Or, l'agresseur présumé a quitté la congrégation en 1997, a confirmé à La Voix de l'Est le directeur général du Collège Mont-Sacré-Coeur, Claude Lacroix. «Les allégations de pédophilie ne seraient pas la cause du départ du frère Lebeau», a-t-il dit, ne pouvant toutefois spécifier le motif de cette désertion. La congrégation n'aurait plus de nouvelles de lui depuis des années.

Mis au fait par le journal d'un nouvel agresseur potentiel, M. Lacroix s'est dit à la fois «troublé» et «surpris». «Si les allégations s'avèrent exactes, c'est inacceptable. Il ne faut jamais minimiser ce genre de geste. Il faut que justice soit faite. Mais en ce qui concerne l'administration du collège, je sens que les gens font la part des choses.»

Rappelons que les Frères du Sacré-Coeur ont dirigé l'établissement d'enseignement de 1932 à 2004. Depuis, la direction est laïque. La congrégation est actuellement locataire d'une partie de l'immeuble. Plus aucun frère n'y enseigne depuis des années, a indiqué le directeur général.

Éviter les tribunaux

Selon Me Kugler, les membres de son cabinet n'avaient pas rencontré les dirigeants de la congrégation en date de mercredi. L'avocat n'a donc pas voulu s'avancer au sujet d'une éventuelle entente hors cour.

De son côté, Carlo Tarini est d'avis qu'il s'agit d'une option «très plausible» pour ce type de dossier. «La plupart du temps, les victimes souhaitent une fin rapide dans les cas d'agressions sexuelles par des représentants de l'Église. Ça leur permet de passer à autre chose. À travers les indemnisations, des gens peuvent accéder à de la thérapie dont ils ont grandement besoin.»

D'ailleurs, le quotidien La Tribune rapportait en mai 2013 qu'une poursuite pour sévices sexuels, intentée par le Sherbrookois Marcel Rousseau, perpétrés au tournant des années 1960 par un frère du Sacré-Coeur de Victoriaville, s'est conclue par un arrangement hors cour.

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