Les drogues de synthèse de plus en plus populaires

«Avoir beaucoup de plaisir le plus rapidement possible... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

Agrandir

«Avoir beaucoup de plaisir le plus rapidement possible et au moindre coût, c'est ce que les consommateurs recherchent», dit l'intervenant en toxicomanie René Gagnon.

Janick Marois, La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Bien que l'alcool reste la substance addictive la plus populaire, les drogues de synthèse sont de plus en plus consommées en Haute-Yamaska et dans Brome-Missisquoi.

«Elles deviendront peut-être majoritaires bientôt», affirme l'intervenant en toxicomanie René Gagnon, de l'organisme La Boussole. «Avoir beaucoup de plaisir le plus rapidement possible et au moindre coût, c'est ce que les consommateurs recherchent.»

Or, la nocivité des drogues de synthèse est directement liée à leur illégalité: on ne sait pas trop ce qu'il y a dedans et leurs utilisateurs font aveuglément confiance aux revendeurs. Ce que M. Gagnon appelle «la confiance liée au passeur».

«Ils voient leur revendeur comme leur chum, dit-il. Ils n'ont aucune méfiance et la sensation est prioritaire. Ils sont mus par la pensée que le danger ne peut pas leur arriver.»

Carences

Mais toute substance est dangereuse lorsque son usage devient banalisé et n'est plus uniquement récréatif, rappelle l'intervenant de 63 ans rencontré cette semaine à son bureau de la rue Principale, à la décoration médiévale. Les raisons des dépendances sont nombreuses, mais elles viennent toutes, à l'origine, de carences.

Les drogues de synthèse (amphétamines, ecstasy) sont principalement consommées par des personnes souffrant de manques au plan affectif, afin d'augmenter un plaisir déjà présent ou anesthésier une douleur qu'on ne veut pas vivre. «Ça, c'est 98% des toxicos», dit M. Gagnon.

Alors que l'alcool et le cannabis sont les préférées des anxieux, la cocaïne, elle, est recherchée par les personnes souffrant d'un complexe d'infériorité et les adeptes de performances. L'héroïne, finalement, est consommée par ceux qui ont connu des souffrances importantes.

La Boussole, qui vient en aide aux personnes aux prises avec des dépendances, a récemment publié son dernier rapport annuel. Son employé précise que 15% de sa clientèle a été agressée sexuellement dans sa jeunesse et que de plus en plus d'hommes sont agressés par leur partenaire de vie, mais hésitent à en parler.

Insécurité

Le travail de René Gagnon consiste à donner des outils à ses clients pour qu'ils prennent conscience de leur surconsommation. Les causes plus globales des dépendances l'intéressent aussi. Sans hésiter, il montre du doigt l'«insécurité psychosociale générale».

«Plus il y a de problèmes sociaux, plus il y a des problèmes de consommation, dit-il. Les gens se demandent: est-ce que j'aurai encore ma job demain matin?»

«Avant, avec l'agriculture, il y avait plus de solidarité et d'entraide. Aujourd'hui, le citoyen n'a pas l'impression qu'il peut changer quoi que ce soit dans la société. Il se dit: à quoi ça sert de vivre, sinon pour se geler la face? On est cantonnés dans les plaisirs de surface pour avoir l'illusion d'être heureux.»

Pas toujours facile de donner un sens à sa vie, reconnaît l'intervenant. Et le rythme de vie effréné - et encouragé par la société - est aussi à blâmer. «Si les moments de détente ne compensent pas les obligations, ça crée des problèmes, dit M. Gagnon. Ça prend un équilibre. C'est une protection contre tout trouble de santé mentale, comme la dépendance.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer